Moins d’un mois après l’annonce d’une opération de taille – son rapprochement de la branche « produits laitiers frais » de Nestlé –, Lactalis récidive : le groupe met la main sur Galbani et ses 1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires. Grâce à la production de ce fromager milanais, numéro un du marché italien, le premier exportateur laitier français va se renforcer dans la mozzarella et la ricotta, et profiter de la croissance de ce marché pour rebondir sur un marché des produits laitiers en petite forme. Ses sept filiales de distribution réparties à travers l’Europe et son réseau de commercialisation local vont renforcer le circuit de distribution de Lactalis, déjà présent en Italie. Le groupe mayennais, aux 6,2 milliards de chiffre d’affaires, va désormais disposer d’une gamme de fromages complète, du cheddar au mascarpone, grâce à une acquisition qui le propulse deuxième fromager mondial derrière l’américain Kraft.
Emmanuel Besnier n’est-il donc jamais rassasié ? Après la reprise des activités « produits laitiers frais » du groupe Nestlé (Nestlé-PLF) il y a peine un mois cf. Agra alimentation n° 1910, du 22 décembre p.1, chacun aurait pu s’attendre à voir Lactalis digérer le morceau quelque temps. Que nenni, son p.-d.g. en a décidé autrement : le groupe vient d’avaler Galbani ! BC Partners cède au groupe mayennais une société au chiffre d’affaires de 1,3 milliard d’euros, poids lourd de la production européenne de mozzarella et qui occupe la place de leader sur le marché italien du fromage. Avant même sa mise aux enchères, qui devait avoir lieu le 16 janvier au matin, Emmanuel Besnier a convaincu le fonds d’investissement pan-européen de lui céder le fromager milanais. Dès février 2002, au moment de son rachat à Danone (voir encadré), le groupe de Laval avait manifesté son intérêt pour Galbani. Juste avant les dernières fêtes de fin d’année, alors que seuls des fonds d’investissement semblaient sur les rangs pour une reprise, Lactalis a entamé les négociations… et son très discret patron, qui fait beaucoup parler de lui ces temps-ci, a réussi à séduire ses interlocuteurs financiers, en mettant en avant « un projet industriel pertinent », avec évidemment « une offre de prix intéressante », indique-t-on du côté de BC Partners. Si le montant de cette nouvelle opération de taille reste évidemment secret, ce fonds d’investissement – qui compte notamment dans son escarcelle les surgelés Picard – avait en 2002 déboursé pour Galbani 1,015 milliard d’euros. Et rappelons-le, Lactalis n’étant pas introduite en Bourse, la société devra puiser dans ses fonds propres et avoir recours à l’endettement pour financer son appétit.
« Gammes complémentaires »
Le but de l’opération ? « Il s’agit d’être présent sur des marchés en croissance et complémentaires aux nôtres », indique Luc Morelon, directeur des relations extérieures chez Lactalis. En ligne de mire, le marché de la mozzarella, qui connaît une croissance de 2 à 3 %. Une bonne alternative pour rebondir face à un marché des produits laitiers plutôt déprimé. Le groupe de Laval, numéro un européen du fromage (marques Président, Lanquetot, Lepetit, Salakis…), tient déjà la place de numéro deux du marché italien du fromage, où il y possède sept sites de production. Opérant sous les marques Locatelli, Invernizzi et Candermatori, il y totalise 150 millions d’euros de chiffre d’affaires pour un volume de 20 000 tonnes. De son côté, la société milanaise concentre son activité dans la production de mozzarella, mascarpone et ricotta, des fromages frais commercialisés principalement sous les marques Santa Lucia et Galbani. Sur un marché national d’environ 400 000 tonnes de fromages frais, il commercialise environ 150 000 tonnes, pour une production totale de 200 000 tonnes de fromages. Cette nouvelle acquisition va ainsi permettre au français d’augmenter considérablement son offre : à la clé, une nouvelle envergure sur ce marché et la possibilité de « proposer dorénavant une gamme complète de fromages, du cheddar à la riccotta, aux distributeurs européens », explique Luc Morelon.
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Un circuit de distribution renforcé
D’autre part, le deuxième groupe agroalimentaire français va pouvoir profiter des différents réseaux développés par Galbani, localement comme à l’international : « Evidemment très présente en grandes surfaces, l’entreprise a aussi développé un réseau de distribution de proximité efficace qui représente une part significative de son chiffre d’affaires », selon Luc Morelon. Et à travers l’Europe, le fromager italien dispose de filiales de distribution en Suisse, Espagne, Angleterre, Belgique, Allemagne, France et Pologne, mais également au Japon. 23 % de son chiffre d’affaires sont ainsi réalisés à l’étranger et « son activité va être boostée par l’activité de Lactalis », se réjouit Luc Morelon. Nul doute que ce rachat s’inscrit dans l’internationalisation à marche forcée du groupe. Malgré tout, cette fois-ci, l’activité à l’export de Lactalis, « 47 à 48 % de son chiffre d’affaires », devrait rester stable : l’intégration du parc industriel de Nestlé–PLF, situé majoritairement dans l’Hexagone, contre-balance l’apport de Galbani.
Danone bientôt second ?
Parmi ses 300 produits, Galbani possède également dans son portefeuille le fromage doux Bel Paese, et diverses spécialités traditionnelles italiennes. La charcuterie, une activité historique (marque Ramagnoli), représente notamment 15% de son chiffre d’affaires et mobilise une usine de salaison au sein de son parc industriel. Une particularité à laquelle « il n’est pour l’instant pas question de toucher, prévient Luc Morelon, car elle fait partie intégrante du système de distribution local ». Une petite diversification qui vaut bien les 800 millions de litres de lait que l’italien transforme dans ses trois usines de la plaine du Pô, dans le Nord de l’Italie. Ils viendront s’ajouter aux 6,5 milliards litres que traite chaque jour le groupe mayennais, premier exportateur laitier français, dans le monde. Poids plume avec ses 3 100 salariés – au regard des 20 500 qu’emploie Lactalis –, Galbani pourrait faire monter d’ici l’an prochain le chiffre d’affaires de son nouvel acquéreur à plus de 8 milliards d’euros. En effet, après avoir passé la barre des 6,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2005, (+7% par rapport à 2004), Lactalis va également intégrer dans ses comptes les 1,5 milliard d’euros de Nestlé–PLF. Le groupe est propulsé deuxième fromager mondial derrière l’américain Kraft. De quoi porter ombrage au numéro un de l’agroalimentaire français, le groupe Danone, qui en 2004 totalisait à travers le monde 6,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans les produits laitiers frais.