Entre autres défis, l’agriculture et beaucoup d’autres secteurs vont devoir s’adapter aux changements climatiques attendus, et lutter contre ces bouleversements. Dans cette perspective, la Commission de Bruxelles doit adopter le 1 avril, sur la base d’une consultation lancée fin 2006, un livre blanc préconisant un « cadre d’action européen », auquel sera annexé un document de travail spécifique sur la problématique agricole et rurale . Selon les textes préparés par ses services, toutes les politiques communautaires vont devoir prendre en compte ce défi, notamment la Pac actuelle et celle de l’après 2013.
En agriculture, les changements climatiques prévisibles affecteront les rendements des récoltes, la gestion du cheptel et la localisation de la production, rappelle le projet de livre blanc de la Commission européenne. La probabilité croissante et la sévérité des événements météorologiques extrêmes feront peser un risque « considérablement accru » d’échecs des cultures. Le sol sera également affecté, avec une diminution de la matière organique qui contribue grandement à la fertilité. Enfin, la santé et la productivité des forêts devraient être touchées, et des modifications de la situation géographique de certaines variétés d’arbres risquent d’être enregistrées.
Les changements climatiques entraîneront par ailleurs des « changements significatifs » de la qualité et de la disponibilité des ressources en eau, note également le document, ce qui affectera plusieurs secteurs dont la production agricole (pluie, irrigation). De nombreuses zones de l’Europe connaissent déjà un problème d’alimentation en eau et des études montrent que la situation va encore se détériorer du fait du changement climatique, les superficies concernées par de telles difficultés devant représenter 35% du territoire dans les années 2070, contre 19% aujourd’hui.
Un « cadre d’action » au niveau de l’UE
L’UE est « bien placée » pour promouvoir la coordination et les échanges de bonnes pratiques entre les Etats membres en matière d’adaptation au climat et dispose des « mécanismes financiers nécessaires » pour faciliter l’adoption de mesures d’adaptation appropriées (agriculture, politique de cohésion, développement rural, etc.), assure la Commission.
Celle préconise donc un « cadre d’action » communautaire pour améliorer la « résistance » de l’UE aux impacts du changement climatique. Une première phase, de 2009 à 2012, permettra de préparer une « stratégie d’adaptation globale » qui serait mise en œuvre au cours de la seconde phase à partir de 2012.
La première étape serait centrée sur quatre actions centrales : construire une base de connaissances solides sur les impacts et conséquences du changement climatique pour l’UE ; intégrer les mesures d’adaptation dans les principales politiques communautaires ; combiner divers instruments (outils basés sur le marché, lignes directrices, partenariats public-privé) pour assurer la mise en oeuvre effective de ces mesures ; renforcer la coopération internationale.
Mettre à contribution les politiques communautaires
Chaque politique communautaire devrait être réorientée ou modifiée pour faciliter l’application des mesures d’adaptation aux changements climatiques, poursuit le projet de livre blanc. La priorité devrait être donnée aux dispositions qui s’avéreront « payantes » – dites « sans regrets » – quelles que soient les incertitudes des prédictions.
Dans le cas de la Pac, souligne la Commission, « le récent bilan de santé représente une étape de plus vers une agriculture plus durable et met spécifiquement l’accent sur le changement climatique ainsi que la protection de l’eau et de la biodiversité. Les stratégies nationales et les programmes de développement rural 2007-2013 devraient être adaptés conformément à cet accord qui autorise un financement supplémentaire pour l’adaptation au changement climatique ».
Une politique de l’eau exigeante
Dans le futur, il s’agira, selon le document, « d’assurer que la Pac soutient totalement la production durable, permettant ainsi au secteur agricole de faire face aux défis de l’évolution des conditions climatiques. Cela nécessite de définir quelles sont les exigences en matière de quantité et de qualité d’eau qui devront à l’avenir être intégrées dans les instruments pertinents de cette politique. La Pac future devrait fortement décourager les pratiques non durables telles que les cultures grosses utilisatrices d’eau dans les régions ou celle-ci est rare ou les systèmes de récolte qui affaiblissent la résistance de l’écosystème au changement climatique dans les zones vulnérables ».
