L'Association française des biotechnologies végétales (AFBV) estime que la réussite de l'agroécologie est liée à « plus de génétique et d'innovations variétales ». Elle s'inquiète d'une « montée de la contestation » visant la filière des semences et l'amélioration des plantes.
«L'avenir de l'agroécologie passe aussi par plus de génétique et le développement des biotechnologies, alors que la loi d'avenir ignore cette clé de la réussite », a déclaré le président Marc Fellous devant la presse le 2 octobre, en marge d'un colloque organisé par l'Association française des biotechnologies végétales (AFBV) et le think tank Saf agr'iDées. « Comme si l'amélioration variétale était devenue tabou. » Il s'est inquiété d'une « montée de la contestation de la filière semences qui va bien au-delà de la transgénèse ou même de la mutagénèse ».
Selon André Gallais, de l'AFBV, « la génétique est nécessaire pour relever le défi énorme de produire plus (pour 9 milliards d'humains en 2050), mieux (vis-à-vis de l'environnement), en économisant les ressources naturelles et avec moins d'intrants ».
L'opposition aux OGM fait tâche d'huileL'AFBV voit dans le refus des OGM la remise en cause de la filière des semences et de l'amélioration des plantes, un même combat idéologique. « Les deux contestations font boule de neige, note André Gallais. Elles émanent des mêmes organisations, avec des arguments similaires. »
Depuis des années, les opposants aux plantes transgéniques leur reprochent de favoriser une agriculture productiviste au service de quelques grands groupes semenciers. L'AFBV répond que de telles variétés peuvent être « utiles à tous types d'agricultures », que la diversité génétique à disposition des producteurs n'est pas diminuée.
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L'amélioration des plantes est aussi accusée d'entretenir un modèle d'agriculture productiviste. Cela relève de la « désinformation », aux yeux de l'AFBV. « L'intérêt de variétés génétiquement homogènes est nié, alors que celles-ci ont permis la mise en place d'une filière garantissant à l'agriculteur des semences conformes et de qualité, d'un système de protection de l'obtenteur, nécessaire pour le financement du progrès génétique, a souligné André Gallais. De telles variétés ont permis d'améliorer assez rapidement la production et l'adaptation au milieu et de mieux répondre à la demande des industriels et des consommateurs. » Il a aussi relevé une « confusion volontaire » entre brevet et COV (certificat d'obtention végétale), lequel autorise bien de ressemer.
LE Gnis (Groupement national interprofessionnel des semences et plants) défend « la vérité » face la campagne de presse « aux graines citoyens ! », lancée ces derniers jours par l'industriel Léa Nature avec l'association Réseau semences paysannes.
« Cette campagne d'image comporte des approximations et des sous-entendus », selon un communiqué le 1er octobre. La brevetabilité des semences est interdite en France et dans l'UE, rappelle le Gnis, en soutenant aussi que le droit fondamental de semer ou de ressemer « n'a jamais été remis en cause ». Autre grief, « la notion de graines paysannes permet toutes les confusions ». Si l'échange reste libre, la vente est soumise à inscription au catalogue officiel des espèces et variétés, explique le communiqué. Le Gnis juge par ailleurs que la filière française des semences favorise la sécurité sanitaire, en luttant contre des maladies, et la biodiversité, par la création de 600 variétés chaque année, la conservation de plus de 30 000 plantes.
L'AFBV relèvent des points faibles dans l'argumentation contestataire : « À une agriculture sans intrants chimiques est associée la culture de variétés-populations génétiquement hétérogènes, a indiqué André Gallais. Sauf qu'elles produisent beaucoup moins. Le bio n'est pas suffisant dans l'optique de nourrir une population mondiale en forte hausse. »