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La situation pays par pays en date du 12 janvier

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Balkans : plus de 300 000 volatiles abattus en Turquie, inquiétudes en Bulgarie et Roumani

* Turquie : selon le dernier communiqué du ministère de l’agriculture datant du 10 janvier, près de 306 000 volailles ont été abattues par les autorités depuis la fin décembre dans 15 provinces affectées par la grippe aviaire, sur les 81 que compte le pays : Igdir (est), Erzurum (est), Agri (est), Bursa (nord-ouest), Istanbul, (nord-ouest), Sanliurfa (sud-est), Erzincan (est), Bitlis (sud-est), Yozgat (centre), Van (est), Siirt (sud-est), Bingol (est), Kars (est), Corum (centre) et Ankara. D’autres sources estiment quant à elles que le nombre de provinces touchées est plus proche de 30 que de 15.

Les autorités poursuivent leur campagne d’abattage, en particulier dans la partie est, la plus déshérité du pays, peuplée à majorité de Kurdes. Mais cette action devrait prendre du temps. Ainsi, à Telçeker, un petit village situé à 15 kilomètres de la frontière iranienne, les habitants expliquaient à la presse le 11 janvier qu’ils avaient vu mourir des centaines de poulets depuis une dizaine de jours, mais attendaient toujours l’arrivée d’une équipe vétérinaire.

Une nouvelle contamination humaine a par ailleurs été annoncée le 10 janvier, ce qui porte à 15 le nombre de cas recensés dans le pays, dont deux mortels. Un troisième décès suspect est encore examiné.

La propagation de la grippe aviaire en Turquie a entraîné une chute de 70 % de la consommation locale de volailles, menaçant la survie d’un secteur qui emploie des dizaines de milliers de personnes, selon Yüce Canoler, secrétaire général de l’Union des industriels de la volaille (BESD-BIR) qui regroupe les principaux producteurs de volailles du pays.

Le nord-ouest industrialisé du pays, notamment la ville de Bandirma, abrite de grandes installations de volailles qui comptent environ pour 60 % de la production turque. Le poulet représente 98 % de la production, le reste se répartissant entre oies, dindes et canards. Les Turcs ont consommé en moyenne 13,5 kg de volailles par d’habitant en 2005, selon les chiffres des producteurs, mais cette année, cette consommation devrait dégringoler.

Pour M. Canoler, la crise risque de se prolonger et devrait affecter durement le secteur, qui génère un chiffre d’affaires de près de 2,5 milliards d’euros par an et constitue une source de revenus pour environ 500 000 éleveurs, transporteurs et autres détaillants. Il estime les pertes du secteur —déjà soutenu par des subventions de l’Etat— depuis la découverte du premier cas de la grippe aviaire à quelque 100 millions d’euros. De nombreux restaurants ont retiré le poulet de leur menu, même si la cuisson tue le virus.

Des producteurs ont lancé des campagnes de promotion offrant des œufs pour chaque poulet vendu, d’après la presse.

Le ministère de l’agriculture devrait annoncer prochainement une série de mesures (subventions et crédits à faible taux) en faveur des producteurs.

* Bulgarie : le ministre de l’agriculture, Nihat Kabil, a indiqué redouter l’arrivée prochaine du virus de la grippe aviaire en Bulgarie du fait de sa progression en Roumanie et en Turquie. « Aucun cas de grippe aviaire n’a été détecté (en Bulgarie) au terme des 7 000 analyses effectuées sur des oiseaux morts ces derniers mois », a indiqué le ministre le 11 janvier devant le parlement national. Mais « le nombre d’oies sauvages dans la région de Chabla et Dourankoulak », où elles se posent sur des lacs près de la frontière bulgaro-roumaine, « a décuplé au cours des derniers jours et continue à croître », a-t-il souligné. Par ailleurs, « les foyers (déclarés) de la maladie à Istanbul constituent un danger en raison des contacts intenses entre les deux pays », a ajouté M. Kabil. Les véhicules passant la frontière sont traités au désinfectant et les poulets, œufs et produits dérivés de volaille, interdits d’importation, sont confisqués par les douaniers. Le poste-frontière bulgaro-turc de Kapitan-Andréevo a fait état de trois tentatives de contrebande de viande de poulet. L’élevage de volailles dans l’est de la Bulgarie, région de passage des oiseaux migrateurs, est interdit et les marchés de volailles ont été fermés.

