Les dispositions du règlement Inco concernant la vente à distance entraînent une collecte de données sans précédent entre les distributeurs et leurs fournisseurs. Les premiers mettent en place des catalogues électroniques mais ne sont pas tous prêts. En attendant, les fournisseurs reçoivent les premières demandes de fiche produit, pas toujours adaptées à ce qu'ils vendent. Agra Alimentation fait le point sur une situation parfois confuse entre la politique générale des enseignes et les pratiques des acheteurs.
Présence de piles et données sur la caution (1) : voilà deux exemples pour le moins incongrus d'informations collectées par un distributeur auprès de ses fournisseurs agroalimentaires dans un fichier Excel à rallonge.ses fournisseurs de produits alimentaires. De quoi s'arracher les cheveux alors que les priorités des IAA sont déjà nombreuses dans des conditions de marché difficile. La cause de cette collecte d'informations ? L'article 14 du règlement Inco qui stipule que les informations obligatoires sur les denrées alimentaires sont fournies avant la conclusion de l'acte d'achat et figurent sur le support de vente à distance. (Pour rappel, les dispositions générales du règlement Inco entrent en vigueur le 13 décembre 2014, avec un délai supplémentaire jusqu'en 2016 pour l'étiquetage nutritionnel.)
L'INFLATION DES DONNÉES COLLECTÉES
Tous les distributeurs sont sur le pont pour automatiser la collecte de données, et le réseau GDSN, qui véhiculait déjà des informations logistiques et tarifaires, est désormais adapté pour échanger les données Inco. Mais l'occasion est trop belle, en plein essor du drive – au mois d'août, les ventes par internet ont atteint 4,1 % de part de marché (+ 0,6 point) alors que les dépenses baissaient de 2 % (2) – pour ne pas en profiter pour collecter aussi des informations marketing. D'où l'inflation des données demandées par certains distributeurs.
L'OFFRE DE SERVICE SE MET EN PLACE
Toutes les enseignes travaillent sur des systèmes de catalogues électroniques, mais certaines ne sont pas encore prêtes. De nombreux prestataires de service travaillent à la mise en place de solutions de collectes de données ergonomiques, qui puissent être transmises aux différents distributeurs sans renseigner pour chacun d'eux une fiche produit différente. Ce qui permettrait de répondre d'une autre manière au souhait des fournisseurs de voir les distributeurs adopter une fiche produit normalisée.
PROBLÈMES DE TRANSMISSION D'INFORMATION CHEZ LES DISTRIBUTEURS
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En attendant, les fichiers Excel circulent toujours (avec le risque de devoir renseigner les distributeurs par les deux canaux). « On est en pleine période de transition, et il est fort possible que les fournisseurs soient contactés par des personnes différentes avec chacun des systèmes, Excel ou catalogue électronique », reconnaît Antoine Durieux, fondateur d'Alkemics, prestataire de service qui travaille notamment avec Nestlé et Auchan. Le groupe de travail constitué par GS1, l'Ania, l'Ilec et la FCD sur la vente a conscience de ces cafouillages, liés à l'inertie inhérente aux structures de grande taille. « Nous réfléchissons à la façon d'informer les acheteurs, pour que tout le monde soit bien en phase sur la façon de collecter les données », précise Camille Helmer, responsable des affaires réglementaires à l'Ania.
LE RISQUE ULTIME, LE DÉRÉFÉRENCEMENT
Si les grands groupes sont bien mobilisés sur le sujet, certaines PME découvrent les obligations liées à la vente à distance en recevant la demande d'information de leurs clients. Or ne pas avoir transmis sa fiche produit pour le 13 décembre, c'est prendre le risque d'être déréférencé des sites de vente en ligne. « La priorité de l'administration, ce sera la contrôle des packagings. L'administration n'a pas pour objectif de pénaliser tout de suite les sites de vente en ligne qui ne seraient pas à jour », rassure Camille Helmer. Certains distributeurs ont indiqué qu'ils auraient recours au déréférencement en cas d'absence de fiche produit. Un moyen de pression supplémentaire.
(1) La caution peut concerner des emballages consignés, pratique peu présente en France.
(2) KantarWorldpanel, ventes sur P8 des produits de grande consommation et frais libre service.
Dossier complet sur Inco à lire dans Agra alimentation en octobre