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Colloque L’AEV confronte écologistes et agriculteurs sur l’avenir agricole de l’Ile-de-France

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Durant toute une journée de « Face-à-face », le 20 novembre, l’Agence des espaces verts de l’Ile-de-France (AEV) a organisé la confrontation entre mouvements écologistes et agriculteurs de la région. Si les discussions furent parfois rudes, un consensus est apparu sur la nécessité de maintenir une agriculture vivante et dynamique dans la région capitale. Mais laquelle ?

Oui, il faut maintenir une agriculture vivante sur le territoire de l’Ile-de-France. Au-delà des divergences entre écologistes et agriculteurs, le consensus était bien réel sur ce point. Ce qui signifie qu’une protection du foncier agricole est indispensable dans la région alors que sont perdus entre 1 500 et 2 500 hectares par an sur ce territoire. Comment le préserver ? La plupart des participants s’accordaient sur le fait que les zonages durent ce que les mandats politiques durent : ils peuvent être remis en cause et rares sont les protections pérennes à plus de quelques années de durée. Autre possibilité plus durable, le portage par des organismes publics à l’instar de ce que fait l’AEV (ou le Conservatoire du littoral compétent sur les fronts de mer et de lacs) dont le président, Olivier Thomas, rappelait qu’il s’agissait d’une création par le législateur. Olivier Thomas voulait aussi rassurer les agriculteurs et écologistes, affirmant qu’il ne s’agit pas de constituer une réserve foncière pour des usages urbains ultérieurs mais bien de développer une politique à long terme de protection des espaces verts.

70% des terres en fermage

Autre solution enfin, le portage par le privé, à l’image de la Foncière Terre de Liens qui achète des terres pour installer de l’agriculture bio. Mais son action se heurte évidemment à la cherté des terres, leurs valeurs étant directement liées à la possibilité de les céder à des projets urbains. A cet égard, plusieurs intervenants étaient d’accord pour constater que la taxe sur les changements d’affectation des terres, instituée par la dernière loi agricole, n’avait aucun effet sur ces mutations. Le problème foncier est d’autant compliqué en Ile-de-France où 70% des terres exploitées le sont en fermage.

Accès difficile

L’ensemble des participants à la journée constataient en tout cas que l’urgence était à la recherche de formules permettant de « sanctuariser » des terres agricoles ou tout au moins de compenser l’artificialisation de certains hectares par une plus grande valeur ajoutée sur d’autres hectares. Sans oublier de préserver l’accessibilité à ces surfaces, laquelle est de plus en plus gênée par des difficultés de circulation (encombrements, routes mal adaptées, interdictions de circulation, etc.)
Reste à savoir, et c’est là que se situe le principal débat entre agriculteurs et écologistes, de quelle agriculture on parle.

Grandes cultures avant tout

L’agriculture d’Ile-de-France doit-elle être surtout composée de grandes cultures céréalières, économiquement rentables, comme le laissent penser sa nature agronomique et l’évolution récente ? Ou doit-elle être constituée de cultures maraîchères, de vergers, de production bio comme le souhaitent les écologistes, favorables aux circuits courts et à une certaine autosuffisance de la région en matière alimentaire ?
La réalité est en tout cas celle d’une disparition de l’élevage (il ne reste que quelques exploitations laitières, sans doute destinées à être de moins en moins nombreuses étant donné la raréfaction des laiteries et des réseaux de collecte) conjuguée à celle des abattoirs et des entreprises laitières. Disparition également de vergers et même d’exploitations maraîchères dont il ne resterait qu’une centaine en Ile-de-France, en dépit de la vogue des circuits courts et autres Amap (Associations pour le maintien de l’agriculture paysanne).

Mise en avant des produits régionaux

Conséquence, l’Ile-de-France est de plus en plus céréalière. Et s’il y a une catégorie de produits pour laquelle la région est quasi-autosuffisante, c’est bien le pain et les produits boulangers, produits à majorité avec des farines locales. Peut-on pour autant revenir à plus d’agricultures maraîchères, de vergers et de bio ? Les maraîchers gagnant mieux leur vie aujourd’hui compte tenu de la demande, les exploitations semblent trouver plus facilement des successeurs. De leur côté, les grandes surfaces, comme Casino, présent lors de cette journée, redécouvrent les vertus de la mise en avant de produits d’Ile-de-France. Ils y sont incités par la demande et par le Cervia, centre de valorisations des produits agricoles et agroalimentaires de la région, dont la présidente participait également au débat.
Quant au bio, Christophe Hillairet, président de la Chambre d’agriculture d’Ile-de-France Ouest soulignait les difficultés pour le développer à grande échelle : qui dit bio dit engrais organique. Or, il n’y a plus d’élevage dans la région. Importer des lisiers ou fientes de Bretagne ne semble pas trop judicieux sur le plan environnemental. Alors faut-il réimplanter de l’élevage à proximité des villes de la région ? Les citadins riverains l’accepteront-ils ?

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