* Roumanie : deux nouveaux foyers probables de grippe aviaire ont été découverts le 11 janvier à Ciresu et Dudesti, dans le département de Braila (sud-est). Ces villages se trouvent à proximité de deux autres localités déjà atteintes par le virus H5N1 hautement pathogène, selon le ministère de l’agriculture. Le ministère des affaires étrangères a pour sa part déconseillé aux Roumains les déplacements en Turquie, et, s’ils ne peuvent faire autrement que s’y rendre, de « prendre toutes les mesures de protection qui s’imposent ». La police des frontières et les douanes ont été appelées à « renforcer les contrôles » sur les passagers en provenance de Turquie. Sur les 23 foyers de grippe aviaire découverts jusqu’ici en Roumanie, quatre ont été déclaré clos, après l’éradication du virus. Quelque 120 000 volailles ont été abattues depuis la découverte du premier foyer de grippe aviaire, le 7 octobre dans le delta du Danube (sud-est) et près de deux millions de personnes ont été vaccinées contre la grippe saisonnière.

* Croatie : le gouvernement devait décider le 12 janvier des mesures de désinfection pour les voyageurs en provenance de Turquie, et un renforcement des contrôles visant les produits de volailles originaires de ce pays, interdits d’importation depuis déjà plusieurs mois, selon le ministère de l’agriculture.

Union européenne : l’Allemagne sur le qui-vive, nouvelle baisse de la consommation de volailles

* Allemagne : le ministre de l’agriculture et de la protection des consommateurs, Horst Seehofer, a annoncé le 11 janvier qu’une nouvelle mesure d’enfermement des volailles dans les poulaillers en Allemagne serait probablement décidée pour la période allant du 1er mars au 30 avril, coïncidant avec le retour des oiseaux migrateurs. Cela dépendra en partie des conditions climatiques, un redoux précoce favorisant un retour prématuré des oiseaux qui pourraient transmettre le virus de la grippe aviaire en provenance de Turquie et d’ailleurs. Cette mesure obligeant les éleveurs à enfermer les volailles pour qu’ils n’aient pas de contact avec d’autres animaux en plein air a déjà été adoptée pendant deux mois entre octobre et décembre. Selon le chercheur Thomas Mettenleiter de l’Institut de recherche fédérale pour la santé animale, le danger de transmission par les oiseaux migrateurs ne se matérialisera qu’à compter de fin février. Le président de la Fédération des agriculteurs allemands (DBV), Gerd Sonnleitner, a quant à lui relevé que les exploitations concernées par ce risque avaient « déjà adopté jusqu’ici toutes les mesures de précaution », et que « le niveau de protection en Allemagne est très très élevé ».

Le gouvernement allemand a aussi mis en garde lundi les transports illégaux de volaille en provenance de Turquie, en annonçant la plus grande sévérité à l’égard des contrevenants, et a appelé les touristes à éviter la fréquentation des marchés de volaille dans ce pays. Les contrôles ont été renforcés dans les aéroports, les ports et aux différents points de passage frontaliers, avec des fouilles fréquentes de véhicules. Les experts estiment que l’importation de volailles contaminées par des voyageurs constitue le plus grand risque de transmission de la grippe à des animaux en Allemagne. Les autorités allemandes ont saisi de grosses quantités de produits interdits lors de contrôles effectués au hasard sur les aéroports. Ainsi sur celui de Francfort – le plus grand d’Allemagne –, en quatre semaines, 608 cas d’importations illégales ont été dénombrés, depuis les canards de Thaïlande jusqu’aux pieds de canard et aux œufs de Chine. Leur poids total était de 826 kilos. Environ 2,5 millions de Turcs vivent en Allemagne et la Turquie est l’une des principales destinations touristiques des Allemands.

