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Focus Turquie La Turquie peine à s’imposer dans le secteur laitier

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Encore peu développé, l’élevage laitier turc profite d’un soutien important de l’Etat pour s’imposer comme un acteur majeur en Moyen-Orient. De son côté, la transformation construit de grandes fermes et participe à des réunions interprofessionnelles pour fixer un prix minimum garanti. Mais le lobby industriel joue double jeu et maintient la pression sur les éleveurs.

Seulement 15e producteur mondial de lait avec à peine plus de 7 millions de tonnes produites en 2012, la Turquie aimerait développer sa collecte pour s’imposer comme un leader dans la région du Moyen-Orient. L’agriculture est d’ailleurs au centre de l’économie turque : elle représente 8,1% du PIB et 25,7% de la population active. Mais l’élevage est le parent pauvre de du secteur primaire du pays. Sur les 3 millions d’exploitations présentes sur le territoire, 37,5% produisent des céréales, 62%, ont certes une activité annexe d’élevage, mais seules 0,5% sont spécialisées dans la production laitière. Pour parvenir au bout de ses ambitions, le gouvernement a donc consacré un quart de son budget agricole à l’élevage en 2012 (0,8 milliard d’euros). L’achat de nouvelles têtes de bétail a, par exemple, été subventionné à hauteur de 12 millions d’euros. Le gouvernement a également travaillé à rendre sa production conforme aux exigences sanitaires mondiales. Le ministère de l’Agriculture a ainsi mis au point des guides de bonnes pratiques d’hygiène à la ferme. La région de Thrace a par ailleurs reçu un certificat « free from foot and mouth disease » par l’OIE en mai 2010.

La transformation, entre aides et sabotages

Le secteur de la transformation participe également à l’effort financier. Le leader national des produits laitiers, l’entreprise familiale Sütas, s’est ainsi lancé dans le développement de fermes intégrées qui comptent plus de 1000 têtes, et aide les producteurs à agrandir leur troupeau. Aujourd’hui, les fermes de plus de 50 vaches représentent à peine 1% des élevages turcs, mais tendent de plus en plus à se développer. Afin de stabiliser les prix à la production, un Conseil national du lait réunissant les producteurs de lait, les industriels et l’Etat, a également été créé il y a 5 ans. Cette « interprofession » a pour mission de calculer tous les 3 mois le coût de production à la ferme : le prix payé au producteur ne peut pas être inférieur à cet indicateur. Mais, malgré cet outil, la filière a encore du mal à s’organiser. Le lobby industriel, très puissant, fait pression sur les éleveurs et le gouvernement pour imposer ses propres tarifs d’achat et passer outre les réels coûts de production. Le pays subit de surcroît un climat très sec : en 2012 le prix du lait s’élevait à 360€/1 000 litres, mais les éleveurs ont dû importer du foin. Résultat : le prix de vente ne couvrait plus leurs coûts de production. Nombre d’éleveurs ont donc réduit le rendement de leurs vaches laitières, et mènent un grand nombre de vaches à l’abattoir. Début 2013, la Turquie a déjà annoncé qu’elle allait importer 4 millions de litres de lait pour combler le déficit de la production.

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