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Prix du lait L’accord interprofessionnel de nouveau sur les rails

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Voilà le Cniel redevenu l’acteur majeur pour orienter le prix du lait payé à la production. Deux événements ont contribué à le remettre sur les rails. D’une part, les trois branches de l’interprofession se sont entendues le 1er décembre, sur une orientation de prix. Celle-ci porte sur -25 euros pour 1 000 litres pour les deux mois de novembre et décembre comparés aux mêmes mois de 2007 ; une baisse plus forte est prévue pour le premier trimestre 2009 ; d’autre part, après le vote de l’Assemblée nationale, le Sénat a confirmé le 3 décembre, un article de loi spécifiant que l’interprofession laitière pourra « élaborer et diffuser des indices de tendance, notamment prévisionnels », auxquels « les opérateurs peuvent se référer ». Une pratique qui ne sera pas soumise aux règles générales de la concurrence. Dans le syndicalisme agricole majoritaire, le regret de voir les prix du lait se réduire est compensé par le soulagement résultant de la remise du Cniel sur les rails de la fixation du prix à la production. Les syndicats minoritaires, qui ne participent pas aux négociations, sont, eux, franchement hostiles à la nouvelle évolution du prix du lait à la production.

Après cinq heures de discussions serrées, après plusieurs jours de manifestations d’éleveurs, les membres de l’interprofession laitière Cniel se sont mis d’accord, le 1 er décembre, sur une recommandation pour le prix du lait. Sur les deux derniers mois de 2008 et par rapport aux mêmes mois de 2007, l’orientation préconisée dans les régions est une baisse de 25 euros par millier de litres. Pour janvier et février 2009 cette réduction atteindra 45 euros/1 000 litres et pour mars 55 euros/1 000 litres. Ces valeurs tiennent compte des 27 euros que les transformateurs s’étaient engagés à retourner aux producteurs, suite à un effort de lissage de la baisse.

Se résoudre à un accord

Le président de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer avait reconnu, la semaine précédente, qu’il fallait se résoudre à un accord, tout en s’attendant à une baisse de prix : « Il faut prendre nos responsabilités, disait-il le 27 novembre, s’il y a accord, il ne peut pas être bon ». Pour autant, cet accord s’imposait : « On ne peut pas emmener les gens dans le mur face à la débandade de la filière », insistait Jean-Michel Lemétayer. Durant plusieurs jours, les éleveurs avaient manifesté à travers toute la France pour obtenir le meilleur résultat possible. Il s’agit donc d’un accord de prix « très politique » comme le disait un des négociateurs, résultant autant d’une conciliation entre des positions éloignées que d’une application de critères objectifs.

Un « plan de filière »

Remise sur les rails, l’interprofession (composée de la FNPL pour les producteurs, de la FNCL pour les coopératives et de la Fnil pour les industriels) décidait également de prendre des options pour l’avenir. Un « plan de filière » va être adopté et comprendra trois volets. D’une part, un travail de fond sera mené pour mettre en place, à compter du 1 er avril 2009, un nouveau système d’indicateurs. Ce sont ces indicateurs qui permettent d’aboutir à une orientation chiffrée des prix du lait destinée aux régions. Le système fonctionnait, bon an mal an, avant la remise en cause par la Direction de la Concurrence (DGCCRF) au printemps dernier et avant le bouleversement des marchés conduisant à une grande variabilité des prix. Ces indicateurs concernent les produits industriels, les produits de grande consommation exportés et ceux qui sont vendus sur le marché français. Mais des index concernant les prix du lait chez nos principaux concurrents (Allemagne, Pays Bas) rentrent également dans le cocktail. Tout ceci a été quelque peu bouleversé par la succession de hausses et de baisses fortes qu’a connues le marché ces derniers mois. Se pose aussi la question des délais d’élaboration et de prise en compte de ces données, les industriels, étant face à des marchés de plus en plus erratiques, voulant avoir des index bien plus réactifs.

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Observatoire des volumes

Deuxième volet, le suivi des volumes, sous forme d’une sorte d’observatoire, de manière à mieux adapter l’offre à la demande. D’autant que les éleveurs répondent, en fait, parfaitement aux « signaux du marché » que constituent les prix. Preuve en est la forte hausse de production constatée en début 2008 dans des régions comme la Bretagne (+18%) quand les prix étaient encore élevés et les droits à produire assouplis. Maintenant que les quotas sont destinés à augmenter, cette réactivité risque d’être encore plus rapide. Ces quotas augmenteront en effet de 2 % au total en 2009, 1 % résultant du quota lui-même et 1 % résultant d’un correctif décidé sur le pourcentage de matière grasse.

La valorisation des produits

Troisième volet, enfin, l’interprofession conduira une analyse des conditions de valorisation des produits laitiers. L’objectif est de prendre garde aux conséquences des ajustements de prix français, dans les cas notamment où ils pourraient être en décalage avec les prix de nos principaux voisins. Il faut éviter un risque de surcroît d’importation, donc pouvoir être très réactif sur les marchés, passer par des outils de promotion, etc. Il faut, aussi être attentif au risque de pression sur les prix industriels de la part des grandes surfaces, enhardies par des perspectives de réduction des coûts d’achat de ses fournisseurs. « L’interprofession va pouvoir se remettre au travail » disait un des négociateurs le 1er décembre au soir. Ce n’est justement pas le travail qui manquera.