La filière de tomate de transformation française, petit poucet d'un marché mondialisé, veut survivre, alors que la consommation française est une des plus élevées du monde.
L'ANNÉE 2013 a été très mauvaise pour la production de tomate d'industrie à cause des conditions climatiques, avec 142 323 tonnes produites par 151 exploitations, sur 163 630 contractualisées. En 2012, la France avait produit plus de 200 000 tonnes. « La filière va encore perdre des producteurs », craint Pascal Lenne, directeur de la Sonito, l'interprofession de la tomate de transformation, lors d'une matinée d'étude à FranceAgriMer, le 24 septembre.
Le nombre d'exploitations est passé de près de 1000 en 1999 à 151 en 2013. Les tomates sont cultivées en plein champ sur 2073 hectares, dont 75% dans le Sud-est et 25% dans le Sud-ouest. « La production concerne peu de départements, mais elle est très importante pour l'économie des secteurs concernés », prévient Pascal Lenne. Et pour cause, la valeur de la production est de 11,5 millions d'euros.
Une production entièrement mécanisée« La survie de cette filière a été conditionnée par sa capacité à se moderniser », assure Pascal Lenne. En 1992-1993, les producteurs français subissent la concurrence de l'Italie, qui a dévalué sa monnaie. « Un véritable traumatisme », assure le directeur de l'interprofession : des producteurs arrêtent, ceux qui restent se modernisent, et « la filière française a été la première à être entièrement mécanisée ». En chute libre jusqu'en 2008, le nombre de producteurs s'était redressé pour atteindre 195 en 2011, avant de reprendre sa régression.
Il existe 12 entreprises de transformation dans l'Hexagone, dont 4 transforment la quasi-totalité des volumes. « Dans les années 2000, la France possédait un des fleurons de l'industrie de la tomate transformée en Europe : le Cabanon », rappelle Pascal Lenne. Mais l'entreprise, mise en faillite, est rachetée par une société chinoise. Pas pour l'outil industriel, mais pour la marque, reconnue et appréciée par le consommateur de concentré de tomate. En 2014, le Cabanon est définitivement fermé. Conservitalia a également fermé un site dans le Sud-Est.
La Chine écrit les règles du jeuAu niveau mondial, les plus gros producteurs de tomates pour l'industrie sont la Californie, la Chine (qui se partagent le marché des concentrés), et l'Italie, qui domine le marché des conserves. Ces trois acteurs assurent 60% des quantités mondiales.
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L'Allemagne et l'Angleterre importent du concentré chinois bas de gamme, et le réexportent après l'avoir transformé en produits à forte valeur ajoutée. « Peut-être qu'en France, on reçoit, via l'Allemagne, des concentrés italiens qui viennent de Chine », ironise Pascal Lenne.
Car le marché européen attire les convoitises : le consommateur européen est un gros consommateur, avec 21 kilos par tête et par an, soit 4 fois plus que la moyenne mondiale.
La France est le quatrième importateur mondial. Elle achète l'équivalent de 1,05 million de tonnes de tomates fraîches, pour un coût de plus de 406 millions de dollars. En 2013, la filière nationale a fourni seulement 12% des besoins domestiques (contre 15/16% en moyenne ces dernières années).
Changer de stratégie industrielle« On s'est désengagé de la production de sauce et de ketchup il y a 20 ans, aujourd'hui nous sommes complètement dépendant de l'extérieur », déplore Pascal Lenne. La filière réfléchit à une nouvelle stratégie industrielle pour être moins dépendante des concentrés de tomates, marché trusté par la Chine. Elle cherche à aller vers des produits à basses concentrations, sur lesquelles la Chine n'est pas compétitive à cause des coûts de transport élevés.
Une aide couplée à la production de tomates d'industrie a été maintenue dans la nouvelle Pac 2015-2020, de trois millions d'euros par an. « C'est la condition indispensable au maintien de la production », estime Pascal Lenne, qui se félicite d'avoir été « entendu, compris et bien défendu par le ministère de l'Agriculture ». (YC)