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UE/Allégations santé L’AESA rejette les premières demandes de l’industrie laitière

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Des huit premières demandes d’allégations nutritionnelles et de santé qu’il a évaluées, le Groupe d’étude sur les produits diététiques, la nutrition et les allergies (NDA) de l’AESA (Autorité européenne de sécurité des aliments) n’en a retenu qu’une seule et rejeté les sept autres pour « défaut de preuve de causalité entre la consommation de certains nutriments ou aliments et les avantages pour la santé ». L’examen des scientifiques a porté notamment sur les prétendus bienfaits de produits laitiers sur la santé et la dentition des enfants. Si l’industrie laitière européenne regrette ces avis négatifs, les associations de consommateurs s’en félicitent et encouragent l’AESA à persévérer dans cette voie.

Une relation de cause à effet entre la consommation de lait ou de fromage et la bonne santé dentaire des enfants ou un poids corporel sain des enfants et des adolescents n’est pas établie », indiquent les scientifiques de l’AESA dans leur avis sur la demande du National Dairy Council irlandais qui les a invités à émettre un avis sur la justification scientifique des allégations santé se référant à la consommation de produits laitiers et au développement et à santé dentaire des enfants. L’allégation stipulait que trois portions de produits laitiers par jour (200 ml de lait, 28 g de fromage ou 125 ml de yogourt) sont nécessaires pour promouvoir un poids corporel sain chez les enfants et les adolescents. Le groupe scientifique n’a pas été convaincu par les arguments de la société irlandaise qui a présenté cette demande d’allégation et a estimé que ces aliments « ne sont pas suffisamment caractérisée », dans la mesure où, notamment, les données sur la composition nutritionnelle des produits ainsi que la variabilité entre les produits n’ont pas été fournies. Les experts de l’AESA considèrent aussi que les études transversales fournies pas le demandeur ne fournissent pas suffisamment de preuves d’une relation de cause à effet. Ils déplorent également que les études concernant l’influence du lait et des produits laitiers sur les enfants « ne comprennent que deux petits échantillons (53 et 92 personnes) et couvrent un éventail d’âge limité (2 à 13 ans) ». Sur la base des données présentées, les scientifiques ont donc conclu qu’une relation de cause à effet n’est pas établie entre la consommation quotidienne de produits laitiers (lait, fromage et yogourt) et un poids corporel sain chez les enfants et les adolescents.

L’AESA s’est également prononcée sur certains produits spécifiques destinés à renforcer le système immunitaire et la santé dentaire des enfants, améliorer la densité osseuse des femmes dans la ménopause ou rendre plus élancée la silhouette. Seule la demande d’allégation présentée par Unilever pour son stérol végétal (censé diminuer le taux de cholestérol et limiter le risque de maladie coronarienne) a été approuvé mais assorti de définitions très strictes dans le libellé de l’allégation.

Déception de l’industrie

« Les avis scientifiques publiées par l’AESA sont certainement décevants en ce qui concerne les demandes d’allégations santé à propos des produits laitiers ». Visiblement déçu, le secrétaire général de EDA (European Dairy Association), Joop Kleibeuker, estime que pour une première évaluation publiée par l’AESA des demandes d’allégations, les critères des scientifiques ont été plutôt « extra stricts ». Il considère cependant que c’est la « future interaction entre l’AESA, la Commission européenne et le Conseil des ministres qui déterminera les critères d’évaluation définitifs qui seront effectivement appliqués ».

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Joop Kleibeuker nous a indiqué que ses services allaient étudier de très près les commentaires des experts de l’AESA dans les semaines qui viennent.

Satisfaction des consommateurs

Le Beuc (Bureau européen des unions de consommateurs), se félicite quant à lui de l’approche stricte prise par le Groupe scientifique sur les produits diététiques, nutrition et allergies. « Nous reconnaissons que le Groupe NDA a appliqué avec précaution les lignes directrices scientifiques et techniques de l’AESA pour l’autorisation des allégations de santé adoptées en juillet 2007. Nous nous réjouissons tout particulièrement que les évaluations aient pris en compte la pertinence pour la santé publique de l’effet allégué du produit/ingrédient et l’existence d’une relation de cause à effet pour les humains », indique le Beuc dans un communiqué. Il ajoute qu’afin de maintenir la confiance des consommateurs dans la valeur ajoutée d’un produit portant une allégation, « il est essentiel que les lignes directrices de l’AESA pour l’autorisation des allégations de santé soient scrupuleusement appliquées ». Le lobby des consommateurs insiste auprès de l’AESA pour qu’elle continue d’appliquer des critères d’autorisation stricts lors de l’évaluation des 220 autres allégations qui lui ont été soumises. Le Beuc demande aussi à la Commission européenne et aux Etats membres « de prendre sérieusement en compte les opinions de l’AESA lorsqu’ils considéreront de possibles autorisations d’allégations de santé ».