Abonné

Contractualisation Lactalis met la pression sur les producteurs

- - 4 min

Dans un courrier envoyé le 18 février, Lactalis demande aux producteurs de signer individuellement un contrat cadre avant le 31 mars, sous peine de sanctions économiques. Depuis, la délégation nationale des groupements de producteurs et les différents syndicats ont unanimement condamné ces pratiques. Ces organismes accusent Lactalis de passer outre les groupements de producteurs pour casser leur pouvoir de négociation et appellent les éleveurs à rester unis en refusant de signer ce fameux contrat.

Alors que la délégation nationale des groupements de producteurs s’attendait à une reprise de ses discussions avec Lactalis pour négocier un contrat-cadre – à l’image de ceux signés par Danone, Senoble ou encore Bongrain –, les producteurs qu’elle représente reçoivent, depuis le 18 février dernier, un courrier leur intimant de signer individuellement un contrat avec l’industriel. Malgré les négociations de ce début d’année entre les groupements de producteurs et Lactalis, le contrat proposé par l’entreprise est identique à la version avancée le 22 octobre dernier, celle-là même qui avait provoqué la colère des producteurs. Nouvel élément de discorde, Lactalis ajoute dans son courrier une date butoir pour la signature dudit contrat. « Nous tenions à vous informer qu’au-delà du 31 mars 2012, nous n’accepterons plus de nouvelles signatures », indique-t-il. Le leader mondial des produits laitiers n’hésitant pas à menacer les réfractaires de supprimer les primes et les compléments de prix versés aux éleveurs qui ne respecteraient pas ces délais. Dans un autre courrier, destiné cette fois aux présidents de groupements, Lactalis rappelle avoir mis en place une convention cadre liant l’entreprise aux groupements de producteurs. Mais contrairement au contrat-cadre signé par les autres industriels du secteur, cette convention ne donne aucun levier de négociation en matière de volume ou de prix aux groupements. « Lactalis, en tant qu’acheteur de lait, déterminera le volume global acheté auprès de l’ensemble de ses fournisseurs », décrit la convention.

Les syndicats condamnent à l’unisson les méthodes de Lactalis

Dans son courrier aux présidents de groupements, Lactalis reproche également à la délégation nationale des groupements de producteurs, à la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) et aux Jeunes agriculteurs, leurs communications « qui ont volontairement laissé penser aux producteurs que les négociations étaient engagées sur une 3e version de contrat ». Dans un communiqué du 22 février, la FNPL accuse de son côté Lactalis de « confondre les verbes imposer et négocier ». Quant à la convention-cadre liant l’entreprise aux groupements de producteurs mise au point par Lactalis, elle « ne donne aucun pouvoir aux groupements », analyse la Fédération. « Ce simulacre de discussion est d’autant moins acceptable que sur le terrain, les producteurs livrant à leurs entreprises sont soumis à des pressions jusque dans leurs fermes », dénonce la FNPL. Les Jeunes agriculteurs ont également vivement réagi dans un communiqué daté du même jour. « Monsieur Besnier, patron de l’entreprise Lactalis, leader français et presque mondial de la filière laitière, semble être resté bloqué au siècle dernier », fustige le syndicat, avant d’ajouter que « le comportement de Lactalis gagne chaque jour en médiocrité ». Par ailleurs, « la Confédération paysanne appelle tous les producteurs et tous les présidents de groupements à ne pas céder à ces pressions scandaleuses ».

Les groupements de producteurs s’organisent

Pour Franck Guehennec, président de la délégation nationale des groupements de producteurs livrant à Lactalis, c’est l’incompréhension qui domine. « Ils devaient reprendre contact avec nous fin février », nous a-t-il confié, avant de regretter l’absence de reconnaissance de Lactalis envers les groupements. « Que penser d’une entreprise qui dit nous reconnaître comme interlocuteur le 8 juillet et fait volte-face le 17 février ? », s’interroge par ailleurs Franck Guehennec dans un communiqué de presse du 23 février. Mais, outre la politique de « la sourde oreille » pratiquée par le groupe laitier, le plus grave reste le bras de fer qu’il a engagé avec les producteurs, estime le président de la délégation. Lactalis ne ferait pas seulement pression via le couperet des primes non versées, soupçonne en effet Franck Guehennec. Lactalis menacerait également de stopper toutes relations commerciales avec les éleveurs n’ayant pas signé avant la date butoir, a-t-il alerté. Dans son communiqué de presse, Franck Guehennec appelle donc les producteurs à « se regrouper le plus massivement possible », et annonce d’ores et déjà une réunion le 7 mars prochain à Paris entre les groupements de producteurs pour restaurer le pouvoir de négociation des producteurs.