A quelques modifications de périmètre près (en Italie et en Espagne), le projet de société commune entre les activités produits laitiers frais en Europe de Nestlé et de Lactalis vient d’avoir l’aval des autorités communautaires de la concurrence. S’il est difficile de parler de désengagement de Nestlé, décidé à jouer son rôle de minoritaire dans la filiale LNPF, on voit naître d’un coup, certes avec quelque retard, un nouveau n°2 du secteur des produits frais en Europe derrière Danone, mais qui est en même temps le nouveau n°2 mondial du secteur laitier pris dans son ensemble (derrière Nestlé).
La nouvelle société Lactalis Nestlé Produits Frais (LNPF) ayant maintenant l’aval de Bruxelles, va démarrer son activité et sera opérationnelle en fin d’année, une fois accomplies les dernières étapes de consultation des représentants du personnel. La fusion progressive des équipes commerciales doit ensuite intervenir d’ici le début de 2007.
Elle couvrira 9 pays européens, la France, la Belgique, le Luxembourg, le Royaume-Uni, l’Irlande, l’Espagne, l’Italie, le Portugal et la Suisse. Lactalis en détient 60 % et Nestlé 40 %. Après confirmation de cette opération, le groupe français deviendra, avec 9 milliards d’euros, le n° 2 mondial des produits laitiers derrière Nestlé (14,6 Mds) et devant l’américain Dean Foods (8,9 Mds) et le français Danone (7,2 Mds). Le groupe de Laval devrait voir ses effectifs approcher les 30 000 personnes.
Tractations
L’examen qu’a fait la Commission de Bruxelles du projet de fusion Nestlé-Lactalis en produits laitiers frais en Europe a été retardé au premier semestre mais pour finalement aboutir à un accord quasi complet officialisé le 19 septembre. Pour la Commission, cette société commune, malgré sa taille (12 usines en Europe dont 9 en France et une présence commerciale dans huit pays de l’UE plus la Suisse et la Norvège) « ne réduirait pas significativement la concurrence » en Europe. Les deux entreprises, on s’en souvient Cf Agra alimentation n° 1 910 du 22.12.05, page Une, avaient annoncé en décembre 2005 leur projet de regroupement des activités produits frais dont elles disposent en Europe, à travers une filiale commune.
Elles avaient alors notifié une première fois l’opération aux services européens de la concurrence, mais pour de mauvaises raisons liées, semble-t-il, à l’étude quasi simultanée du rachat de Galbani par Lactalis, elles ont retiré leur dossier quelques jours avant la fin prévue de l’examen par la Commission. Fin août, elles ont finalement soumis une nouvelle fois leur projet d’alliance.
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A deux exceptions près qui concernent l’Italie et l’Espagne, la nouvelle entité – dont la direction générale Europe est confiée au directeur de Bridel, Marc Ducré – reprendra les actifs industriels prévus des deux groupes dans le domaine des PLF et couvrira une gamme complète comprenant les yaourts, les desserts et les fromages frais. Les ventes de cette société, employant 3230 personnes, et qui va s’affronter au leader du secteur, Danone, devraient être de l’ordre de 1,5 milliard d’euros la première année. En France, Danone détient 30 % des parts de marché des PLF, essentiellement avec ses marques, tandis que la nouvelle alliance en aura 11 % en produits de marque et plus de 20 % si l’on y ajoute son activité à marques de distributeurs.
Les MDD assurent la concurrence
LNPF offrira une gamme complète de produits frais représentant un volume total de 620.000 tonnes avec des marques comme Nestlé, La Laitière, Yoco, B’A, Bridélice et Sveltesse en France et en Belgique, Ekabé au Luxembourg, Ski et Munch Bunch au Royaume-Uni, Longa Vida et Yoggi au Portugal, La Lechera en Espagne, Fruttolo et Mio en Italie et Hirz en Suisse.
Selon Bruxelles, l’enquête menée durant les quatre dernières semaines a conclu que « la transaction proposée n’entraînerait pas une réduction significative de la concurrence dans la mesure où les produits de Lactalis, commercialisés sous la marque Bridélice, sont destinés à un marché différent (les produits diététiques) que les produits de Nestlé ».
En outre, relève la Commission, « les marques de distributeurs – en partie fournies par Lactalis – sont toujours capables d’exercer une concurrence sur la nouvelle entité dans la mesure où les distributeurs peuvent facilement s’approvisionner chez d’autres fournisseurs que Lactalis ».