C’est un thème humaniste, la solidarité, qui doit être au cœur du congrès des Jeunes agriculteurs (JA) du 10 au 12 juin à St. -Quentin (Aisne). Un humanisme qui devrait cependant être fortement marqué par les urgences de l’actualité : les JA attendent du ministre de l’Agriculture une initiative forte annoncée sur le dossier des coûts énergétiques, à l’occasion de sa venue le 12 juin. La préservation des terres agricoles ainsi que le rôle des interprofessions par filières seront également au centre des préoccupations, de même que le bilan de santé de la Pac. Ce congrès sera l’occasion de l’élection d’un nouveau conseil d’administration avec, à la clef, un nouveau président. William Villeneuve est candidat à la succession de Philippe Meurs. Celui-ci a défini les grandes lignes du congrès lors d’un point presse le 3 juin.
Philippe Meurs, président des JA, aura fait le maximum pour que le dernier congrès qu’il préside soit une réussite. D’abord en ce qui concerne les sujets d’actualité brûlante. Très en pointe sur le dossier du coût de l’énergie, les JA attendent des mesures fortes afin de compenser le coût croissant de l’énergie. Le ministre de l’Agriculture Michel Barnier est donc très attendu sur ce dossier. Alors qu’une rencontre de tous les acteurs (agriculteurs, pouvoirs publics, pétroliers, EDF-GDF, etc.) était prévue durant le congrès, Philippe Meurs a obtenu qu’elle soit avancée au 9 juin, soit un jour avant, afin de pouvoir préparer un dispositif, tant pour le court terme (aides à la trésorerie) que pour le long terme (incitation à des exploitations moins coûteuses en énergie). Ce sont, en outre, les Jeunes agriculteurs, tout au long d’une semaine de manifestations, qui ont été les plus actifs sur le terrain syndical. Des mesures significatives seraient considérées comme une victoire des JA avant tout.
Préserver le foncier
Ces dossiers chauds n’empêchent pas d’annoncer une tonalité plus humaniste pour les travaux du congrès autour du thème de la solidarité. Une thématique généreuse mais tout autant revendicative. La solidarité, c’est d’abord celle qui lie l’agriculture au reste de la société. Elle porte notamment sur la préservation du foncier, explique Philippe Meurs, commentant le rapport d’orientation présenté par Jérôme Volle et Thierry Lahaye. Selon celui-ci, les zones agricoles existantes doivent être figées. Il faut cesser de les réduire comme aujourd’hui de 70 000 hectares par an. Si des constructions urbaines sont à envisager, elles doivent d’abord se situer dans les zones déjà urbanisées. Sinon, ce sont les terres les moins productives qui doivent être utilisées et une redevance dissuasive sur le changement d’usage du foncier doit être envisagée.
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Renforcer les interprofessions
Autre manifestation de la solidarité, entre agriculteurs cette fois-ci, les interprofessions et l’organisation des filières. Les interprofessions doivent voir leur rôle renforcé et non réduit, comme cela semble être le cas en matière laitière, avec l’interdiction des prix d’orientation du lait. Une initiative publique condamnée par les JA. Entre différentes filières, des mécanismes contractuels doivent être mis en place, par exemple pour réguler les relations commerciales entre élevages et grandes cultures, les premiers étant clients des seconds. Une Association des organisations communes de filière doit même être mise en place. Des outils de gestion des risques doivent pouvoir être opérationnels. Une marque collective de l’agriculture française pourrait même être créée. Expressions de la solidarité de la société, les pouvoirs publics doivent apporter leur contribution pour soutenir, y compris financièrement, ces différentes structures.
Aides Pac plus flexibles
Quant aux aides de la politique agricole commune les JA ne s’opposeraient pas à un système plus flexible, les montants se réduisant lorsque les prix de marché sont élevés mais remontant lorsqu’ils sont en baisse. « Les céréaliers doivent avoir un soutien suffisant si le cours du blé redescend à 80 euros la tonne », plaide Thierry Lahaye. Le thème de la solidarité sera aussi l’occasion d’évoquer le rôle des coopératives, avec les critiques dont sont coutumiers les JA : « Nous voulons rappeler les fondamentaux des coopératives qui aujourd’hui sont souvent parties vers des structures plus multinationales », explique Thierry Lahaye. Selon lui, l’investissement dans des filiales doit avant tout profiter aux sociétaires des coopératives. Et de souligner aussi « quelques dérives, quand on voit des coopératives qui paient mieux les agriculteurs lorsqu’ils ont choisi de s’approvisionner auprès d’elles ».