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Serge Papin, président de Système U « La situation mérite que l’on discute tous ensemble »

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Le président de Système U, Serge Papin, appelle à l’ouverture des discussions entre distributeurs, transformateurs et producteurs « que ce soit dans le cadre de l’accord du 3 mai 2011 ou pas ». La grande distribution sera sinon contrainte d’augmenter les prix « dès la fin de l’année, peut-être même avant, de manière significative », précise-t-il tout en soulignant que des discussions se sont déjà tenues en juillet avec des volaillers.

Dans ce contexte de forte volatilité des prix des matières premières, les conditions sont-elles réunies, selon vous, pour appliquer l’accord du 3 mai 2011 et ouvrir, comme il le prévoit, des négociations entre distributeurs, producteurs et transformateurs ?
Il y a dans l’accord du 3 mai une clause de nullité (article 8) qui stipule que les parties signataires ne sont engagées qu’en cas de mise en œuvre effective des contrats prévus à l’amont entre producteurs de céréales, les organismes stockeurs, les fabricants d’aliments et les éleveurs. C’est un préalable obligatoire : il doit y avoir une contractualisation entre les producteurs de céréales et les éleveurs. Mais ce que je souhaite dans tous les cas, c’est que l’on puisse se remettre autour d’une table, que ce soit dans le cadre de l’accord du 3 mai ou bien d’une crise du cours des céréales... Le cours mondial des céréales est d’ailleurs déconnecté de la situation de la production française....

Que voulez-vous signifier par déconnecté des cours mondiaux?
Nous allons avoir, cette année, pour la récolte française des niveaux historiques en quantité et en qualité – les cours étaient déjà à un niveau très élevé, 190 euros la tonne de blé en août 2011, nous en sommes à 251 euros la tonne en août 2012. Nous allons, en raison d’un contexte de spéculation sur les marchés financiers et de sécheresse aux Etats-Unis notamment, faire payer aux consommateurs français des prix complètement injustifiés au regard de la situation nationale. Si l’on n’apporte pas plus de régulation au système, nous serons confrontés inévitablement à des augmentations de prix énormes dans les années à venir, que les consommateurs devront supporter. Alors que, encore une fois cette année, il n’y a pas de crise de production pour les céréales en France. Au final, ces éléments ont pour conséquence de déstabiliser les filières d’élevage. Car face à de tels cours de céréales, un certain nombre d’agriculteurs arrêtent l’élevage pour se consacrer aux céréales. Par exemple en Auvergne : la région qui était principalement un terrain d’élevage, devient petit à petit un terrain de production de céréales. Je n’ai pas la solution à tout cela, mais je tire un signal d’alerte.

Cela mérite donc bien que tous les acteurs se réunissent autour d’une table pour en discuter, non ?
Cette situation mérite que l’on discute tous ensemble en effet. Dans le cadre de l’accord du 3 mai 2011 ou pas... Je ne sais pas. Mais dans tous les cas, ça vaut la peine que nous en discutions. Sinon, le commerce, la grande distribution vont être obligés d’augmenter les prix dès la fin de l’année, peut-être même avant, de manière significative. Et nous allons ainsi porter un mauvais coup à la consommation car le prix sera trop élevé pour un consommateur préoccupé par son pouvoir d’achat. Bien entendu, les distributeurs et les fournisseurs vont encore une fois être opposés... Et l’on va encore partir sur « il faut augmenter les prix pour donner de la marge de manoeuvre aux industriels », etc. Alors que, cette année, sans cette situation sur le marché mondial, tout était rassemblé en France pour que l’on ait une stabilité des prix.

Observez-vous déjà des impacts de la flambée des prix des matières premières sur vos prix en magasin ?
Oui, c’est le cas pour la volaille. Nous avons dans ce sens déjà rencontré les volaillers en juillet. Nous l’avons fait, et en échangeant avec eux en toute transparence, nous avons trouvé un accord qui leur permet de retrouver une marge de manœuvre. Ils nous demandent aussi d’intervenir sur les prix fixés sur les prospectus de rentrée... Ce sont des prix qui sont donnés plusieurs mois à l’avance à cause des délais d’impression. Cela signifie que le prix fixé est décalé par rapport à ce qu’il faudrait le vendre dans trois mois. Donc, nous allons devoir sans doute reparler de cela avec les volaillers. Maintenant, Système U ne peut pas, à lui seul, faire des choses. Les autres intervenants doivent aussi prendre leurs responsabilités.

Après les volaillers, prévoyez-vous de négocier avec des professionnels d’autres filières, comme les éleveurs de porcs ?
Dans ce cas, cela doit se dérouler sous l’égide du ministère de l’Agriculture. Je ne peux pas à moi seul porter le problème de l’augmentation de l’alimentation animale. Il faut que tout le monde se mette autour de la table. Et le ministre commence à évoquer l’intérêt de cette table ronde. Tout comme les céréaliers semblent vouloir examiner la situation. Pour moi, ce sera le déclencheur... Mais cela ne réglera pas tout. Il faut des gardes fous pour enrayer ces augmentations des prix basée sur une spéculation mondiale et des éléments complètement exogènes, qui risque de mener vers des catastrophes pour notre production nationale et par conséquence pour la transformation. C’est de la responsabilité des dirigeants de ce pays. Autant on subit avec les carburants, autant là, on peut maîtriser une part de la production, c’est une grande chance. Donc essayons, dans l’intérêt de tous, de faire en sorte que l’on évite ces excès. Pour cela il faut nous parler tous ensemble.

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