Devant les sénateurs réunis en commission, les distributeurs ont lancé des pistes pour que les rappels soient plus efficaces et que les erreurs mises en évidence à l’occasion de l’affaire Lactalis ne se reproduisent plus à l’avenir.
Une dizaine de représentants de la distribution ont été auditionnés le 14 février par la commission des affaires sociales du Sénat. A cette occasion, trois distributeurs ont évoqué des livraisons par Lactalis de produits retirés théoriquement de la vente. "Nous avons été livrés de produits le 14 décembre pour un retrait le 10 décembre", a précisé Stéphane Dufort, directeur qualité du groupe Carrefour. Mais certains ont aussi reconnu des "défaillances humaines" dans leurs services, comme l’a exprimé par exemple Sébastien Chellet, directeur général du Galec (E. Leclerc). Claude Risac, directeur des relations extérieures chez Casino, a dénoncé une « communication erratique du fournisseur », ne facilitant pas le retrait dans un contexte de « multiplicité des points de vente ». Tous ont évoqué la « confusion » et la « complexité » d’appliquer les retraits-rappels dans le cas de l’affaire Lactalis.
Stéphane Dufort, directeur qualité du groupe Carrefour, a aussi évoqué le nombre important de retraits/rappels par an, plus de 1 100 en 2017 dans son groupe. Une thématique souvent reprise par les autres enseignes (300 retraits-rappels par an environ). Franck Geretzhuber, secrétaire général du groupe Auchan, a demandé à « hiérarchiser les rappels ». Il a confirmé la « saturation du dispositif » dont a parlé Laurent Francony, directeur qualité de Système U. Caroline Dassie, directrice générale d’Intermarché et de Netto, affirme quant à elle s'être trouvée « face à une complexité et une confusion évidentes. La gestion des numéros de lot ne peut être identifiée qu’avec les moyens humains. Cela nous montre la limite de cette procédure à l’heure du digital », a-t-elle souligné. Le blocage en caisse ne permet pas bloquer des lots spécifiques mais seulement l’ensemble d’une référence portant le même code-barres.
Des pistes pour éviter une affaire Lactalis bis
Stéphane Dufort, également représentant la FCD, a déclaré : « Nous demandons le travail de révision et d’amélioration du guide de gestion des alertes alimentaires, comme le réclame la FCD depuis deux ans. C’est essentiel pour nous, afin d’identifier les acteurs impliqués dans la gestion des rappels, comment classifier les types de crises, intégrer les nouveaux modes d’achat, et intégrer les pharmacies et hôpitaux dans le guide », a-t-il plaidé. Concrètement, le syndicat des distributeurs, propose la création d’un site internet unique pour la gestion des rappels, une formation aux procédures de rappel intensifiée dans nos magasins et, quand le niveau de risque se justifie, la déprogrammation des lots incriminés sur les sites internet commerciaux, pour que l’on ne puisse plus les commander. Autre solution : la mise en place de procédures harmonisées avec l’assistance des opérateurs du système bancaire pour identifier les acheteurs concernés, ce qui nécessite la levée du secret bancaire au regard de la gravité de chaque crise.
400 000 établissements contrôlés par an par la DGAL
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Patrick Dehaumont, directeur général de l’alimentation (DGAL) du ministère de l’Agriculture, a expliqué lors de son audition devant les sénateurs le 14 février que 4 600 équivalents temps plein (ETP) sont disponibles pour effectuer des contrôles, mais que 1 400 sont déjà monopolisés pour travailler dans les abattoirs et vérifier toutes les carcasses, « d’où une fréquence de contrôle des établissements agroalimentaires de six mois à deux ans ». En France, ce sont 400 000 établissements contrôlés et 55 000 contrôles par an, avec 62 000 prélèvements biologiques et 800 000 données à traiter, selon lui. Il a rappelé l’ampleur du travail effectué par les agents et la difficulté parfois d’analyser toutes les données.
Selon une déclaration du ministre de l'Agriculture Stéphane Travert, le 18 février, les résultats des contrôles sanitaires réalisés sur l'environnement d'une unité de production, devraient aussi être communiqués aux pouvoirs publics, et pas seulement sur le produit lui-même, suite à l'affaire Lactalis. "Demain, au travers d’un amendement qui sera ajouté dans la loi" suite aux EGA, "nous allons faire en sorte que tous les contrôles qui porteront sur l'environnement d'une production et qui peuvent mettre en danger le produit lui-même soient signalés", a indiqué le ministre sur Europe 1. "Tout ce qui concerne le produit était déjà encadré mais tout ce qui va concerner l'environnement du produit le sera aussi", et "les résultats devront être communiqués", a-t-il précisé.
Lactalis dépose les comptes de certaines entités du groupe
Plusieurs dizaines de comptes annuels de diverses sociétés du groupe Lactalis ont été déposés au Tribunal de commerce de Laval comme l'exige la loi Sapin 2. Pour les plus récentes, ces publications portent sur l'exercice 2016. Concernant les comptes de l'exercice 2017, « nous nous mettrons en conformité avec la loi », a indiqué à l'AFP le directeur de la communication de Lactalis Michel Nalet. Les comptes publiés concernent notamment les sociétés Lactalis Services Management, Lactalis Investissements ou Lactalis Logistique, selon les annonces parues mercredi 14 février au bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (Bodacc), révélées par Ouest-France. Les comptes consolidés du groupe restent cependant toujours inaccessibles rendant toujours difficile une lecture fiable de la physionomie exacte du groupe laitier. L’entité Groupe Lactalis a ainsi déclaré un chiffre d’affaires de 2,37 Mrd€ (pour un résultat net de 80 M€) et Lactalis International 480 M€ de chiffre d’affaires. Le groupe indique sur son site internet un chiffre d’affaires global de 17,3 Mrd€. En janvier 2017, à l'occasion du projet de retrait de la Bourse de Milan de Parmalat -une tentative avortée-, Lactalis avait été obligé de publier ses comptes 2015.... en italien. Ceux-ci faisaient apparaître un bénéfice net
de 432 millions d'euros, pour un chiffre d'affaires de 16,8 milliards, selon un document consulté par l'AFP.
En mars 2017, l'Observatoire des prix et des marges des produits alimentaires avait saisi les tribunaux de commerce de Rennes et Laval afin
qu'ils enjoignent à Lactalis de publier ses résultats, conformément à la loi Sapin II. En janvier dernier, Michel Nalet avait assuré aux sénateurs, lors de son audition que son groupe allait collaborer avec l'observatoire des prix et des marges.