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Agrofourniture La volatilité des marchés frappe les fournisseurs

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Les industries qui fournissent les moyens de production aux exploitants agricoles sont, elles aussi, touchées par la volatilité des marchés agricoles. La distribution d’engrais, la vente de produits phytosanitaires, l’alimentation animale comme les semences passent par des phases de hausses et de baisses d’activité ayant plus d’ampleur que par le passé. Leur activité devient encore plus imprévisible avec les conséquences négatives plus difficiles à gérer. Ainsi, pour l’année 2010, tandis que le 1er semestre a vu des baisses de ventes à deux chiffres pour la distribution de matériels agricoles ou celle des engrais, les dernières semaines laissent espérer une nette reprise. Sur les douze mois se terminant en juillet, la vente de produits phytosanitaires est en baisse de 15%. L’alimentation animale, elle, est frappée par la hausse brutale des matières premières depuis juillet et la difficulté de répercuter ses coûts à des filières animales dont les prix n’augmentent pas.

Lamballe, dans les Côtes d’Armor. La coopérative d’aliments du bétail Le Gouessant a mis en place une formule de vente d’aliments à prix fixes pour les quelques mois à venir. Une manière d’aller à l’encontre de la volatilité de plus en plus grande des marchés agricoles et des matières premières. Mais un pari, aussi. L’éleveur est assuré de payer un prix qui ne bouge pas, à charge pour la coop de se couvrir, elle, moyennant tous les moyens existant sur le marché. C’est une formule encore minoritaire dans le volume d’affaires du Gouessant. Mais, si elle est jugée prometteuse par son nouveau DG Jean-Charles Oisel, elle pourrait changer notablement le fonctionnement de l’entreprise. L’achat de matière première, naguère une fonction technique qui dépendait de paramètres agronomiques, devient tout autant une fonction financière.

Résultats médiocres sur 2010
Cete forme de mutation, quasiment toute l’agrofourniture est en train de la connaître. Selon des modalités diverses, elle est en train d’apprendre à vivre avec des marchés de plus en plus volatils, de plus en plus imprévisibles.
La volatilité qui frappe les agriculteurs frappe, conséquence logique, leurs fournisseurs. Lorsque les revenus agricoles varient de +10% à -30% en deux ans, cela rejaillit inévitablement sur les achats de moyens de production. Dans ces domaines, les résultats financiers pour 2010 seront sans doute médiocres. C’est le cas pour les machines agricoles. Par rapport au 1er semestre 2009, la baisse des ventes sur le même semestre 2010 est de 40 % en matériels de traite, 33 % en moissonneuses batteuses, 30 % pour les tracteurs. Quelques mois plus tôt, au plus fort de la flambée des prix de 2007-2008, quasiment les mêmes chiffres étaient constatés mais à la hausse. Plus que jamais, les industriels doivent gérer des stocks de machines, ce qui est difficile à concilier avec une activité à la technologie toujours évolutive.

La France moins stratégique
Le phénomène est tout aussi important pour les produits phytosanitaires. Pour les douze mois s’achevant en août, explique Jean-Charles Bocquet, directeur général de l’UIPP (Union des industries de protection des plantes), la baisse du marché des phytos est globalement de 15%. En 2008, les industriels avaient au contraire constaté une croissance de 14%, suivie d’une baisse de 3% en 2009. « Nous sommes sur une activité de plus en plus volatile », constate Jean-Charles Bocquet, directeur général de l’UIPP. Une volatilité engendrée par deux grands facteurs : les revenus agricoles plus erratiques ; l’effet « Grenelle de l’environnement » qui incite de plus en plus les agriculteurs à ne traiter que lorsque le besoin est pressant et donc à n’acheter des phytos qu’à ce moment. Une spécificité française qui rend les plannings de production industrielle à élaborer. Et, surtout, pour les multinationales que sont les entreprises du secteur, la France devient un peu moins prioritaire que des pays émergents come le Brésil, l’Inde ou la Chine. « Le pays reste une région majeure mais les patrons France des multinationales ont un peu plus de mal à convaincre les sièges à y investir, explique Jean-Charles Bocquet. Lorsqu’il est question d’établir une usine de production d’un principe actif, ce sera plus souvent une région émergente qui sera choisie. De plus, la volatilité de la demande de phytos peut être risque de rupture de stock, le jour où un gros pépin sanitaire implique le recours massif à un produit. »

Effet ciseau des prix
Constitué de très grandes entreprises mondiales surtout, le secteur des phytosanitaires peut faire ses arbitrages et résister à une volatilité ponctuelle des marchés. C’est moins le cas de l’alimentation animale. « La volatilité des prix met à mal ceux qui n’ont pas les reins assez solides » constate Patrice Gollier, DG d’InVivo nutrition et santé animale. C’est ce qu’on appelle l’effet ciseau des prix : les grandes matières premières agricoles sont, soudain, depuis juillet, devenues plus cher tandis que les prix de la viande et du lait stagnent, notamment du fait de la pression des grandes surfaces. Les entreprises d’aliments du bétail ont alors toutes les peines du monde à faire passer des hausses de tarif. Celles qui s’étaient habituées à des marchés plutôt stables, même s’ils étaient déclinants, doivent maintenant se colleter à la volatilité.

Le lait instable
La production laitière, par exemple, a découvert l’instabilité des prix. « C’est un phénomène nouveau », affirme Michel Dochez, responsable du secteur chez Coop de France. De surcroît, la variation des cours des céréales influe en plus ou en moins sur les fabrications d’aliments à la ferme et donc sur les achats d’aliments industriels. L’analyse de Patrice Gollier confirme celle du Gouessant : dans un monde où les résultats nets sont souvent inférieurs à 1%, tout doit être utilisé pour stabiliser les prix d’achat : les marchés à terme, notamment. Le secteur de l’aliment du bétail, déjà en restructuration permanente, vit une nouvelle cause de réorganisation. Patrice Gollier ne cache pas, d’ailleurs, que l’essentiel des résultats du groupe dans ce domaine provient des activités établies dans les pays émergents (Mexique, Brésil, Thaïlande…). En France, InVivo procède à une profonde réorganisation de ses activités, sur la base de pôles régionaux. D’une manière générale, l’industrie de l’aliment du bétail du pays est en surcapacité permanente ce qui la rend d’autant plus sensible à la volatilité des marchés. Mais n’est-ce pas le cas de la plupart des secteurs de l’agrofourniture ?

Phytosanitaires : 15 % de baisse des ventes en douze mois (évolution des ventes de produits pour les 12 mois à fin août) - Source UIPP
Total : - 15 %
Herbicides : - 13 % (790 M€)
Fongicides : - 18 % (630 M€)
Insecticides : + 6 % (130 M€)
Traitement des semences : - 18 % (130 M€)
Divers : - 28 % (M€)

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