* Pays-Bas : une majorité de députés a souhaité l’instauration de mesures de désinfection dans les aéroports pour les voyageurs en provenance de Turquie, mais le gouvernement n’a pour l’instant rien décidé à ce propos.

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* Danemark: Les douanes ont confisqué depuis début janvier 5 tonnes de produits alimentaires dans les bagages de passagers en provenance de Turquie, qui sont fouillés systématiquement.

* Grèce : des mesures de précaution ont été prises dans la région d’Evros, au nord-est, qui partage une frontière terrestre avec la Turquie. Les voitures venant de Turquie sont désinfectées, la préfecture de la région surveille les élevages de volailles et procède régulièrement à l’examen des oiseaux sauvages rapportés par des chasseurs. Au niveau national, les autorités ont imposé que les petits élevages privés soient maintenus dans des espaces clos. Elles ont en outre banni les ventes de volailles vivantes sur les marchés et itinérantes.

* Italie : la consommation de volaille, qui s’était rétablie pendant les fêtes de fin d’année, a recommencé à baisser après l’annonce de plusieurs cas de grippe aviaire contractée par l’homme en Turquie, a déploré la Confédération italienne des agriculteurs (CIA) dans un communiqué le 9 janvier. La CIA, qui estime que le secteur avicole italien a déjà perdu près de 500 millions d’euros suite à la chute de la consommation cet automne, s’inquiète des conséquences de la crise en Turquie. « Les poulets italiens sont sûrs. Les élevages de notre pays sont contrôlés et garantissent qualité et salubrité », a souligné la Cia. « L’Italie n’importe pas de poulets de Turquie et la production nationale est plus que suffisante pour la consommation », a indiqué de son côté le principal syndicat agricole du pays, la Coldiretti. Selon une autre organisation, Fedagri, 30 000 salariés du secteur avicole vont devoir être placés en chômage technique dans les jours à venir en raison des effets de la chute de la consommation entre septembre et décembre. Le secteur « court actuellement un nouveau risque, absolument injustifié, de voir s’écrouler la consommation et de devoir à nouveau se restructurer », a indiqué le président de Fedagri, Paolo Bruni. Le secteur du poulet compte en Italie plus de 6 000 élevages et emploie environ 80 000 personnes, pour un chiffre d’affaires de 4 milliards d’euros, selon la Cia.

* France : La consommation de volailles, pénalisée pendant plusieurs semaines cet automne en France du fait des craintes suscitées par l’arrivée de la grippe aviaire aux portes de l’UE, a finalement été satisfaisante durant les fêtes de la fin d’année 2005, selon les responsables de la filière avicole. Mais elle a replongé de 20 % en début d’année.

Une campagne de publicité d’un montant de 1,2 million d’euros avait été lancée le 23 novembre pour relancer la consommation de volailles en France, en baisse de 15 % à 20 % durant l’automne par rapport à la même période de 2004.

* Estonie : les services vétérinaires ont annoncé leur intention d’inspecter d’ici la fin du mois prochain tous les élevages de volaille du pays, et les propriétaires de volailles sont invités à les garder enfermées.

Europe de l’Est : nouveaux foyers en Ukraine, la Russie se protège

* Ukraine : les autorités de Kiev ont annoncé début janvier deux nouveaux foyers probables de grippe aviaire dans le sud du pays, dans la péninsule de Crimée, déjà touchée par la maladie. La mort d’un grand nombre de volailles a été enregistrée dans les villages de Soniatchne près de la ville de Simféropol et de Promorski près de Feodosia ou plus de 171 000 oiseaux ont dû être abattus. La présence du virus H5N1 avait déjà été confirmée en décembre par des laboratoires britannique et russe dans plusieurs localités de Crimée, où les autorités avaient déjà détruit près de 70 000 volatiles.

