Dans un rapport paru en avril, le CGAAER pointe les « écarts de culture » entre amont et aval, comme un frein à l’action de l’interprofession porcine (Inaporc). Mais aussi la confrontation de « personnalités affirmées ». Au centre des débats, la segmentation du marché de la viande porcine.
Plus d’un an après que la Fict (industrie de la charcuterie) a claqué la porte de l’interprofession porcine (Inaporc), le ministère de l’Agriculture met en exergue dans un rapport paru en avril « les écarts de culture » entre amont et aval comme l’un des freins à l’action interprofessionnelle. « La modestie des réussites d’Inaporc trouve en partie, son origine dans les écarts de culture entre les représentants de l’amont et ceux de l’aval », constatent les auteurs (CGAAER).
Ils décrivent d’un côté des éleveurs « habitués à concevoir des actions collectives d’inspiration syndicale » et de l’autre des responsables d’entreprises de l’aval « concentrés sur la réalisation des objectifs de leur propre entreprise ». Un fossé qui « n’a pas pu se réduire en raison de la confrontation des personnalités affirmées des protagonistes ». Les interventions du président de la Fict Robert Volut ont régulièrement cristallisé les critiques chez les producteurs.
Sur le fonds, c’est la segmentation du marché de la viande porcine qui oppose les deux camps. Un sujet trop délaissé à l’Inaporc selon l’industrie. « La production est encore trop monolithique », estime Robert Volut. Pour le ministère, les producteurs « se sont arc-boutés sur le principe de l’offre poussée plutôt que de tenter d’accepter le principe de l’offre tirée », même si « à leur décharge, la mauvaise conjoncture leur donnait très peu de marge pour financer les réorientations de leurs systèmes de production ».
Le ministère omet tout de même de rappeler que la Fédération nationale porcine s’est positionnée plusieurs fois depuis 2015 en faveur d’une « segmentation du marché porcin ». Son président Paul Auffray dénoncera au passage dans Agra Presse « le conservatisme du microcosme porcin » qu’évoque le rapport du CGAAER.
Une médiation en cours
Le bilan du CGAAER n’est pas tout noir. Cette interprofession née en 2003 à l’initiative des producteurs « a su innover en structurant le financement de l’équarrissage et en facilitant l’accès des éleveurs à deux fonds de mutualisation, l’un intégré au FMSA pour la compensation des pertes liées à des accidents sanitaires, et l’autre pour la modernisation des bâtiments d’élevage », rappelle le rapport. Mais le ministère estime que l’Inaporc « n’a pas su engager une véritable stratégie pour adapter la prodution à la demande ».
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Une médiation est en cours pour réintégrer les industriels de la charcuterie à Inaporc, qui représentaient 30 % du budget de la structure. Lors d’un séminaire en décembre, l’Inaporc s’était mise d’accord sur un changement de stratégie interprofessionnelle à proposer à la Fict, une réorientation vers les demandes des consommateurs. « C’est un premier pas », réagit le président de la Fict Robert Volut. Des rencontres sont prévues entre les deux parties.
Concernant une évolution de la gouvernance, qui privilégie « un peu » les producteurs estime le rapport, « c’est ouvert », lance le président actuel de l’interprofession, Guillaume Roué. L’absence de présidence tournante entre amont et aval est par exemple « mal vécue ou simplement regrettée », rapporte le CGAAER. Le maintien de Robert Volut à la présidence de la Fict est aussi sur la table : « C’est une des questions débattues dans les instances de la Fict », reconnaît l’intéressé, qui rappelle que des élections sont prévues dans sa structure « dans quelques mois ».
Interprofession porcine : les dates clés
2003 - Création en 2003 à l’initiative des producteurs pour endiguer les conséquences de l’ESB sur la consommation des viandes
2006 - Structuration de l’équarrissage par la création de l’ATM porc en 2006
2013 - Participation à la création du FMSE en 2013
2015 - Manifestations d’éleveurs pour le soutien du prix et l’étiquetage de l’origine
2016 - Départ de la Fict (industrie de la charcuterie)
Porc : dans une conjoncture favorable, la FNP dénonce le « lâchage » de l’origine France
Alors que la conjoncture porcine s’est améliorée pour les producteurs depuis plusieurs mois, la Fédération nationale porcine dénonce, dans un communiqué le 16 mai, le « "lâchage" du porc français organisé par un certain nombre d’industriels avec la complicité des distributeurs ». Les producteurs s’interrogent « sur les motivations des opérateurs qui dénoncent des contrats pour aller s’approvisionner à l’étranger : volonté de saborder l’expérimentation en cours de l’étiquetage de l’origine ou tentation du prix toujours le plus bas ? Qu’importe ! Ces comportements ne sont pas admissibles. » Fin mars, la FICT (industriels de la charcuterie) rapportait de grandes difficultés à répercuter les hausses à la grande distribution. La FNP renvoie les acteurs de l’aval dos à dos : « Qu’ils soient industriels ou distributeurs, les opérateurs ne peuvent pas demander toujours plus aux éleveurs de porcs français pour répondre aux attentes sociétales, et au final se détourner des achats pour s’approvisionner hors de nos frontières à moindre prix ». La FNP dénonce également « les lacunes de la LME », qui « laisse la part belle aux distributeurs sur la période de négociations, sans aucune réelle obligation de résultat des renégociations par la suite ».