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L’agriculture argentine s’intéresse au marché du carbone

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Les bourses aux céréales de Buenos Aires et de Rosario ont lancé un programme de certification du bilan carbone des exploitations agricoles. Son but est de rassurer les importateurs, mais aussi à terme de créer une offre agricole pour le marché du carbone.

En Argentine, un « programme national carbone neutre » a été lancé, le 27 novembre dernier, à la Bourse aux céréales de Buenos Aires (BCBA). Cette institution privée est à l’origine de l’initiative, conjointement à la Bourse du commerce de Rosario (BCR), qui ont invité d’autres acteurs du secteur à s’y joindre, comme Aacrea [1] et Aapresid [2].

Ce programme privé et volontaire vise à certifier des exploitations en fonction de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Il certifierait d’abord la réalisation adéquate du calcul d’un « bilan carbone », puis la « neutralité carbone » des systèmes de culture ou d’élevage qui y parviendraient.

Pas question, ici, que l’État exerce un contrôle systématique des pratiques agricoles pouvant donner lieu à un éventuel « bilan carbone », comme c’est le cas au Chili avec l’existence d’un programme public de calcul de l’empreinte carbone de différents produits d’export.

Balbutiements

L’initiative argentine en est à ses balbutiements. Les commissions devant la piloter pour la filière des oléagineux et celle du bœuf devraient être constituées en mars prochain. Elles choisiront alors des méthodes de calcul appropriées pour chaque acteur de la filière et qui devront absolument être reconnues par les autorités des pays importateurs.

Au-delà même du carbone, l’Argentine scrute les demandes environnementales de ses pays clients. « Nous avons recensé dans le monde plus de 400 standards agro-environnementaux. Or, ils ont un impact sur la perception des consommateurs. Les étiquettes sont même devenues des barrières non tarifaires », expliquait Sabine Papendiek, co-coordinatrice du programme, lors de l’évènement, en référence explicite aux critères européens.

« Nous soutenons l’accord de Paris et célébrons l’accord de libre-échange entre le Mercosur et l’Union européenne. Mais il devient impératif que nous établissions nous-mêmes des critères d’évaluation [des émissions de GES, NDLR] mieux adaptés à notre réalité agro-écologique », a-t-elle dit.

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Élevage extensif, semis direct

« Le carbone capté par nos prairies d’élevage extensif compense en partie les émissions du cheptel », a-t-elle mentionné. « 90 % des grandes cultures, en Argentine, se font en semis direct, et elles tournent avec des graminées. Le recours aux couverts végétaux est courant. Prenons-en compte », a-t-elle plaidé.

Ariel Angeli, d’Aacrea, estime que « le bilan carbone médian des élevages allaitants, en région pampéenne, varie de 20 à 40 kilos équivalent carbone (kgec) par kilo de bétail vif et de 25 à 80 kg au nord du pays. Pour les grandes cultures, les systèmes qui alternent céréales et oléagineux présentent des bilans de 0,5 à 2 kgec/kg de grains », indique-t-il.

L’implication de la BCBA et de la BCR dans ce programme de certification n’est pas fortuite. Elles prévoient, à terme, la création de titres financiers indexés sur des bilans positifs d’origine agricole. La BCBA et de la BCR « ont fusionné leurs marchés à terme il y a deux ans et comptent participer au marché financier du carbone dans l’éventualité où il se développerait », commente Ramiro Costa, le directeur de la BCBA.

Les systèmes qui alternent céréales et oléagineux présentent des bilans de 0,5 à 2 kgec/kg de grains

[1] Association argentine des consortiums régionaux d’expérimentations agricoles, groupes d’agriculteurs inspirés des Centres techniques agricoles français.

[2] Association argentine des producteurs en semis direct.