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Coop de France pôle animal La volatilité des cours vue par Vincent Chatellier, économiste à l’Inra

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Vincent Chatellier, économiste et ingénieur de recherche à l’Inra, est revenu lors de l’assemblé générale de Coop de France pôle animal le 15 novembre, sur la volatilité des cours en agriculture. Marchés agricoles connectés aux marchés financiers, hausse des coûts de production, origine de la volatilité, modification de la PAC…, il a abordé des sujets clefs.

«La volatilité n’est pas qu’une question internationale mais aussi une question française de capacité à transmettre des variations de coût de production aux consommateurs » : tel est le premier constat que fait Vincent Chatellier, économiste et ingénieur de recherche à l’Inra. Lors de l’assemblée générale de Coop de France pôle animale, le 15 novembre, il a effectué un bilan de la situation concernant la volatilité des marchés. « Les marchés agricoles sont intimement liés aux marchés financiers », et ces derniers sont liés au marché de l’énergie. Aussi, pour Vincent Chatellier, à l’avenir, « le coût de l’énergie aura un impact sur le coût de production ». Pour faire face à cette augmentation, « le producteur devra soit faire des gains de productivité substantiels à l’aide de restructurations forcenées, soit répercuter les coûts supplémentaires au consommateur. » Seulement comme il le précise, en élevage, « s’il y a des secteurs où l’on peut encore rêver par la technique et les gains de productivité, dans d’autres, cela sera plus dur. » Le porc en est un bon exemple puisque si techniquement parlant les éleveurs français sont les meilleurs d’Europe, ils ne gagnent pourtant pas leur vie actuellement. « La volatilité des cours est problématique quand elle s’exprime des deux côtés, dans les intrants et dans les prix de vente », reprend Vincent Chatellier. En effet, les éleveurs de porc ont depuis longtemps l’habitude d’avoir un prix du porc volatil car en connexion avec le marché mondial. Aujourd’hui, le problème provient de la non-répercussion au consommateur de la hausse des coûts de production du fait de la flambée des céréales.

Quels objectifs pour la nouvelle PAC ?

Selon Vincent Chatellier, six critères expliquent la volatilité des cours : « La variabilité de l’offre pour une demande inélastique, la financiarisation des économies et le rôle discuté de la spéculation, la connexion des prix agricoles au marché mondial, la réaction non coordonnée des Etats européens à la volatilité des prix, le développement des agro-carburants et les écarts de prix du pétrole. » Face à ces constats, il déclare que « la régulation publique a du sens surtout en agriculture » et que « la politique agricole est légitime ». Reste à savoir « quels objectifs » souhaitons nous lui donner (environnement, santé publique, prodution…) ? Question importante d’autant plus que le budget est faible car « on a encaissé de nouveaux Etats membres sans l’augmenter ! » À son avis, les défis qui s’annoncent pour les politiques publiques et les acteurs résident dans « le maintien de protections commerciales suffisantes, le ciblage des aides publiques sur les fonctions non marchandes de l’agriculture, l’encouragement des investissement dans des systèmes innovants, le rééquilibrage des marchés et le rapprochement via la communication entre consommateur et agriculteur ». Il imagine une Pac à la carte pour les Etats membres, avec des mesures que « vous appliquez comme vous pouvez avec des fonds nationaux si vous le pouvez. Plus la Pac s’élargit, plus les Etats membres reprennent la main. Son élargissement a écarté l’idée d’une Pac vertueuse. Elle sera subsidiaire. » En faisant référence à l’Allemagne, il déclare que la France « doit avoir sa stratégie dans une politique agricole imparfaite ».

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