Ségolène Royal a été nommée ministre de l'Ecologie, du Développement Durable et de l'Energie, le 3 avril à Paris. Elle entend rendre la transition écologique accessible à tous.
« Le défi de la croissance verte est un formidable levier pour l'emploi, pour le pouvoir d'achat et pour le bien-être », a déclaré Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie, lors de la cérémonie de passation des pouvoirs à Paris, le 2 avril. Elle entend faire de la « social écologie » une de ses priorités : « La transition écologique (alimentation, propreté de l'eau, de l'air, pouvoir d'achat) doit être accessible à tous ». Philippe Martin, son prédécesseur, a pour sa part exprimé son soutien à Ségolène Royal, avant de lui rappeler que « la poursuite des efforts pour réconcilier agriculture et écologie était nécessaire ». La nouvelle ministre retrouve les fonctions de ministre qu'elle avait occupé (pendant moins d'un an) entre 1992 et 1993 dans le gouvernement de Pierre Bérégovoy. Depuis, la femme politique avait eu l'occasion de s'exprimer à plusieurs reprises en tant que présidente de la région Poitou-Charente sur des questions d'écologie. Elle a annoncé le 3 avril qu'elle quitterait cette dernière fonction avant l'été 2014, une fonction qu'elle occupait depuis 2004.
Anti-OGM de longue date
En premier lieu : les OGM. Le moratoire sur le Mon810 mis en place par le gouvernement Ayrault, le 15 mars dernier, a d'ores et déjà été envoyé en recours au Conseil d'Etat par l'AGPM (Association générale des producteurs de maïs). Pour Ségolène Royal membre du gouvernement Valls, la question des OGM n'est pas inconnue. En 2008, elle comparaissait au jugement de José Bové et de sept faucheurs volontaires pour témoigner en leur faveur. « Ces huit faucheurs ont alerté l'opinion, ils ont rendu service à l'intérêt général et je peux le dire très tranquillement, ils ont sauvé des dizaines de milliers d'emplois dans la région », détaillait-t-elle en se référant aux 55 produits labellisés de sa région. La nouvelle ministre a aussi, en tant que présidente de la Région Poitou-Charente, soutenu les communes interdisent les OGM sur leur territoire. « Elle avait été à la pointe sur cette question », rappelle Jean-Claude Bévillard, vice-président et pilote du réseau agriculture FNE (France Nature environnement).
Sur l'aéroport Notre Dame Des Landes, les « anti » pourraient se réjouir de sa nomination. C'est une des seules encartées du Parti socialiste a avoir ouvertement demandé la mise en place d'un moratoire sur la construction de ce projet qui a plus de quinze ans. Le dossier est toujours en attente comme la ministre de l'Ecologie l'a rappelé le 3 avril, au lendemain de sa nomination.
La fiscalité écologique coince
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« Sur la fiscalité écologique, elle s'était exprimée contre la taxe carbone par exemple », explique Jean-Claude Bévillard. C'était en 2009. Elle avait alors dénoncé le projet de « taxe carbone » de Nicolas Sarkozy, alors président de la République : c'est « un impôt absurde, un impôt injuste, un impôt historiquement décalé dans le temps », assenait-elle. Les taxes et la nouvelle ministre de l'Ecologie ne font pas bon ménage. Rebelote le 3 avril, à Poitiers au lendemain de sa nomination à l'Ecologie. L'écotaxe ? Elle envisage déjà d'autres possibilités. Elle souhaite « mettre les choses à plat ». « Les Français ont déjà payé beaucoup d'impôts supplémentaires, l'écotaxe est un impôt, j'en comprend le sens. Mais l'écologie ne doit pas être punitive et on ne doit pas taxer des gens s'ils n'ont pas le choix de prendre le transport propre », a-t-elle affirmé. L'idée est de trouver « d'autres possibilités pour financer les travaux ferroviaires et routiers ». L'écotaxe avait été suspendue par le gouvernement en octobre 2013 suite aux revendications des bonnets rouges et de nombre d'organisations professionnelles agricoles françaises. Le 3 avril, c'était aussi l'occasion pour Ségolène Royal d'assurer qu'elle était contre une hausse de la fiscalité sur le diesel.
Les dossiers à prendre en main
Le projet de Loi Biodiversité vient d'être adopté par le Conseil des ministres fin mars 2014. Pour la suite, la nouvelle ministre devra porter ce projet aux Parlementaires. « Il doit être adopté courant 2014 », rappelle Jean-Claude Bévillard. La question du loup sera aussi un dossier à prendre en main car déjà les associations écologistes voudraient destituer le statut d'espèce protégée. Le sujet loup est une des articulations les moins huilées entre l'Agriculture et l'Ecologie. La nomination de Ségolène Royal à l'Ecologie y changera-t-elle quelque chose ? Moins sûr.
« Plutôt que d'interdire les OGM, de tourner le dos au progrès, je suis (…) favorable au renforcement de la recherche dans le domaine des biotechnologies », déclarait Manuel Valls, le nouveau Premier ministre de François Hollande depuis le 2 avril, dans la vidéo « Abécédaire de l'optimisme : O comme OGM » datant de septembre 2011. L'homme politique estimait que si les dangers supposés des OGM sont sérieux, « ils attendent toujours d'être démontrés. En revanche, les bénéfices espérés, sont, eux, largement reconnus ». Ainsi, il rappelait qu'en « diminuant la pollution liée à l'utilisation des pesticides, les OGM peuvent jouer un rôle dans la protection de l'environnement ». Voilà qui promet des débats entre le nouveau chef du gouvernement et Ségolène Royal, nouvelle ministre de l'Ecologie, dont les interventions contre les OGM ne sont pas tenues pour secret.