* Russie : le président Vladimir Poutine a demandé à son gouvernement d’élaborer un plan de mesures préventives pour empêcher la grippe aviaire de se propager en Russie, avec un contrôle strict des marchés de denrées alimentaires et des transports et la surveillance des frontières. « Il est indispensable de penser dès aujourd’hui à ce qui nous attend au printemps avec le passage des oiseaux migrateurs. J’attire votre attention sur tout le long de nos frontières », a indiqué M. Poutine le 10 janvier, soulignant que de nombreux pays voisins, comme « la Chine, la Turquie, l’Ukraine, la Roumanie se sont déjà heurtées à ces problèmes ». La Russie, dont certains élevages de volailles avaient été touchés cet été par le virus H5N1, notamment en Sibérie, ne compte plus aucun foyer de contamination aujourd’hui. Mais elle craint de ne pas être bien longtemps à l’abri. Des mesures très strictes de « contrôle médical » ont déjà été imposées aux points de passage des frontières de la Russie avec la Géorgie et l’Azerbaïdjan, pays limitrophes de la Turquie.

* Arménie : le président Robert Kotcharian a lui aussi exhorté son gouvernement à prendre des mesures préventives, et Erevan a demandé aux gardes-frontières russes qui surveillent la frontière entre l’Arménie et la Turquie de signaler toute carcasse d’oiseau ou tout oiseau malade qu’ils trouveraient.

Asie : des employés d’élevage atteints par le virus H5N2 au Japon, nouveaux décès dus au H5N1 en Chine et en Indonésie

L’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean) a besoin de 95 millions de dollars pour mettre en place un plan de lutte régional contre la grippe aviaire, a estimé un responsable malaisien, à quelques jours de la conférence des donateurs sur ce sujet, qui doit s’ouvrir le 18 janvier à Pékin. L’Asean a mis au point un plan sur trois ans visant à contrôler et éradiquer le virus H5N1, responsable de 78 morts dans le monde depuis son apparition en Asie fin 2003.

* Japon : les médias ont rapporté qu’un total de 77 personnes, des employés d’élevages pour la plupart, ont été infectées ces derniers mois par le virus aviaire H5N2 et sont aujourd’hui guéries. La majorité d’entre-elles travaillaient dans des exploitations avicoles des préfectures d’Ibaraki et Saitama, dans les environs de Tokyo, où plusieurs foyers de grippe aviaire ont été détectés ces derniers mois. Des tests pratiqués par les autorités sanitaires sur 350 personnes exposées ont révélé que 77 d’entre elles portaient des anticorps créés vraisemblablement suite à une infection par le H5N2, une forme de virus beaucoup moins dangereuse que le H5N1 qui a fait près de 80 morts dans le monde depuis son apparition en Asie fin 2003. Pour le ministère japonais de la santé, ces cas doivent toutefois servir de signal d’alarme pour la communauté internationale, car ils prouvent pour la première fois que le virus H5N2 se transmet à des humains. Plus de 1,74 million de poulets ont été sacrifiés au Japon depuis 2004 en raison de la découverte du virus de la grippe aviaire dans 35 élevages.

* Chine : les autorités ont créé un jeu de cartes, passe-temps très populaire en Chine, pour sensibiliser la population aux risques de la grippe aviaire, selon l’agence officielle Chine nouvelle. Ces cartes, vendues dans la province de Shanxi (nord), sont illustrées de bandes dessinées informant le joueur sur la maladie, ses dangers, ses modes de transmission ainsi que sur les mesures de prévention et de contrôle. Les adresses et les numéros de téléphone d’organismes de prévention sont également indiqués sur ce jeu, mis au point par un hôpital de la municipalité de Yuncheng. La Chine, premier producteur mondial de volailles, a reconnu officiellement une trentaine de foyers de contamination à la grippe aviaire ces derniers mois et vient d’enregistrer un cinquième décès humain pour huit personnes comptabilisées comme ayant contracté la maladie.

* Indonésie : un 11e décès humain dû à la grippe aviaire a été annoncé par les autorités le 12 janvier. Il s’agit d’une femme de 29 ans qui avait été au contact de volailles mortes.