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UE/Produits laitiers La volatilité des prix en débat au congrès de l’industrie laitière européenne

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La volatilité des prix des produits laitiers a été le thème central des débats du 13e congrès de l’European Dairy Association (EDA) qui s’est tenu du 7 au 10 octobre à Bratislava (Slovaquie). Une étude sur « les causes et les conséquences de la volatilité des prix de l’industrie laitière européenne» a été présentée à cette occasion et a fait l’objet de nombreux commentaires. Commentaires qui sont arrivés à la conclusion générale que le marché des produits laitiers européen a toujours été tributaire d’une fluctuation des prix et que le secteur s’attend toujours à plus de volatilité dans l’avenir. Agra alimentation en a profité pour interroger Luc Morelon, représentant à ce congrès du groupe Lactalis.

L’étude commandée par l’European Dairy Association à Michael Keane Agribusiness Research services (Irlande) sur la volatilité des prix dans l’industrie laitière de l’UE a permis aux 160 participants au 13e Congrès annuel de l’EDA (1) d’aborder une demi-douzaine de thèmes importants qui allaient des causes de la volatilité des prix jusqu’à ses conséquences au niveau des entreprises en passant par les instruments qui pourraient aider les transformateurs ou les exploitants laitiers à réduire le phénomène. Joop Kleibeuker, le secrétaire général de EDA a indiqué que cette étude « tombait à point nommé » pour la première réunion le 13 octobre du groupe de travail de haut niveau proposé récemment par la Commission européenne pour se pencher sur la crise laitière et sur les moyens d’en sortir. Il a demandé aux entreprises membres de EDA de prendre connaissance des résultats de l’étude et de présenter leurs commentaires et recommandations aux représentants des gouvernements respectifs qui siègeront au sein de ce groupe de travail européen qui doit rendre un rapport final au plus tard en juin 2010 (1).

L’Europe rejoint les autres pays
Que dit cette étude sur l’ampleur et la fréquence des fluctuations des prix ? Selon Michael Keane, l’auteur principal, tant en Europe qu’au niveau mondial, les marchés des produits laitiers de base ont connu, au cours des vingt dernières années, des périodes occasionnelles d’extrême volatilité de prix, combinées à des périodes de stabilité. Les prix au niveau mondial du beurre, du lait écrémé en poudre et des fromages, en particulier, ont affiché des niveaux beaucoup plus élevés de volatilité quand on les compare avec les prix communautaires. L’étude cite notamment le cas du beurre et du lait écrémé en poudre dont la volatilité des prix sur le marché mondial aurait été, respectivement, de 3,47 et 2,24 fois plus grande qu’au niveau de l’UE au cours des vingt dernières années. Il y aurait eu également une augmentation plus marquée de la fréquence et du niveau de volatilité des prix dans l’UE que sur le marché mondial au cours de la dernière décennie par rapport aux années 1990. Ce qui fait dire aux auteurs de l’étude que la volatilité des prix de l’UE « s’est nettement rapprochée de celle du marché mondial au cours des dix dernières années ».

Un phénomène « inévitable » appelé à s’accentuer
Selon les auteurs de l’étude, les causes de l’extrême volatilité des prix sur les marchés des matières premières laitières s’expliqueraient principalement par la combinaison d’une demande alimentaire inélastique avec des variations imprévues dans l’approvisionnement en produits laitiers (pour des raisons notamment de météo, de maladies du bétail, etc...). Même des changements minimes dans l’approvisionnement seraient en mesure de provoquer des changements très importants dans les prix. Un constat qui, soulignent les auteurs de l’étude, « ne peut que s’amplifier dans un contexte de changement de politique majeur de l’UE dans le domaine des produits laitiers au cours des dernières années » (réforme de la PAC en 2003) et de récession économique mondiale affectant la demande.
Quelles conséquences majeures voient les auteurs de l’étude face à cette fluctuation des prix ? Des prix extrêmement bas peuvent se traduire, disent-ils, « par de nombreux problèmes financiers, une baisse des investissements et à terme par une menace sur la solvabilité des exploitations et des industries laitières »; tandis que des prix extrêmement élevés pousseraient les consommateurs à procéder à des substitutions de produits (graisses végétales, protéines, etc...); « un comportement qui, par la suite, pourrait être difficile, voire impossible à inverser », soulignent les auteurs. Une enquête menée auprès des chefs d’entreprises par l’équipe de Michael Keane est arrivée à la conclusion que ces derniers s’attendent à une volatilité accrue des prix dans le secteur laitier de l’UE dans le futur par rapport aux décennies antérieures. Une volatilité que les industriels estiment « inévitable » suite aux changements majeurs intervenus dans la politique laitière de l’UE ces dernières années.
Pour sortir de l’ornière, les industriels qui ont répondu à l’enquête, ont suggéré une série de mécanismes de gestion des risques, parmi lesquels figure notamment la nécessité d’une transparence des indices de prix au sein de l’UE pour aider à l’établissement d’accords contractuels, à la mise en place d’un marché à terme pour les produits laitiers ou encore pour répondre à l’augmentation des opérations de fusions d’entreprises.

Comment traiter ou réduire la volatilité des prix ?
Selon les auteurs de l’étude, il existe un large éventail d’instruments qui pourraient contribuer à gérer la volatilité des prix et des revenus. Ces instruments comprendraient par exemple le développement de marchés de gré à gré, de contrats à terme ou encore de contrats d’assurance. Ils suggèrent même à la Commission européenne de s’inspirer de l’expérience du secteur américain des produits laitiers qui permet aux industriels de bénéficier gratuitement (par le biais de l’USDA, le ministère de l’agriculture des Etats-Unis) d’informations et de données « de haute qualité, actualisées et objectives » sur le secteur. Ils estiment aussi que l’UE devrait se doter d’une structure similaire à « l’US risk management agency » ( Agence de gestion des risques de l’USDA). Les auteurs saluent enfin l’annonce récente par la Commission européenne de la création d’un groupe de travail de haut niveau sur la crise laitière. Formé d’experts des États membres et de la Commission européenne ce groupe devait se mettre en place le 13 octobre et se pencher, entre autres, sur la possibilité d’établir des relations contractuelles entre les producteurs et l’industrie laitière et la création d’un marché à terme des produits laitiers.
Avec une trentaine de représentants les industriels français étaient pratiquement aussi nombreux que leurs hôtes slovaques. 18 Etats membres étaient représentés aux côté de deux pays tiers (Etats-Unis et Australie)

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