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Inra L’agriculture biologique doit être plus qu’une niche

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L’Inra estime que l’agriculture biologique doit être plus qu’une niche. S’exprimant sur ce thème lors d’une conférence de presse le 24 mai, Stéphane Bellon, coordinateur du programme Agribio de l’Inra, a estimé que l’agriculture biologique a vocation à connaître un véritable développement économique, ou au moins être une locomotive pour le reste de l’agriculture, dans le domaine de la recherche.

Stéphane Bellon, coordinateur du programme Agribio (mené entre l’Inra et les instituts techniques agricoles) de l’Inra, a évoqué trois voies possibles pour l’agriculture biologique. Rester une niche en Europe. Connaître un véritable développement économique. Et une voie intermédiaire, servir de locomotive pour le reste de l’agriculture, notamment par un effet d’entraînement dans le domaine de la recherche.

L’agriculture biologique vouée aux bas rendements ?

L’option de l’Inra est entre les deux dernières hypothèses. L’institut a bien noté les attentes de la société, perceptibles par exemple, lors de la campagne présidentielle, à travers le projet de Nicolas Hulot de faire entrer massivement l’agriculture biologique dans la restauration collective.

L’Inra tient compte de ce signal dans ses programmes de recherche. Les travaux de recherche de l’Inra ont mobilisé 50 équivalents temps plein de chercheurs en 2005, contre 30 en 2003.

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Mais pour entrer dans une phase de développement économique, il faut que la production augmente sensiblement. D’importants verrous techniques doivent sauter. Joël Fauriel, chercheur à l’Inra d’Avignon, menant des travaux sur la teneur en sucre et polyphénols des pêches biologiques, a évoqué un facteur limitant au rendement : quand on augmente le rendement des vergers, le goût des pêches peut en pâtir. Même phénomène en viticulture, où la densité en arôme d’un vin est inversement proportionnelle au rendement. Mais l’Inra cherche à valider l’hypothèse selon laquelle une pêche bio est riche en arômes du fait du mode de culture biologique. En effet, l’absence de traitements chimiques sur les pêchers induit un stress aux arbres, ce qui suscite chez eux la synthèse de polyphénols. Or les polyphénols sont à la fois des agents de protection de la plante et des vecteurs de micronutriments favorables au goût et à la santé humaine.

Le pari de l’excellence scientifique…

Avant même de porter l’agriculture biologique au stade du vrai décollage économique, l’Inra s’attache à promouvoir l’agriculture biologique en tant que fer de lance de la recherche agronomique. « L’Inra considère l’agriculture biologique comme un prototype d’agriculture durable », indique-t-il. En effet, l’intégration de fortes contraintes techniques en privilégiant les fonctionnements naturels des sols, de la plante, etc., « pose des questions nouvelles aux différentes disciplines agronomiques ». Le programme d’agriculture biologique, lancé en 2000, porte sur de nombreux aspects : fertilisation, lutte contre les bio-agresseurs, semences et plants, qualité des produits, réduction des traitements par le cuivre, etc.

… et de la santé humaine

Outre la voie possible du décollage de la production, et la voie certaine d’élément moteur de la recherche agronomique, se profile une voie intéressante pour l’agriculture biologique : ses effets sur la santé humaine. Joël Abécassis, chercheur à l’Inra de Montpellier, a fait part d’un programme de travaux sur la qualité des blés bio et la qualité nutritionnelle et organoleptique du pain bio, qui réunit plus de 20 laboratoires de l’Inra, des centres techniques et des chercheurs de l’industrie. Il vise à répondre aux préférences alimentaires des consommateurs à la fois par des modes de culture à bas niveau d’intrants et par des modes de panification comme la meule. L’étude a permis de préciser l’influence de la fumure azotée et de l’apport de soufre sur la teneur et la composition protéiques des blés. Il est établi aussi que les pains obtenus à partir de farine de meule sont mieux assimilés par l’appareil digestif humain, et valorisent mieux le magnésium, en raison d’un milieu plus acide qui favorise la production d’une enzyme du blé, la phytase, a indiqué Joël Abécassis.