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Foncier L’accaparement des terres concerne aussi l’Europe, alerte Via Campesina

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Selon un rapport publié par Via Campesina et Hands-Off the land Alliance, l’accaparement des terres prend de l’ampleur en Europe et n’est pas cantonné aux pays en développement. À Paris, les membres d’une association roumaine ont décrit ce phénomène qu’ils observent dans leur pays.

En théorie, seuls des citoyens ou entreprises roumaines peuvent acheter des terres en Roumanie. En théorie seulement, car cette obligation peut être contournée, notamment en créant une entreprise en Roumanie. Ainsi, l’association Eco Ruralis recense 700 000 hectares contrôlés par des investisseurs étrangers, ce qui représente 6,5% des 13 millions d’hectares agricoles que compte le pays. La Roumanie n’est pas le seul pays à attirer des investisseurs étrangers, alerte un rapport publié le 17 avril par Via Campesina et Hands-Off the land Alliance, qui entendent attirer l’attention sur le phénomène d’achats de terres à grande échelle. Un phénomène qui « concerne aussi l’Europe ».

Faible coût des terres et de la main d’oeuvre

En visite en France, les représentants de l’association roumaine Eco Ruralis ont détaillé le phénomène qu’ils observent chez eux. Un sol très riche et fertile dans toute la ceinture Sud du pays, un prix des terres bas (4 000 euros/ha représente un maximum) et un faible coût de la main d’œuvre (160 à 200 euros par mois), et l’assurance d’empocher les aides versées dans le cadre de la Pac : voilà ce qui, selon Attila Szocs, président de l’association EcoRuralis explique l’attrait des terres roumaines pour les investisseurs étrangers. De plus, de très importantes marges de progression sont possibles : en modernisant l’agriculture, les rendements peuvent aller jusqu’à doubler en quelques années, c’est l’un des arguments mis en avant par les investisseurs. En outre « le gouvernement leur est très favorable », précise Attila Szocs. L’association scrute ces achats, mais il n’est pas toujours facile de démêler qui se cache derrière. Ceux qui ont pu être identifiés sont Qataris, Libanais, ou encore Italiens ou Allemands, rapporte Eco Ruralis. Il s’agit soit d’investisseurs financiers, qui collaborent avec des entreprises locales qui réalisent pour eux les travaux agricoles, soit des investisseurs privés qui peuvent créer des filières complètes, depuis la production agricole jusqu’aux abattoirs et usines de transformation, assurent les responsables d’EcoRuralis. La production part parfois directement à l’export. Les conséquences en Roumanie, analyse Ecoruralis, sont la dépossession de la terre, la hausse du prix du foncier, la hausse du chômage, ces entreprises ne participant pas au développement économique local. « Nous ne sommes pas contre les investissements en agriculture, mais souhaitons que le profit soit responsable », résume Attila Szocs.

Roumanie et Hongrie particulièrement touchées

La situation de la Roumanie est singulière, avec une propriété foncière rurale très morcelée entre 4 millions de petits agriculteurs, qui assurent 30 % de l’alimentation du pays, une adhésion toute récente à l’Union européenne et les conséquences de 50 ans de dictature communiste. Les investisseurs arrivent à convaincre les paysans de vendre ou de louer leur terre, via des contrats qui souvent flous et que les signataires ont du mal à comprendre. Les recours en justice son nombreux, assure Attila Zsocs.
Selon le rapport publié par Via Campesina et Hands-Off the land Alliance, la Roumanie et la Hongrie sont particulièrement exposées. Cette dernière tente pourtant d’enrayer la menace : elle a interdit, en décembre 2012, tout achat de terres par des capitaux étrangers jusqu’en 2014. Le rapport européen recense plusieurs types de projets provoquant l’accaparemment des terres : la production agricole, l’extraction de minerai mais aussi la production de bioénergie ou des « accaparement verts » pour construire par exemple de grandes fermes solaires, etc. Les auteurs insistent aussi sur le rôle de la concentration de la propriété foncière, un phénomène encouragé par la Pac. « En Hongrie, écrivent les auteurs, 8,6 % des exploitations ont bénéficié de 72% du total national des aides agricoles de la Pac » et l’actuelle réforme de la Pac ne semble pas augurer un changement de trajectoire, s’alarment les auteurs.
Pourtant, l’association roumaine EcoRuralis voit une lueur d’espoir en Europe, le commissaire Dacian Ciolos prêtant une oreille attentive à leur cause. Il pousse par exemple pour la modification du statut d’agriculteur actif dans la future Pac. Mais c’est au niveau gouvernemental que cela coince, estime Dan Cismas, paysan roumain et co-président d’Eco Ruralis. Enfin, le rapport européen insiste sur les organisations citoyennes qui se battent actuellement contre ce phénomène.

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