Agriculture verticale, agroécologie… La tendance au verdissement de l’alimentation est sans appel. Dans ce contexte, Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, a affirmé que « l’agriculture bio ne peut plus être que le sans pesticides ». Les Assises nationales de l'agriculture bio le 14 novembre étaient l'occasion de réaffirmer d'autres spécificités du secteur, pour certaines en discussion à Bruxelles.
« L’agriculture bio ne peut plus être que le sans pesticides », a déclaré Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, lors des neuvièmes Assises nationales de l’agriculture bio, organisées par l’Agence bio à Paris, le 14 novembre. Il a rappelé que ce mode de production arrive à un « tournant ». Il doit se différencier car d’autres proposent du sans pesticides. « L’agriculture verticale va nous faire du bio en boîte avec des LED (1), sans aucun pesticides… », ironise-t-il. Pour l’heure, cette non-utilisation des phytos ne suffit pas à obtenir la certification bio, mais les professionnels du bio restent vigilants. Des discussions sont en cours à Bruxelles pour réviser le règlement européen. Le risque est de voir le règlement UE s’alléger avec comme garde-fou la diffusion du label bio au plus grand nombre, et comme retour de bâton le changement d’image du label UE. Un scénario que refusent les filières françaises. Didier Pérréol, président de l’Agence bio, analyse : « Le problème n’est pas de produire plus, mais mieux ». Développer le bio oui, mais les pouvoirs publics ont appelé à se mettre au travail pour « faire les bons choix » et ne pas manquer le changement d’échelle. « Si on est que dans une logique de parts de marché, on va perdre la spécificité de la bio », affirme Stéphane Le Foll.
Maintien du lien au sol
À Bruxelles, la question du « label bio sans lien avec la terre » est une vraie question, a prévenu le ministre. La France défend le bio en lien avec le sol : « Je veux de l’herbe, je veux de l’espace ! », s’est-il exclamé. Côté syndical, Michel Le Pape, responsable de la section bio à la Coordination rurale, est inquiet : « Des pays européens comme la Hollande, la Belgique sont friands de terre et veulent l’économiser. Ils soutiennent le bio hors sol. » Dans ce combat pour la pérennisation du lien au sol dans le cahier des charges bio, le ministre est clair : « Le lien au sol et aux prairies doit primer ».
D’autres points occupent les discussions européennes en cours (résidus et seuil de déclassement, contrôles, dérogations semences). Les filières françaises ont une ligne commune: a minima, le maintien du cahier des charges actuel. Ainsi, le directeur de l’Agence bio Florent Guhl appelle à « une forte vigilance » sur le cahier des charges. Les discussions européennes devraient aboutir avant la fin de l’année.
Et au-delà du règlement…
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Outre les aspects réglementaires, Claude Gruffat, président de Biocoop SA, entend « défendre une philosophie », notamment en lien avec la proximité de la production. C’est aussi le cas de l’ensemble des filières. Didier Pérréol soutient : « Il faut faire attention à ne pas décevoir les consommateurs ». Il ajoute aussi que « bio et local, c’est l’idéal ». Quant au ministre de l’Agriculture, il souligne : « Le label doit avoir un sens. Attention au succès mal maîtrisé… » Par ailleurs, il rappelle l’importance des externalités positives du bio pour se différencier autrement que par la non-utilisation de pesticides. Un rapport de l’Itab et de l’Inra doit être présenté à ce sujet et dans le détail le 25 novembre.
Didier Pérréol : « Il faut faire attention à ne pas décevoir les consommateurs »
(1) Diode électroluminescente
Le programme Ambition bio 2017 prolongé avant les présidentielles
Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a appelé, lors des Assises nationales de l’agriculture bio le 14 novembre, les filières à travailler sur la prolongation du plan Ambition bio 2017 : « Si on veut prolonger le plan Ambition bio 2017 avant les présidentielles, il faut le préparer. » Dans cette prolongation, le ministre entend « garder la spécificité de l’agriculture bio » et aller au-delà du doublement des surfaces bio : « Ce n’est pas le seul objectif, il faut structurer le développement ». Ce programme entend soutenir le développement équilibré de toutes les filières bio du champ à l’assiette.