Toujours en cours de discussions, l'accord de libre échange entre l'Europe et les Etats-Unis éveille toutes sortes de craintes chez les professionnels du secteur agroalimentaire. En France, tous déplorent la très grande opacité qui entoure les négociations et craignent un nivellement par le bas.
QU'ON l'appelle TAFTA pour Trans-Atlantic Free Trade Agreement ou TTIP pour Transatlantic Trade and Investment Partnership, l'accord de libre échange entre l'Europe et les Etats-Unis en cours de négociation n'a pas fini de faire couler de l'encre. Cet accord prévoit l'élimination des barrières commerciales de chaque côté de l'Atlantique, afin de permettre le libre échange des marchandises. Au-delà des droits de douanes entre l'Europe et les Etats-Unis, actuellement de l'ordre de 3 à 4 % en moyenne et même s'il existe d'importantes disparités sur des produits en particulier, il s'agit surtout d'harmoniser les barrières non tarifaires. L'accord pourrait entrer en vigueur en 2015. Et les enjeux sont à la hauteur de la taille des deux partenaires, c'est-à-dire énormes. Les Etats Unis et l'Union représentent à eux deux la moitié du PIB mondial et un tiers des flux commerciaux.
Evidement, l'ouverture du plus grand marché au monde comporte de réelles opportunités commerciales pour de nombreux secteurs, mais elle n'est pas sans soulever quelques craintes légitimes, tant sur le plan sanitaire, que social et envi-ronnemental. Et au-delà de tout clivage politique, tous s'accordent sur un point : le manque de transparence de ces négociations qui revient comme un leitmotiv. « C'est un dossier qui est directement géré par les commissaires européens qui négocient en notre nom, ce qui est un problème », s'était ainsi ému le ministre de l'Économie Arnaud Montebourg, interrogé sur BFMTV et RMC, avant même la tenue du cinquième round de négociations entre Européens et Américains qui s'est achevé le 23 mai. Ce dernier demandait ainsi à être associé aux négociations pour préserver les intérêts français. Parce que dans le fond, Bruxelles a beau mettre en avant le gros bénéfice (119 milliards d'euros par an selon une étude indépendant du CEPR, un centre d'études sur la politique économique basé à Londres) que l'Europe pourrait tirer d'un tel accord et tenter de rassurer, la perspective de perdre les acquis cristallise toutes les peurs.
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INQUIÉTUDE SUR TOUS LES FRONTS
Les filières de l'industrie agroalimentaire s'inquiètent de voir arriver sur leur marché des produits en totale opposition à ce qu'ils ont défendu et obtenu depuis des années. Ainsi le président de la FNSEA, 1er syndicat agricole français, n'a pas caché son inquiétude et réclame de pouvoir continuer « demain à faire nos AOC, nos IGP (Indication géographique protégée), nos produits de terroir, ce qui caractérise notre alimentation et qui fait l'intérêt de la France sur le plan touristique ». Interrogé sur RTL, Xavier Beulin a rappelé l'importance des disparités de production entre l'Europe et les Etats-Unis, que l'on retrouve au final dans les assiettes. En Europe, « nous avons des cahiers des charges à tous les stades de la production, jusqu'à la distribution, qui garantissent aux consommateurs que les engagements qui sont pris tout au long de la chaîne sont respectés ». Même son de cloche du côté des professionnels du bétail et de la viande, qui rappelle par la voix du président d'Interbev (Interprofessionel du bétail et des viandes) Dominique Langlois les règles de traçabilité en Europe de l'élevage à la boucherie, sans aucun rapport avec les « feedlots » américains, véritables usines d'élevage où les animaux sont engraissés et nourris aux antibiotiques, sans souci du bien-être de l'animal. D'ailleurs, il ressort d'une étude d'opinion réalisée par Opinion Way début mai, que 74 % des consommateurs de viande français, âgés de plus de 18 ans, sont opposés à l'introduction en France et en Europe de viandes bovines produites sur le continent américain, quant à manger de la viande contenants des résidus d'antibiotiques, ils sont 82 % à le refuser. Des normes européennes sanitaires et réglementaires qui ont évidement un coût. Selon Interbev, les exploitations françaises « doivent supporter un surcoût de 29 % par rapport à leur concurrentes américaines ». Et les propos rassurants de Fleur Pellerin, affirmant que « des lignes rouges ont été tracées » dans le mandat de négociation de la Commission européenne, notamment dans le domaine agroalimentaire et qu'il n'y a aurait « pas d'OGM, pas de poulet chloré, pas de bœuf aux hormones », rien n'y fait. Mieux vaut prévenir que guérir. Mi-avril, lorsque Jean-Philippe Girard, patron de l'Ania, avait été reçu par François Hollande, il ressortait de cet entretien que le président de la République porterait une attention toute particulière au contenu des accords commerciaux en cours de discussion, notamment entre l'Europe et les États-Unis, afin que « la filière agroalimentaire ne soit pas la variable d'ajustement d'un accord ». Dont acte.