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Matières premières La « transparence », maître-mot du G20 agricole

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Les ministres de l’Agriculture des pays développés et émergents membres du G20, groupe actuellement présidé par la France, se réunissent les 22 et 23 juin à Paris pour adopter un plan d’action contre la volatilité des prix des produits agricoles de base. Bruno Le Maire, le ministre français, a en tout cas « bon espoir » de parvenir à un accord, bien que les Etats-Unis, la Chine, le Brésil et l’Europe aient « des intérêts divergents ».

Les participants du G20 des 22 et 23 juin devraient au moins s’entendre sur la nécessité de rendre plus « transparents » les marchés des matières premières et, si possible, les marchés dérivés. Dacian Ciolos, le commissaire européen à l’agriculture, a annoncé qu’il allait « prendre un engagement très concret ». « L’Union européenne va faire la transparence totale sur ses prévisions de marché à court terme dès l’automne 2011 », a-t-il dit, précisant que celles-ci concerneront « les céréales, les oléagineux, le lait et les produits laitiers et les viandes ». Ces données devraient être publiées régulièrement à partir du mois d’octobre.

Le ministre français de l’agriculture a « bon espoir »

« Cela fait un an que nous négocions, je ne le cache pas, parce qu’il y a des intérêts divergents entre les Etats-Unis, la Chine, le Brésil et l’Europe. Mais j’ai bon espoir qu’on parvienne à un accord le 23 juin », lors de la réunion ministérielle du G20, a déclaré le 12 juin Bruno Le Maire. Une confiance liée notamment à un « changement d’opinion » des Chinois sur le G20 et au fait qu’ils sont moins réticents en ce qui concerne la transparence de leurs stocks.
« Lors de ma dernière visite à Pékin, j’ai eu le sentiment que la Chine était sur le point de dire oui (à la publication de ses stocks de blé et de riz). Jusqu’au dernier moment, rien n’est garanti mais j’ai bon espoir que la raison l’emporte », a déclaré le ministre (1).

Regrets brésiliens

Le Brésil soutient la proposition française de lutter contre la spéculation sur le prix des aliments mais aurait souhaité que le G20 se penche également sur le problème des subventions agricoles des pays développés, a déclaré le 14 juin le ministre brésilien de l’Agriculture, Wagner Rossi. « Il est intéressant d’analyser la spéculation (sur les denrées alimentaires) pour voir si nous avons les moyens d’agir sur les marchés pour que ce ne soit pas un instrument de hausse des prix », a-t-il dit, tout en estimant qu’« un seul instrument suffit à contenir la volatilité des prix agricoles : l’augmentation de l’offre d’aliments ». « Nous ne parlerons pas des subventions chez les Français », a regretté M. Rossi. « Mais nous estimons que c’est un facteur de contention de l’offre et donc d’augmentation des prix », a-t-il ajouté.

Les recommandations des organisations internationales

Arrêt des subventions publiques à la production de biocarburants et échange d’informations sur les niveaux des stocks : telles sont deux des principales recommandation formulées par plusieurs organisations internationales dans un rapport examinant « les options pour mieux atténuer et gérer les risques associés à la volatilité des prix des produits alimentaires et d’autres produits agricoles de base, sans fausser le comportement des marchés, le but final étant de protéger les plus vulnérables ». Dans cette étude commandée par le sommet du G20 de novembre 2010, la FAO, le Fida, le FMI, l’OCDE, la Cnuced, le Pam, la Banque mondiale, l’OMC, l’Ifpri et l’Equipe spéciale de haut niveau de l’Onu soulignent que, depuis 2006, les prix des matières premières agricoles connaissent une « volatilité extraordinaire » qui pourrait s’aggraver dans le futur à cause de différents facteurs tels que le changement climatique.
Remis le 2 juin à la présidence française du G20 et publié le 10 juin, le rapport, qui alimentera la réflexion du G20 agricole de Paris, conseille aux pays membres de ce groupe de s’engager dans une nouvelle initiative – l’Agriculture Market Information System (AMIS) – pour « fournir des données opportunes et précises sur la production, la consommation et les stocks alimentaires ».

Supprimer les subventions aux biocarburants

Les organisations internationales sont très réservées, en revanche, en ce qui concerne le bien-fondé d’un mécanisme de stocks internationaux, notant que ce type d’outil a eu jusqu’à maintenant un « succès limité » et s’avère « potentiellement très onéreux ».
Elles notent par ailleurs que, les biocarburants ayant absorbé en moyenne 20 % de la production de canne à sucre, 9 % de celles d’huiles végétales et de céréales secondaires et 4 % de celle de betterave à sucre entre 2007 et 2009, il « n’est pas surprenant que les prix mondiaux de ces produits (...) soient nettement plus élevés qu’ils ne le seraient si aucun biocarburant n’était produit ».
Les pays du G-20 devraient donc, selon l’étude, se mettre d’accord pour « supprimer les dispositions des politiques nationales actuelles qui subventionnent la production ou la consommation de biocarburants ». Le rapport est par contre peu précis dans son évaluation de l’impact de la spéculation financière sur la volatilité des prix alimentaires, se contentant de relever que des marchés des produits dérivés pour les matières premières agricoles, qui fonctionnent bien, peuvent « jouer un rôle important dans la réduction ou le lissage des fluctuations de prix ».

(1) Voir n° 3304 du 06/06/11

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