Sept entreprises agroalimentaires figuraient dans la délégation du Medef en Côte-d’Ivoire du 25 au 28 avril. L’objectif est de développer des filiales d’entreprises françaises. Pour Pierre Gattaz, président du Medef, si la France a raté le coche avec la Chine, elle peut se rattraper avec « le réveil africain ».
« Nous montons en puissance avec le souci d’emmener des grandes et des petites entreprises vers des pays à fort potentiel », a déclaré Pierre Gattaz, président du Medef, lors d’une conférence de presse à Paris, le 20 avril. Une délégation du Medef s’est rendue en Côte-d’Ivoire du 25 au 28 avril. Elle se composait de 150 entreprises dont 75 % sont des PME et des TPE. « Il y a sept entreprises agroalimentaires dans la délégation », précise Pierre Gattaz. Parmi elles, la Compagnie fruitière (production, négoce, transport de fruits), Inacog (négoce d’huile alimentaire) ou encore Sia (conception et réalisation d’usines agroalimentaires). La délégation d’entreprises françaises devait aussi s’entretenir avec dix chefs d’entreprise ivoiriens dont près de la moitié dirigent des entreprises agricoles et/ou agroalimentaires : Sita (industriel de noix de cajou), PKL (industriel de l’alimentation pour bébé), Sipra (société de productions animales) et Sifca (premier groupe agroalimentaire ivoirien).
Fort potentiel
Pour choisir les pays de « destination », Pierre Gattaz simplifie : « Nous nous intéressons à la taille du pays, à son potentiel et à la faisabilité ». Medef international s’est rendu au Maroc en mars dernier avec plus de 100 chefs d’entreprise. Xavier Beulin, président d’Avril et co-président du club de chefs d’entreprise France-Maroc, devait faire partie de cette délégation. Après le Maroc, le Medef a choisi la Côte-d’Ivoire. Le pays devrait compter deux milliards d’habitants en 2050, sa croissance annuelle est de 8 %. Côté faisabilité, les conditions semblent également réunies pour l’agroalimentaire français. Sangawofa Coulibaly, ministre de l’Agriculture, se rend tous les ans au Salon de l’agriculture pour tenter d’attirer les industriels français dans son pays. « Il s’agit maintenant d’encourager tous les privés à venir construire des entreprises », expliquait-il en début d’année (1). Politiquement, les portes sont ouvertes. Et sur place, le potentiel semble d’ailleurs déjà démontré. Marc Rennard, président du Conseil de chefs d’entreprise France-Afrique de l’Ouest, rappelle que 500 PME françaises de droit local et 140 filiales de grosses entreprises employant 40 000 personnes sont implantées en Côte-d’Ivoire.
« Réveil africain »
L’industrie ivoirienne se développe et l’agriculture y est pour quelque chose. Le pays est le premier producteur mondial de cacao. Ainsi, l’agriculture ivoirienne représente un peu plus de 20 % du PIB du pays, un eldorado pour l’agroalimentaire français selon le Medef. La stratégie reste « de chasser en meute » et d’installer « durablement » des filiales d’entreprises françaises en Côte-d’Ivoire. « Il faut créer un écosystème favorable pour les entreprises », ajoute Marc Rennard. Le Medef entend ainsi réussir en Afrique ce que la France a raté en Chine. « Le réveil africain est en cours », affirme le patron du Medef. L’émergence d’une classe moyenne doit être l’occasion pour les entreprises françaises de se développer. Pierre Gattaz poursuit : « On a tout intérêt à pousser à faire du premium ». La marque « Fabriqué en France » est un signe de qualité et « d’élégance ». Medef international ne s’arrête pas là. En 2016, l’agenda de l’organisation prévoit d’envoyer d’autres délégations de chefs d’entreprises en Guinée au mois de mai, puis au Burkina Faso en juillet.
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L’Afrique a un œil sur l’Asie
Face à la concurrence croissante, les entrepreneurs ivoiriens ont déjà commencé à abattre leurs cartes. Marie Diongoye Konate, présidente de PKL, représente la deuxième entreprise d’alimentation pour les bébés en Côte d’Ivoire. Cette PME, qui s’approvisionne localement, réalise un chiffre d’affaires annuel de 1,52 million d’euros. La patronne de PKL explique (2) les ambitions de son entreprise à l’export : « Il y a un énorme potentiel vers les pays asiatiques. Tellement gros, que j’aurais peur de ne pas pouvoir livrer ».
(1) Lire l’article « Les cultures vivrières, nouveau moteur pour la Côte d’Ivoire », dans Agra Presse Hebdo du 7 mars 2016
(2) Visionner le reportage « En Côte d’Ivoire, M. D. Konaté défie les multinationales de l’agroalimentaire » de Jeune Afrique en juin 2015
P. Gattaz : « Nous nous intéressons à la taille du pays, à son potentiel et à la faisabilité »