Abonné

Lactalis se défend de toute baisse inopinée du prix du lait payé aux producteurs

- - 6 min

Imbroglio autour du prix payé aux producteurs de lait par Lactalis. À la suite des révélations du Monde, de nombreuses voix se sont élevées protestant contre toute baisse unilatérale du prix du lait. Le groupe mayennais rétropédale et rappelle que le prix sera « fixé en accord avec les organisations de producteurs dans le cadre de contrat-cadre ».

« Sur les cinq premiers mois de l’année, le prix du lait payé au producteur est supérieur à celui payé en 2019. Mais au second semestre, le prix moyen sera en baisse et nous sommes sur un repli en moyenne sur l’ensemble de l’année », a déclaré Emmanuel Besnier, président du conseil de surveillance de l’entreprise familiale mayennaise Lactalis. Même si elle a un goût de déjà vu, cette petite phrase glissée au quotidien le Monde (1) a mis le feu aux poudres, lors de sa parution le 11 juin, dans une filière qui peine toujours à appliquer pleinement la loi Egalim

Guillaume Canet, qui campe dans le film d’Edouard Bergeon Au nom de la Terre le destin tragique d’un agriculteur acculé par les dettes, a immédiatement réagi sur Instagram. « Révoltant », « Réellement honteux !!! », s’est-il insurgé. La marque du consommateur C’est qui le patron ! ?, qui a vendu 170 millions de « lait solidaire » en 2019, a également saisi la balle au bond appelant « les grands acteurs » à revoir leur « décision qui va condamner inéluctablement des milliers de familles de producteurs partout en France », en « rémunérant leur travail au juste prix de leurs efforts ».

Réaction en chaîne

Dans la même veine, la Confédération paysanne a haussé le ton dans un communiqué du 16 juin. « Sans aucune transparence dans la filière, les entreprises laitières répercutent leurs éventuelles pertes de ventes sur leurs producteurs et productrices. En effet, après d’autres entreprises du secteur au début du confinement, Lactalis a décidé une diminution des prix aux producteurs».

Le syndicat note que cette annonce « intervient quelques jours après celle de résultats records pour l’industriel en 2019, frôlant les 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires. C’est inacceptable ! ». Pour la Conf', « cette injustice prouve, une fois de plus, que les paysans et paysannes sont la variable d’ajustement d’un système qui les précarise et les détruit ».

La FNPL (producteurs laitiers, FNSEA) « étonnée par cette prise de parole » a immédiatement pris contact avec le groupe pour demander des explications au numéro mondial du lait. « Nous avons l’impression de revenir en arrière quand la variable d’ajustement à une crise, c’est le producteur », dénonce Thierry Roquefeuil, président du syndicat interrogé par Agra Presse.

« C’est une affirmation gratuite qui met les producteurs dans une situation compliquée alors que beaucoup de travail est réalisé au sein de la filière », explique-t-il. Face à lui, Daniel Jaouen, directeur général de Lactalis, plaide le 17 juin l’erreur de communication et assure que le groupe ne remet pas en cause les formules de prix travaillées avec les organisations de producteurs.

Lactalis se défend

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

« Le groupe Lactalis comprend les inquiétudes générées par certaines informations concernant le prix du lait diffusées ces derniers jours. En aucun cas, le groupe n’a décidé de baisser les prix payés aux producteurs », assure le géant laitier Lactalis interrogé par Agra Presse le 15 juin. Le groupe mayennais explique que ce prix est « fixé en accord avec les organisations de producteurs dans le cadre de contrat-cadre ». Ce calcul tient compte du mix produits de l’entreprise. Pour Lactalis, il est de 50 % pour les produits de grande consommation France (PGC), de 20 % pour les PGC export et de 30 % pour les produits industriels.

« La crise internationale de la Covid-19 pourrait avoir un impact au second semestre, certains marchés (export et ingrédients) ne progresseront pas autant sur la fin d’année 2020 […] De ce fait, le prix du lait pourrait ne pas connaître la même évolution positive que les précédentes années », se défend Lactalis. Une position que corrobore Claude Bonnet, président de l’Unell (association de neuf OP regroupant 4 100 exploitations livrant à Lactalis). Bien que regrettant cette baisse, il assure qu’elle s’opère « dans le respect des accords passés » en tenant compte pour le prix du mois de juin de la valorisation beurre-poudre du mois d’avril alors à un niveau très bas.

L'interprofession calme le jeu

Lactalis assure également mettre « tout en œuvre pour accompagner les producteurs de lait, comme il s’est engagé à le faire au moment des accords Egalim » notamment en « donnant aux producteurs 100 % des augmentations tarifaires obtenues […] et en intégrant les coûts de production dans ses formules » de calcul du prix payé aux producteurs.

L’interprofession laitière, dans une note du 16 juin, calme le jeu et réaffirme le maintien de son plan de filière. « Nous réaffirmons la feuille de route de la filière : depuis la sortie des États Généraux de l’Alimentation, nous travaillons ensemble avec la démarche France Terre de Lait pour redonner leur juste valeur au lait et au produits laitiers, répartir cette valeur à tous les maillons de la chaîne de production, et répondre aux attentes des consommateurs. Nous réaffirmons aujourd’hui ensemble ce cap », s’engagent les quatre collèges (producteurs, coopératives, industriels et commerce distribution) de l’interprofession.

« Réellement honteux !!! » 

« En aucun cas, le groupe n’a décidé de baisser les prix payés aux producteurs »

(1) « Lactalis va baisser le prix du lait payé aux éleveurs », Le Monde, édiion du 11 juin