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Intrants La volatilité des cours des engrais change le comportement des distributeurs

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Echaudés par les très fortes fluctuations des cours des engrais, les distributeurs sont en train de changer leurs stratégies d’approvisionnement, comme l’a montré un débat sur l’agrofourniture organisé par l’Afja le 26 novembre à Paris. Ils sembleraient prêts à risquer les pénuries pour éviter les pertes financières.

Les cours des engrais ont subi deux campagnes folles. Entre janvier 2007 et septembre 2008, « dans le pire des cas, les prix de vente aux agriculteurs ont triplé », a rappelé Gilles Poidevin, délégué général de l’Unifa (Union des industries de la fertilisation), lors d’un débat sur l’agrofourniture organisé le 26 novembre à Paris par l’Afja (Association française des journalistes agricoles). Sous la pression d’une très forte demande et dans un contexte de flambée des prix des énergies, les cours des engrais phosphatés sont passés de 100 euros/t à près de 300. Puis ils sont redescendus presque aussi brusquement à quelque 240 euros/t en juillet dernier. Les engrais azotés ont suivi la même courbe : après un pic proche des 200 euros/t en août 2008, ils ne valaient plus que quelque 120 euros/t à la fin de l’été. « Ces fluctuations vont changer les comportements des agriculteurs et des distributeurs » a prévenu Jean-Baptiste Hue, directeur général de Sevepi, coopérative située dans l’Eure.

Pas de marché à terme envisageable
Avant ces épisodes, le distributeur tenait avant tout à répondre aux besoins de ses adhérents. « Aujourd’hui, il va prendre le risque d’avoir une pénurie plutôt que d’enregistrer une perte financière », a expliqué Jean-Baptiste Hue. Il faut dire qu’avec seulement 5 % de stocks d’engrais, la coopérative a dû provisionner sur son compte 700 000 euros de pertes latentes, afin de couvrir la baisse de valeur entre l’achat et la vente de ses engrais. Pour Christophe Beaunoir, chef de marché chez GPN, « des outils d’arbitrage doivent se mettre en place ». Ceux-ci ne pourront vraisemblablement pas se fonder sur un quelconque marché à terme. « Un tel marché n’est pas envisageable parce que le nombre d’acteurs est trop petit », a indiqué Gilles Poidevin, l’Unifa ayant interrogé des experts sur cette question. Pour le professionnel, le risque serait en plus de voir les déséquilibres saisonniers entre offre et demande amplifiés du fait de la spéculation.

Des logiques très court-termistes
La solution « passera par la contractualisation », a estimé Jean-Baptiste Hue. Mais il va falloir renouveler l’outil. Plus question pour les distributeurs de s’engager à stocker régulièrement des engrais pour obtenir un prix moyen sur une campagne. Le risque d’essuyer une perte financière est désormais trop grand. Des contrats plus classiques revoient le jour, mais « dans une logique très court-termiste », a signalé Christophe Beaunoir. Pour redonner un peu de sécurité à la filière, GPN est en train de réfléchir à de nouvelles formules… Qui ne sont pas encore finalisées.
En attendant, le secteur pâtit clairement de la flambée des cours. Les livraisons d’engrais ont baissé de 24 % sur la campagne 2008/2009, la chute se chiffrant à 8 % pour les engrais azotés simples mais à respectivement 52 % et 59 % pour les engrais potassiques et phosphatés. Pour Jean-Baptiste Hue, les agriculteurs sont entrés dans une nouvelle logique. Et les entendre parler « prix de revient » n’est plus une exception.

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