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UE/Sécurité alimentaire L’AESA pressée de réévaluer les effets possibles de l’aspartame plus tôt que prévu

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Face aux différentes polémiques entourant l’aspartame, la Commission européenne a finalement décidé de presser l’Autorité  européenne de sécurité des aliments (AESA) de réévaluer dès septembre prochain la dose journalière admissible (DJA) de cet édulcorant très puissant consommé par plus de 200 millions de consommateurs.

La Commission européenne, qui avait prévu de réévaluer les DJA de l’aspartame en 2020 dans un premier temps, a reporté son projet une première fois à 2012, pour finalement anticiper son réexamen dès le mois de septembre 2011, suite à la publication de nouvelles études scientifiques soupçonnant cet additif alimentaire d’avoir des effets nocifs potentiels sur la santé. A cet effet, l’AESA a lancé un appel public destiné à recueillir des données sur l’édulcorant artificiel aspartame (E 951). Ces données feront l’objet d’un examen dans le cadre d’une réévaluation complète de l’édulcorant qui doit être achevée en 2012, selon la requête de la Commission européenne. Parmi les données reçues à ce jour par l’AESA figurent 112 études originales soumises au début des années 1980 dans le cadre du processus d’autorisation de l’aspartame en Europe. L’appel public de données, qui s’étendra jusqu’au 30 septembre 2011, a été lancé afin, dixit l’AESA, « de s’assurer que la première évaluation complète entreprise par l’AESA sur la sécurité de l’aspartame soit la plus approfondie possible et tienne compte des données les plus récentes disponibles aujourd’hui ». Pour finaliser son évaluation, l’AESA a donc sollicité « toutes les données scientifiques et techniques disponibles – publiées ou non et nouvellement produites – relatives à l’utilisation de l’aspartame dans les aliments et les boissons et en tant qu’édulcorant de table». Les partenaires de l’AESA sont invités également « à conseiller et apporter leur assistance aux scientifiques, chercheurs et autres parties intéressées afin de les aider à identifier les données susceptibles d’étayer l’évaluation à venir de l’AESA et sa solidité ». A la suite de l’appel public de données, l’AESA préparera un document pour résumer les données pertinentes disponibles. Ces données seront ensuite prises en considération dans l’évaluation des risques de l’aspartame.

Les experts de l’AESA sous pression 
Il faut dire que l’AESA, ainsi que la Commission européenne, ont été passablement échaudées par la publication en janvier 2011, de deux études rendues scientifiques soupçonnant l’aspartame d’être potentiellement dangereux pour la santé humaine et en particulier de présenter des risques de cancer et de naissances prématurées dans le cas d’une consommation d’édulcorants et d’aspartame selon les doses journalières admissibles actuellement indiquées (1). Dans un premier temps, l’AESA avait tranquillement indiqué en mars 2011 que « l’aspartame et les édulcorants n’étaient pas nuisibles pour la santé, qu’elle maintenait sa position à leurs sujets et a affirmé que les deux études « ne justifient pas une révision des évaluations précédentes réalisées sur l’aspartame ou sur d’autres édulcorants actuellement autorisés dans l’Union européenne ». Pression supplémentaire : l’Observatoire de l’Europe industrielle (CEO), une ONG basée à Bruxelles, a publié une étude en juin 2011 évoquant « d’éventuels conflits d’intérêts concernant une douzaine sur 20 d’experts membres du comité additifs de l’autorité européenne de sécurité des aliments ». Quatre membres du « Groupe scientifique sur les additifs alimentaires et les sources de nutriments ajoutés aux aliments » de l’AESA auraient, selon cette ONG, « omis de déclarer des collaborations actives avec l’industrie alimentaire financées par l’International Life Sciences Institute (ILSI Europe) », une organisation regroupant la plupart des groupes agrochimiques. Toujours selon l’Observatoire de l’Europe Industrielle, ces quatre membres auraient aujourd’hui admis avoir eu des liens avec l’industrie et auraient « mis à jour » leurs déclarations d’intérêts suite au rapport révélant les conflits d’intérêts potentiels non déclarés.

(1) En 2010, deux études sur les risques possibles pour la santé associés à la consommation d’édulcorants artificiels ont été publiées, à savoir une étude conduite par l’ERF (Soffriti et al., 2010) sur le potentiel carcinogène chez les souris exposées à l’aspartame par le biais de leur alimentation, et une étude épidémiologique examinant l’association entre la consommation de boissons non alcoolisées contenant des édulcorants artificiels et le risque accru d’accouchement prématuré (Halldorsson et al., 2010).

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