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L’abattoir d’Alès fermé pour non-respect du bien-être animal et des règles sanitaires

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Le 14 octobre, l’association de protection animale L214 a mis en ligne une vidéo choc, commentée par Hélène de Fougerolles sur les conditions d’abattage des animaux à l’abattoir d’Alès. La Mairie d’Alès ferme le site le jour même. Le Parquet ouvrira une enquête le lendemain.

Normalement dans les abattoirs, « le couloir entre les locaux d’hébergement et le poste d’immobilisation des animaux et d’étourdissement doit être régulièrement nettoyé pour éviter tout risque de glissade lié aux fèces des animaux. Les animaux sont conduits en zone d’étourdissement à allure régulière, sans bousculade, ni affolement avec le minimum d’intervention humaine […] », est-il écrit dans le tout récent guide du Centre d’information des viandes. Intitulé Le bien-être et la protection des animaux de l’élevage à l’abattoir, ce guide explique toutes les conditions à respecter au moment de l’abattage : « les ovins déplacés côte à côte compte tenu de leur instinct grégaire », l’interdiction de « frapper les animaux ou de leur donner des coups de pied, d’user d’un aiguillon ou d’autres instruments pointus pour les faire avancer », la nécessité d’un deuxième étourdissement « en cas de doute », etc. L’abattoir municipal d’Alès, au vu des images fournies par l’association de protection animale L214, semble ne pas avoir lu ce guide !

Actes de cruauté et de barbarie mis en évidence

Bovins ou équins à peine étourdis sont accrochés à la chaîne d’abattage, les chevaux qui ruent et refusent de rentrer au poste d’étourdissement sont frappés à coup de bâton ou d’aiguillon électrique et pour certains reçoivent la porte de fermeture sur les jarrets, les porcs sont descendus en surnombre dans la fosse à CO2, manifestant des comportements de panique et de souffrance évidents avant de mourir… Le rapport du vétérinaire Gilbert Mouthon (expertise privée demandée par l’association), mis en ligne sur le site de L214, est sans appel : cruauté, acte de barbarie et irrespect des règles sanitaires. La mairie d’Alès a choisi de fermer le site, à titre conservatoire, le 14 octobre, soit le jour même de la diffusion des images sur internet.

Les images ont été filmées en caméra cachée pendant dix jours

La préfecture du Gard a réagi immédiatement par un communiqué. Elle indique qu’« une inspection de la Direction départementale de la protection des populations dédiée à la protection animale avait été effectuée le 4 septembre 2015 dans le cadre des visites annuelles programmées. Plusieurs des manquements repérés dans le montage d’images vidéo (vidéo qui date d’avril 2015) avaient été constatés bien que non comparables aux extraits diffusés. »

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Ouverture d’une enquête par le Parquet

Selon la Préfecture, une mise en demeure, notifiée le 22 septembre avait ordonné « de mettre fin aux pratiques professionnelles non conformes à la réglementation ». L’association L214 a préféré porter plainte et le parquet du Gard a annoncé le 15 octobre l’ouverture d’une enquête préliminaire sur des « faits d’acte de cruauté, mauvais traitements sur animaux » à l’abattoir de la ville. L’enquête a été confiée à la brigade nationale d’enquêtes vétérinaires en cosaisine avec la section de recherches de la gendarmerie de Nîmes. Interbev s’est positionné le même jour en se portant partie civile « si l’enquête administrative confirmait un ou plusieurs manquements aux réglementations en vigueur » et en demandant « réparation des préjudices éventuellement subis » (communiqué du 15 octobre). Les images ont été filmées en caméra cachée, pendant dix jours d’avril à mai 2015, par « une personne qui a accès à l’abattoir » précisait l’association. Aussi, le responsable de l’abattoir d’Alès a également porté plainte pour « atteinte à la vie privée par fixation ou transmission de l’image des personnes » !

Une remise en cause de la crédibilité des abattoirs

Interbev comme Culture Viande (syndicat des industriels de la viande) se sont positionnés dans les 24 heures à la suite de la publication de la vidéo sur l’abattoir municipal d’Alès de l’association de protection animale L214. Ils ont condamné « avec fermeté » les pratiques « inacceptables » mises en place dans l’abattoir aussi bien sur le plan du bien-être animal que du sanitaire et ont donc salué la fermeture du site. Culture Viande en appelle même « à l’ARCEP (l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes) quant à la diffusion d’images qui peuvent heurter les concitoyens : ces images ne sont en rien généralisables aux activités d’abattage-découpe en France où les professionnels des filières de production animale sont engagés dans la garantie de la protection du bien-être des animaux d’élevage, condition indispensable pour assurer des produits de qualité aux consommateurs ». Dans un contexte de fragilité des filières viandes, un tel scandale n’était pas le bienvenu…