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Bilan L’agriculture biologique passe le cap du million d’hectares en France

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À l’occasion du Printemps Bio lancé dans toute la France du 1er au 15 juin, l’Agence bio a fait l’éloge le 1er juin de l’agriculture biologique, appliquée désormais sur plus d’un million d’hectare de terres en France. Une avancée notable, mais bien en deçà des projections du Grenelle.

Son enracinement se confirme : le million d’hectares de terres en mode de production biologique a été dépassé au cours de ce premier semestre 2012, a annoncé le 1er juin l’Agence bio. Un constat qui vient confirmer les bons résultats de la filière qui affiche, fin 2011, une augmentation de ses surfaces dédiées de 15,3%, du nombre de ses exploitations de 12,3% (23 135 fermes bio) et du nombre de ses opérateurs engagés de 14% (35271 opérateurs). Hausse également de sa production et de sa consommation : en 2011, il s’est vendu pour près de 4 milliards d’euros de produits alimentaires bio sur le marché français, soit une progression de 11% par rapport à 2010. Bref, l’agriculture biologique connaît un essor. Mais à sa mesure. Malgré ses avancées, elle atteint en effet seulement 3,5% de la surface agricole utile (SAU) fin 2011, tandis que le Grenelle l’avait fixée pour 2012 à 6%. « Certaines régions et certaines filières l’ont atteint, mais sur le global, c’est sûr on n’y est pas, nous avons un peu de retard, admet le président de l’Agence bio, François Thiéry. Mais nous sommes sur le bon chemin ». Celui des 20% de la SAU? Le pointage projeté du Grenelle pour 2020 ... ? « Il est aussi important de regarder la tendance de fond qui est en augmentation. À chacun son rythme », tente de tempérer la directrice de l’Agence bio, Elisabeth Mercier. « Il peut y avoir une accélération, reprend François Thiéry, d’autant plus au regard des conditions de l’agriculture conventionnelle qui se dégrade. Il n’y a qu’à regarder l’exemple de Doux... ». L’Agence bio veut y croire. Elle compte aussi sur des leviers comme la formation, la recherche, l’accompagnement des petites filières et l’arrivée des nouveaux arrivants dans l’agriculture, jugés souvent plus sensibles au bio. La future Pac sera aussi « déterminante, avance François Thiéry. Et puis, des filières ont déjà trouvé la bonne recette, insiste Elisabeth Mercier. Les autres vont suivre ».

Un agriculteur bio sur trois est éleveur
Des filières sortent en effet du lot. C’est le cas des légumes secs : 25,8% des surfaces nationales de légumes secs sont cultivées en bio, 12,3% de plantes à parfum aromatiques et médicinales, 11,7% de fruits et 7,4% de vignes. Plus d’un agriculteur bio sur trois est éleveur, note par ailleurs l’Agence. « Tous les secteurs ont progressé avec, suivant les secteurs, des augmentations de cheptel de 9 à 31% ». Les plus fortes augmentations du nombre d’animaux bio en 2011 par rapport à 2010 ont été enregistrées dans le secteur des poules pondeuses, des bovins laitiers et des caprins. « Les perspectives sont aussi encourageantes, observe Elisabeth Mercier, puisque plus du quart des vaches laitières ou allaitantes sont en cours de conversion ». En revanche, à la traîne, les élevages de porcs mettront du temps, semble-t-il, à passer le cap des 1% bio. « Leur donner de l’espace, une alimentation bio, une durée d’élevage plus longue, nécessite de réorganiser la filière et d’instaurer un autre rapport qualité-prix », estime la directrice générale.

La région Rhône-Alpes conserve sa première place
Avec ses 2 554 exploitations bio, la région Rhône-Alpes demeure la première région de France engagée dans l’agriculture biologique, suivie par le Languedoc-Roussillon (2 531) et le Midi-Pyrénées (2 428). La plus forte progression de 2010 à 2011 est enregistrée pour l’outre-mer (+45%) et la Champagne-Ardenne (+37%). « Des départements se distinguent par des spécialités, comme l’Ardèche et sa châtaigne, la Dordogne et sa noix...», précise l’agence. Près d’un tiers des surfaces en bio se concentrent dans trois régions : le Midi-Pyrénées (118754 ha), les Pays de la Loire (102 495 ha) et le Languedoc-Roussillon (87621 ha). Seulement trois régions dépassent fin 2011 la barre symbolique des 6% de SAU en mode de production biologique. Il s’agit de la Provence-Alpes-Côte d’Azur avec 12,3% de sa SAU consacrée à l’agriculture biologique, le Languedoc-Roussillon (9,3%) et la Corse (avec 6,7%).

Un marché de près de 4 milliards d’euros
Le marché alimentaire de la filière représente désormais un total de près de 4 milliards d’euros, soit 2,4% du marché alimentaire totale. Selon l’agence, la consommation à domicile des ménages s’est élevée à 3,75 milliards d’euros en 2011 (soit près du double par rapport à 2007). Certains secteurs s’illustrent : la part de marché du lait et des œufs bio a dépassé les 10%, et atteint près de 6% pour les fruits et légumes frais les plus consommés. Autre point encourageant, selon Elisabeth Mercier : les approvisionnements en France gagnent du terrain en particulier dans le secteur du lait avec une hausse de 9 points de 2010 à 2011. Parallèlement, les importations sont en baisse, malgré les « incontournables » qui se maintiennent, comme les produits exotiques.

La vente directe séduit de plus en plus
Par ailleurs, si la consommation a lieu majoritairement dans les grandes surfaces, la tendance du local émerge progressivement : « Un producteur bio sur deux pratique la vente directe au consommateur, note la directrice de l’agence, au moins pour une petite partie de sa production à la ferme ou sur les marchés ». Enfin, 158 millions d’euros de produits bio ont été achetés en restauration collective (établissements publics ou privés, hôpitaux, cantines scolaires…), une progression aussi notable en 2011 de +21%. Les aliments bio n’ont toutefois représenté que 2,1% du total des achats alimentaires dans ces établissements. La barre symbolique des 20 % de produits en restauration collective fixée pour 2012 n’est donc non seulement pas atteinte, mais également hors de portée. En clair, la filière progresse pratiquement sur tous les plans – mais, encore une fois, d’un pas très lent qui ne lui permet pas d’atteindre ses objectifs. À moins qu’il ne s’agisse, contrairement aux idées reçues, de la marche certaine d’un sujet hors mode. Ou d’une ambition nationale bien trop élevée au regard des moyens engagés.

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