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Suisse/Viande La viande suisse veut sortir de ses frontières

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Sur un marché mature soumis à la pression d’une concurrence forte, les industriels de la viande suisse se trouvent un peu à l’étroit. Avec leur interprofession, Proviande, ils ont choisi de faire connaître la marque Viande Suisse en France. Le pari est osé pour des produits au coût de revient onéreux. Tour d’horizon.

Pour anticiper une possible libéralisation du marché de la viande avec l’Union européenne, l’interprofession de la viande suisse, Proviande, a décidé, depuis 2008, de se faire connaître à l’export. Après l’Allemagne, c’est en France que Proviande veut occuper le terrain depuis un an. Barbecue chic à l’Ambassade de Suisse, présence collective au Sial et relations presse ont ainsi rythmé l’année. Le pari est pourtant difficile. Si la viande des Grisons, et d’une manière générale, les viandes de bœuf séchées, sont très performantes à l’export (1 850 tonnes exportées sur 2 700 t en 2012), c’est l’exception qui confirme la règle. Car au global, la Suisse, n’exporte que 3 % de sa production carnée.
 
Des acteurs très divers
Si Orior (500 millions de francs suisses de chiffre d’affaires (convenience food et charcuterie, uniquement sur des produits de niche) a développé une activité à l’export de longue date grâce à la viande des Grisons, les géants que sont Bell (Coop) et Micarna (Migros) démarrent tout juste. Bell, qui a repris la salaisonnerie Polette (respectivement 2,5 milliards de francs suisses (CHF) et 77 millions € de chiffre d’affaires) en 2008 en France (1), a décidé de capitaliser sur la marque Môssieur Polette pour le terroir français, mais veut également développer les ventes de spécialités suisses sous la marque Bell. Quant à Micarna (1,25 Md CHF de chiffre d’affaires), encore très peu présent à l’export, il veut déployer en France, cible prioritaire, des viandes séchées et des saucissons à bas de volailles, ainsi que des pétales de viande. Le pari est difficile, car si l’image de marque de la Suisse est positive, les prix à la production sont très élevés : 3,80 € le kilo de viande de porc (plus du double de ce qui se pratique en France) et 3 300 CHF mensuels pour le salaire minimum.
 
Tisser des liens grâce aux consommateurs transfrontaliers
En attendant, Del Maître (groupe Laiteries Réunies Genève) profite des liens forts entre le Jura, la région Rhônes-Alpes et la Suisse pour développer ses ventes. Les travailleurs transfrontaliers, habitués à voir la marque en Suisse, sont contents de la trouver en France, et peu à peu, la diffusion des saucisses de la PME genevoise progresse régulièrement. L’export ne pèse que 1,8 M CHF sur les 35 M€ de chiffre d’affaires, mais l’activité se développe régulièrement et Del Maître pense pouvoir désormais aborder l’Alsace et la Lorraine, où l’on a l’habitude de consommer des saucisses blanches et des saucisses à base de veau comme en produit l’entreprise. Chez Del Maître, on est conscient que les saucisses suisses sont 20 à 25 % plus chères que la moyenne du marché en France, mais on est confiant dans les capacités de développement de l’export, car la gamme est aussi génératrice de marge. Les industriels suisses, dans le giron d’un distributeur ou indépendants, misent beaucoup sur l’export pour tirer leur chiffre d’affaires vers le haut. Pour eux, le marché suisse, soumis à la pression de nouveaux entrants (dont le hard discount) et à la concurrence des achats transfrontaliers, est devenu trop petit.
 
(1) Bell a également signé des acquisitions en Allemagne, en Espagne, en Belgique, au Danemark et dans plusieurs pays d’Europe de l’Est ces dernières années. 

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