Pour les pénuries d’eau, la Commission précise qu’elle « évaluera la nécessité d’une réglementation renforcée afin d’améliorer l’efficacité de l’agriculture, des ménages et des bâtiments ». « Lors du bilan, en 2012, de la mise en œuvre de la directive cadre sur l’eau et de la stratégie contre les pénuries d’eau et les sécheresses, des options pour accroître la capacité des écosystèmes à stocker l’eau seront étudiées, afin d’améliorer la résistance à la sécheresse et réduire les risques d’inondation ».
« Cibler » les mesures de soutien
Il faudra aussi « veiller à ce que les mesures de soutien soient ciblées de façon adéquate sur les exploitations qui sont particulièrement vulnérables aux changements climatiques », ajoute le projet de livre blanc.
Parallèlement, « dans le cadre du développement rural, la possibilité d’appliquer des dispositions sur une échelle géographique allant au-delà de l’exploitation sera examinée. Cela ancrerait les efforts d’adaptation dans les trois grands domaines d’action de cette politique : compétitivité, environnement, amélioration de la qualité de vie dans les zones rurales ».
Enfin « le Système de conseil aux agriculteurs pourrait être utilisé pour encourager l’adoption de nouvelles technologies qui facilitent l’adaptation au changement climatique, par le biais de la formation et de la diffusion des connaissances ».
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Des solutions concrètes
« Au cours des prochaines décennies, l’adaptation devra aller au-delà d’ajustements des pratiques actuelles », insiste la Commission dans le document de travail annexé à son livre blanc et consacré au « défi du changement climatique pour l’agriculture et les zones rurales européennes ».
Selon elle, les « solutions d’adaptation possibles à court et moyen terme » sont notamment les suivantes :
– « ajustement du calendrier des travaux d’exploitation, tels que les dates de plantation ou d’ensemencement et les traitements ;
– solutions techniques, comme la protection des vergers contre les dommages du gel ou l’amélioration des systèmes de ventilation et de refroidissement des bâtiments d’élevage ;
– choix de cultures et de variétés mieux adaptées à la durée des saisons de pousse et aux disponibilités en eau prévisibles, mais aussi plus résistantes aux nouvelles conditions de température et d’humidité ;
– adaptation des cultures à l’aide de la diversité génétique existante et des nouvelles possibilités offertes par la biotechnologie ;
– amélioration de l’efficacité du contrôle des insectes nuisibles et des maladies grâce, par exemple, à une meilleure surveillance, des rotations de cultures diversifiées ou bien des méthodes de gestion intégrée des nuisibles ;
– utilisation plus efficace de l’eau, en réduisant les pertes, améliorant les pratiques d’irrigation et recyclant ou stockant l’eau ;
– amélioration de la gestion du sol en renforçant la rétention de l’eau pour conserver l’humidité du sol, ainsi que de la gestion du paysage, par exemple en maintenant des caractéristiques naturelles qui offrent des abris aux animaux d’élevage ;
– introduction de races d’élevage plus tolérantes à la chaleur et adaptation des régimes alimentaires des animaux lors de fortes chaleurs ».
Un soutien financier dans certains cas
Au niveau du secteur agricole dans son ensemble, la Commission rappelle, dans son document de travail, que le bilan de santé de la Pac lui a donné l’occasion d’évaluer le potentiel des régimes d’assurance et des fonds mutualistes en tant qu’instruments de gestion des crises et des risques. Elle estime que, « compte tenu de l’hétérogénéité des risques climatiques et la diversité de la production dans l’UE, des mesures adaptées aux situations spécifiques conviennent mieux pour aider les agriculteurs à faire face aux pertes découlant des événements climatiques ».
Enfin, sur le plan financier, « un soutien financier doit être envisagé car certaines des mesures d’ajustement aux nouvelles conditions climatiques sont vraisemblablement coûteuses et nécessitent des investissements inabordables pour les exploitants ». « De plus, certaines mesures d’adaptation peuvent aider au maintien à long terme du revenu agricole, mais représentent un risque à court terme. Par exemple, l’utilisation de nouvelles variétés ou de nouvelles cultures peuvent demander des technologies ou une commercialisation particulières dont la mise en œuvre prendra du temps ».