Compte tenu de la tension persistante sur les prix des produits de base agricole, la Commission européenne a décidé de prolonger au-delà du 30 juin 2008 la suspension des droits de douane à l’importation applicable aux céréales. Une communication analysant la récente augmentation des prix alimentaires sera présentée par Bruxelles au Conseil européen prévu les 19 et 20 juin.
C’est en décembre dernier que les ministres de l’Agriculture de l’UE avaient convenu de suspendre les droits de douane à l’importation jusqu’à la fin de la campagne 2007/08 en réaction à la situation exceptionnellement tendue prévalant sur les marchés mondiaux et à la hausse des prix céréaliers. Suite à la création en 2008 d’une organisation commune unique des marchés agricoles, la Commission dispose désormais du pouvoir de modifier de son propre chef les droits applicables aux frontières sans devoir en référer au Conseil des ministres de l’UE. La suspension des droits devrait être maintenue tout au long de la prochaine campagne, sauf en cas de fléchissement sensible des cours.
Lors d’un récent débat d’orientation au sein de la Commission, il a été souligné qu’il n’y a pas une seule cause ni une explication simple à l’augmentation des prix alimentaires. La progression de la demande globale (augmentation de la consommation en Chine et en Inde, etc.), la hausse des prix de l’énergie, les mauvaises récoltes, la baisse du dollar, la volatilité des marchés financiers et l’absence d’une réponse globale coordonnée sont quelques-unes des raisons mises en avant pour expliquer la flambée des prix sur les produits de base agricoles.
Les prix du blé dans l’Union sont actuellement en baisse de 40 % par rapport au pic atteint fin février dernier et il est probable que le pic des prix des principaux produits a été rejoint, à l’exception du maïs et du soja, a-t-il été souligné de source communautaire. D’une façon générale, a expliqué un haut fonctionnaire européen, les prix des produits de base agricoles resteront élevés à cause du coût de l’énergie et de la hausse de la demande qui va se poursuivre à un rythme soutenu. La production des biocarburants, a-t-il également précisé, a eu un certain effet sur le prix du maïs, mais cet effet a été négligeable sur le blé et le riz.
Maïs : l’objectif de 10 % réalisable sans créer de choc
Selon ce haut fonctionnaire, l’objectif que l’UE s’est fixé d’utiliser 10 % de biocarburant dans sa consommation totale de carburants d’ici 2020 peut être atteint sans créer de choc si les rendements sur le maïs progressent de 1 à 2 % par an. A moyen terme, a-t-il ajouté, l’effet du biocarburant sur les prix du maïs est estimé entre 10 et 20 %. Cette hausse du prix du maïs n’est pas forcément une mauvaise chose, a-t-il précisé. Cela améliorera notre compétitivité relative. La production communautaire de viande de porc et de volailles pourra en effet être mise sur le marché mondial à des prix comparables aux autres pays fournisseurs, a-t-il indiqué en substance.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Différend franco-britannique
Lors de la réunion des ministres des Finances de l’UE, le 14 mai à Bruxelles, la France et la Grande-Bretagne ont affiché leurs divergences sur les leçons à tirer pour la politique agricole commune de la crise alimentaire et de la hausse des prix agricoles. La ministre française de l’Economie, Christine Lagarde, a critiqué des propositions faites par son collègue britannique, Alistair Darling, appelant l’UE à renoncer dans le contexte actuel à toutes les subventions agricoles contribuant selon lui à maintenir les prix des denrées à des niveaux trop élevés. « Je ne suis pas sûre que vouloir tout supprimer soit la bonne approche en termes de politique agricole », a-t-elle indiqué lors d’une conférence de presse après la réunion. Mme Lagarde a souligné que la France suggérait une approche totalement différente concernant la Pac, face à la crise alimentaire, soulignant « tout ce qu’elle avait apporté à l’UE et comment nous avons réussi à garantir un approvisionnement alimentaire sûr » grâce à elle.
Dans une lettre adressée aux ministres des Finances, le chancelier britannique de l’Echiquier propose la suppression de toutes les dispositions de la Pac qui contribuent à maintenir les prix agricoles européens au-dessus des cours mondiaux. Selon lui, de telles mesures ont coûté en 2006 43 milliards d’euros aux consommateurs. Il suggère également de mettre un terme aux aides directes agricoles et d’étendre à tous les produits agricoles de base la suspension des droits de douane.
Par ailleurs, M. Darling estime nécessaire d’examiner de près les effets directs et indirects de la politique européenne pour les biocarburants. Il préconise en particulier une évaluation complète de ces effets sur les prix alimentaires.