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Sécurité alimentaire/polémique L’AESA veut faire preuve de transparence pour prouver de son indépendance

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Passablement exaspérée par les accusations de ses supposés liens étroits avec l’industrie, l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (AESA) multiplie les initiatives visant à tenter de démontrer le contraire. La dernière en date est ce projet pilote qui donnerait la possibilité à des observateurs extérieurs d’assister à certaines réunions de son comité scientifique et de quelques-uns de ses groupes scientifiques. Le but affiché de cette glasnost de la part de l’AESA serait « de favoriser une meilleure compréhension du fonctionnement de l’évaluation scientifique des risques à l’Autorité et d’offrir aussi une nouvelle opportunité d’interagir avec les experts scientifiques de l’AESA ». Une initiative saluée par les parties prenantes et en particulier le CEO (Corporate Europe Observatory).

L’Autorité européenne de sécurité alimentaire a pris en considération les retours d’information qu’elle a recueillis lors d’une enquête auprès de ses publics cibles et ceux-ci indiquent notamment que les parties prenantes aspirent à mieux comprendre les processus d’évaluation des risques ». En appui de la récente publication de la politique d’indépendance qu’ils comptent mener dans les prochains mois, les dirigeants de l’AESA expliquent que si l’on veut que les avis scientifiques et les mesures prises en matière de risques associés à la sécurité de l’alimentation soient considérés comme dignes de confiance, il est capital que la façon dont les décisions sont prises puisse être examinée et comprise. Raison pour laquelle l’AESA s’est engagée à rendre ses réunions scientifiques accessibles aux observateurs extérieurs, en accord avec les recommandations de la plateforme consultative des parties intéressées. En donnant la possibilité aux parties intéressées d’observer les groupes scientifiques à l’œuvre pendant leurs réunions, la manière dont les avis scientifiques sont élaborés et la façon dont les différents points de vue sont débattus par les experts, les responsables de l’AESA espèrent ainsi renforcer la confiance à l’égard du processus d’évaluation des risques ainsi qu’à l’égard de ses propres travaux et réalisations scientifiques.

Un site ouvert au public
Voulant démontrer que la politique d’indépendance et de transparence de l’AESA ne part pas de rien, les leaders de l’Autorité rappellent qu’une « quantité considérable d’information est déjà disponible publiquement sur le site internet de l’AESA concernant l’évaluation scientifique des risques, le rôle des groupes scientifiques, la participation en tant que membre, les compétences, le fonctionnement des déclarations d’intérêts ou encore les réunions ». Mieux, soutiennent-ils, « le registre des demandes permet aussi aux parties intéressées de suivre le processus d’évaluation des risques du début à la fin ».

« Un pas dans la bonne direction mais qui n’interdirait pas tous les conflits d’intérêts »
« Les nouvelles règles de l’AESA sur l’indépendance et la transparence de ses avis scientifiques sont un pas dans la bonne direction mais tous les conflits d’intérêts ne pourront pas être évités ». Commentant pour Agra Alimentation les nouvelles règles d’indépendance de l’AESA, Nina Holland, porte-parole de Corporate Europe Observatory (CEO) affirme « qu’à première vue, les nouvelles règles de l’AESA semblent être une amélioration par rapport à la situation antérieure qui n’était pas très claire ». Cependant, souligne-t-elle, « le nouveau système n’est pas en mesure d’éliminer tous les conflits d’intérêt qui sont pour nous une grande source de préoccupation ». Toutefois, aux yeux de l’activiste du CEO, les nouvelles règles d’indépendance de l’AESA constituent « certainement une étape importante dans la bonne direction pour éviter les conflits d’intérêts au sein des panels et des groupes de travail de l’AESA ». Si elle salue notamment cette mesure plus stricte prise par l’AESA à l’endroit des intérêts liés à l’industrie et qui prévoit par exemple que « les présidents des panels et des groupes ainsi que les vice-présidents ne peuvent pas avoir été employés par l’industrie dans les deux dernières années », elle regrette toutefois que cette mesure ne soit pas étendue « aux autres membres du panel qui auraient des liens avec une industrie en particulier ». Si par ailleurs Nina Holland salue le fait que l’AESA ait également limité à 25 % du budget annuel le montant du financement de la recherche par l’industrie, elle estime que ce seuil reste cependant encore « trop élevé » et que l’AESA devrait pousser davantage la réflexion à ce sujet. « Maintenant, l’AESA devra montrer ce que ses nouvelles règles seront dans la pratique. Ce mois-ci, la composition de huit groupes d’experts sera renouvelée, un processus sera surveillé de près par de nombreux observateurs critiques », a-t-elle prévenu. Cette ONG basée à Bruxelles a été le fer de lance de nombreuses critiques à l’égard de l’AESA en affirmant notamment que le secteur de l’industrie exercerait une influence indue sur les travaux de l’Autorité en raison des liens supposés qu’elle entretiendrait avec des membres de son comité scientifique, de ses groupes scientifiques et de son conseil d’administration.
L’AESA prévoit que les fonds de recherche reçus de la part du secteur privé pendant l’année qui précède la soumission de la « déclaration d’intérêt » des experts constitueraient un critère éliminatoire de la participation d’un expert à un panel ou un groupe de travail « s’ils représentent plus de 25 % du budget de recherche annuel géré par l’expert dans le domaine lié à son travail pour l’AESA ».

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