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Conférence environnementale La sortie des pesticides en agriculture ne s'improvise pas

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La troisième Conférence environnementale se tenait à Paris les 27 et 28 novembre à Paris. L'interdiction des pesticides était au cœur des débats, tant pour les amateurs que pour les professionnels.

« On ne peut pas faire zéro pesticides aujourd'hui. Si je dis aux agriculteurs qu'on arrête les pesticides, qu'est ce qu'il reste en termes de production ? », a déclaré Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, lors de la Conférence environnementale à Paris, le 27 novembre. Il insiste : « La mutation, il faut l'organiser ». Rappelant que les agriculteurs sont des acteurs économiques, Stéphane Le Foll pose des limites à la transition écologique : « Je sais que les associations environnementales voudraient que les choses aillent plus vite ». Mais il faut préparer cette transition.

Pour Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie, la première limite évoquée est autre. Ce sont les lobbys de l'agrochimie. « Nous allons poursuivre les travaux sur la réduction de l'exposition à certaines substances (notamment les pesticides, NDLR) », insiste Ségolène Royal lors d'une conférence en amont de la Conférence environnementale le 24 novembre, admettant la difficulté de l'exercice car « les lobbys de toute nature n'acceptent pas facilement d'être remis en cause ».

Bannis des communes

Les pesticides seront totalement bannis des communes dans le cadre de l'initiative « villes et villages sans pesticides ». La commercialisation et la détention de produits phytosanitaires à usage non professionnel seront interdites à partir du 1er janvier 2022, pour laisser le temps aux industriels de s'adapter, selon le ministère de l'Ecologie. Selon la FAO (Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation), la France consomme de moins en moins de pesticides (fongicides, herbicides et insecticides) depuis la fin des années 1990. Néanmoins, le pays reste un des premiers consommateurs au monde, avec l'Ukraine, un des principaux pays producteurs de céréales.

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Les particuliers achètent 5 à 10% des pesticides utilisés en France. Le reste est destiné à l'agriculture.

Transition en cours dans les champs

Et s'agissant de ce reste, le président de la République François Hollande a rappelé lors de la Conférence environnementale, que le moratoire européen sur trois néonicotinoïdes était une initiative française. « Il y a d'autres risques et donc nous irons plus loin. La France portera ce dossier au plan communautaire », dit-il alors que le Sénat doit examiner la proposition de moratoire sur les néonicotinoïdes le 4 février prochain, selon une source professionnelle. Le chef de l'Etat souligne qu'une grande attention doit être portée à la situation sanitaire des pollinisateurs, des pesticides et des perturbateurs endocriniens. Il admet : « Depuis quand suis-je devenu écologiste ? Depuis que j'ai pris les responsabilités de l'Etat ». Pour lui, le lien entre environnement et santé est « difficile », « délicat » même. Pour Robert Barouki, directeur de recherche à l'Inserm, c'est une certitude : « Certains doutes sont avérés, notamment la nocivité des pesticides sur la santé des agriculteurs ». A l'issue de la Conférence environnementale, « le Premier ministre présentera en janvier 2015 la feuille de route pour la transition écologique », annonce Ségolène Royal.

Le projet de loi sur la transition énergétique débattu au Sénat le 9 février

Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie, a annoncé lors de la présentation de la Conférence environnementale, le 24 novembre, que le projet de loi sur la transition énergétique sera débattu au Sénat en séance publique le 9 février 2015. « Nous devons montrer l'exemple en vue de la conférence Paris Climat 2015 », insiste-t-elle, rappelant que le projet sera ainsi débattu en moins de six mois dans les deux chambres du Parlement français. Pour rappel, le projet de loi a déjà été adopté en première lecture à l'Assemblée nationale le 14 octobre dernier. Il inclut notamment l'interdiction des cultures dédiées pour la production de biogaz. « À titre exceptionnel, une dérogation à cette interdiction peut être délivrée pour l'introduction de cultures dédiées dans des conditions prévues par décret », précise toutefois l'amendement qui avait été adopté avec l'avis favorable de Ségolène Royal.