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Production porcine « La vraie crise du porc est devant nous », selon Paul Rouche (Sniv-SNCP)

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Lors d'un débat, le 14 septembre, l'ensemble des membres de la filière porcine a pu s'exprimer sur la crise de ces derniers mois. Pac, rapports de force dans la filière, distorsions de concurrence, tous ont donné leur vision, sans heurts.

« La vraie crise du porc est devant nous ! Elle est dans quinze jours, après la fermeture du Space », s'est exclamé Paul Rouche, directeur délégué du Syndicat des industriels de la viande (Sniv-SNCP), le 14 septembre. Lors d'un débat organisé par l'Association française des journalistes agricoles, il est revenu sur le prix politique du porc. « Dans les quelques jours qui viennent, les cours du porc ne tiendront pas », estime-t-il, du fait des cours européens et notamment allemand ou espagnol. Suite aux décisions de Bruxelles, « en France, la seule mesure » qui peut aider la filière, éleveurs, salaisonniers et distributeurs compris, « c'est un retour du consommateur vers l'origine France, sinon cela sera trop compliqué », a-t-il expliqué. De son côté, pour Jean-Paul Simier, directeur filières alimentaires et agroalimentaires chez Bretagne Développement innovation, la sortie de la crise porcine se fera par l'obligation de retrouver de la valeur ajoutée auprès des éleveurs, même si cela doit passer par un rapport de force dans la filière. Restent également des évolutions dans la réglementation (environnement, regroupement...). « Les aides publiques ne doivent être qu'un plus », a-t-il estimé, en défendant cependant la Pac. « Il y a encore une Pac », protectrice, avec des contingents et des droits de douane, affirme-t-il en s'interrogeant plutôt sur la disparition des restitutions.

Retrouver de la sérénité dans la filière

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« La question que je me pose, c'est : peut-on faire prospérer une filière porcine en France ou en Europe sans cadre ? », s'interroge de son côté le président de la Fédération nationale porcine, Paul Auffray. « Nous collectionnons, depuis des années, les désagréments du libéralisme qui s'impose partout dans le monde », continue-t-il. Guillaume Roué, président de l'interprofession porcine, revient sur les prix et les rapports de force dans la filière. « Nous avons vu des chiffres aberrants avec des longes de porcs à 2€ 20/kg en vente chez les distributeurs. Il faudrait réglementer un peu le marché. Nous ne jetons pas la pierre à nos amis de la transformation. Eux-mêmes se retrouvent coincés. Je me dis que parfois ces gens-là [distributeurs et transformateurs, ndlr] devraient nous donner des dommages de guerre ». Paul Aufray espère que « la segmentation du produit, la contractualisation ramèneront un peu de sérénité dans la filière. […] Cependant, nous allons nous battre pour retrouver notre part du gâteau, quitte à bousculer l'armoire ». André Sergent, président de la Chambre d'agriculture du Finistère, aura le mot de la fin : « Dans le terrain de jeu qu'est l'Europe, nous n'avons pas les mêmes armes pour jouer. La filière porcine est la première à s'en rendre compte. Mais dans d'autres productions, bientôt, on va aussi se rendre compte que le poste charge est très lourd ». Sur le stand de la maison du lait, au Space, on entendait aussi, « la crise du lait est devant nous » !