Alors que le pays connaît une crise politique profonde et une instabilité économique, le secteur agricole échappe à la crise et pourrait même sortir grande gagnante des conflits entre les États-Unis et la Chine.
Le Brésil se trouve dans une situation paradoxale : depuis la destitution de sa présidente Dilma Rousseff en août 2016, sa classe politique est soumise à une grande lessive de la part des juges, qui n’épargnent personne, pas même le président actuel Michel Temer et plusieurs de ses ministres. Mais étonnamment, les marchés financiers brésiliens connaissent une relative stabilité depuis la fin 2016, malgré ce contexte politique très trouble. Le calme relatif qui prévaut est dû en grande partie à la crédibilité acquise par le tandem que forment le ministre de l’Économie et le président de la Banque centrale. Après trois années de récession, la dynamique enclenchée en 2017, en grande partie liée à l’excellente récolte de grain de la campagne 2016-2017, devrait se poursuivre en 2018, souligne le rapport CyclOpe 2018. « Le rythme annuel d’expansion est anticipé à 2,6 % contre 1 % en 2017 », prévoit le rapport.
Dépendance aux exportations agricoles
Pour autant, le pays est en grave difficulté économique et sociale, « du fait d’un manque d’investissements profond depuis ces quinze dernières années dans les infrastructures du pays : hôpitaux, écoles, routes, ports, etc. », explique Jean-Yves Carfantan, directeur d’AgroBrasConsult basé à São Paulo et contributeur du rapport CyclOpe, illustrant ses propos avec l’attente dans les ports pouvant aller jusqu’à 30 jours pour charger les bateaux de grains.
Et l’économie brésilienne est très dépendante des performances de son agriculture. « 60 % des exportations du pays correspondent à des matières premières, dont les deux tiers sont agricoles », souligne Jean-Yves Carfantan. Pour autant, selon lui, les Brésiliens considèrent que cette dépendance de l’économie brésilienne aux exportations de matières premières agricoles n’est pas un risque majeur, « car ils font le pari que leurs clients, en premier lieu les pays asiatiques, n’auront pas la capacité à court terme à devenir autosuffisants en agriculture. Mais ils sont très lucides sur le fait que la Chine ne doit pas prendre le contrôle sur leur agriculture ou sur leur foncier ». Jean-Yves Carfantan donne un exemple : « Au Brésil, les prêts bancaires étant très coûteux, les agriculteurs financent leurs intrants par un système d’avances sur récolte avec les sociétés de négoce. C’est ce que l’on appelle des contrats barter (ou troc) », explique-t-il. Or, les sociétés de négoce chinoises sont très présentes, notamment le géant Cofco. « Si un agriculteur veut souscrire un prêt à taux bonifié – subventionné par l’État – la part de ses achats d’intrants financée par des contrats barter avec des sociétés chinoises est plafonnée », explique-t-il.
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Tirer profit du conflit entre États-Unis et Chine
Pour l’heure, le secteur agricole brésilien se porte bien et échappe à la crise économique. Il pourrait même être dopé par les conflits entre Donald Trump et Xi Jinping. « Les Brésiliens sont en train d’augmenter leurs achats d’engrais en prévision d’une hausse des emblavements de soja, pariant sur le fait que la Chine va mettre à exécution l’instauration de taxes à l’importation de soja US, ce qui va profiter au soja brésilien », explique le spécialiste.
En revanche, du côté du secteur de la viande, le secteur est englué dans des scandales sanitaires. Avant d’en sortir, cela nécessitera un assainissement des pratiques des industriels, mais aussi des contrôleurs, selon lui.
« Les Brésiliens sont très lucides sur le fait que la Chine ne doit pas prendre le contrôle sur leur agriculture ou sur leur foncier »