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Réflexion L’agriculture doit pouvoir recourir au progrès technique

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Pour les participants au débat sur les politiques agricoles organisé par Passion céréales, le 17 février à Paris, cela ne fait guère de doute : le progrès technique doit être l’un des moteurs de l’agriculture de demain. Afin qu’elle puisse faire face aux défis environnementaux et économiques des années à venir.

«On ne peut pas résister au progrès technique ni au changement ». Pour Thierry de Montbrial, directeur général de l’Ifri, qui s’exprimait le 16 février à Paris dans le cadre d’un colloque sur les politiques agricoles organisé par Passion céréales, c’est pourtant ce que l’agriculture des Vingt-Sept semble faire. Alors même que « dans l’agriculture, il y a toujours eu le facteur progrès technique », a précisé l’intellectuel. L’un des responsables, selon lui : le principe de précaution à l’européenne. « Aux Etats-Unis, il faut démontrer qu’il y a un danger et en Europe qu’il n’y en a pas, a-t-il rappelé. Si nous continuons à avoir cette approche, nous sommes battus à tous les coups sur 50 ans ! ». Pour parvenir à réenclencher une dynamique de progrès acceptée par la société, « le monde agricole devrait sortir d’une logique défensive », a estimé pour sa part Dominique Wolton, sociologue au CNRS. Ce qui signifie remettre l’histoire sur le plan public et expliquer au citoyen l’intérêt majeur pour l’Europe de trouver un équilibre entre agriculture, production et services. Cela implique également de reconnaître les critiques constructives formulées par les écologistes depuis 30 ans.

L’agriculture jamais trop scientifique ou technique
Pas question pour autant de céder aux sirènes de la décroissance prônée par certains : « Le train dont certains voudraient que l’on descende, c’est le train du progrès, a observé le philosophe André Comte-Sponville. Mais d’un point de vue philosophique, la nature n’est pas Dieu, ni la technique le diable ». L’agriculture biologique n’étant pas en mesure de nourrir le monde, « nous avons besoin pour sauver la planète de davantage de technique et de progrès, a-t-il ajouté. L’agriculture ne sera jamais trop scientifique ou technique ». Dans sa quête de légitimité, le monde agricole doit également tirer avantage des réussites du secteur agroalimentaire, d’après Dominique Wolton. « Il faut montrer qu’il est beaucoup plus facile qu’on ne le croit de relier modernité et tradition », a-t-il suggéré, évoquant par exemple le poids du travail de l’homme dans la structure des paysages actuels. Pour James Teft, économiste à la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), l’enjeu du progrès dépasse le cadre franco-européen.

Quelque chose « entre Monsanto et Bové »
Avec le changement climatique, notamment, « nous savons qu’il existe différents environnements qui vont devenir fragiles », a-t-il expliqué. C’est entre autres le cas des petites exploitations africaines. « Comment allons-nous les aider à augmenter leur productivité dans le respect de la nature dont elles sont très dépendantes ? », s’est-il interrogé. Même pour le bon équilibre des marchés agricoles, le progrès apparaît utile. Car « le seul moyen de faire de la croissance durable dans un monde fini, c’est d’optimiser l’existant au travers des technologies », a commenté Marc Touati, directeur général délégué de Global Equities, Il faut donc inévitablement faire des recherches. Ce qui apparaît totalement logique à André Comte-Sponville : « Depuis la révolution néolithique, nous transformons la nature. Et nous avons bien fait ». Encore faut-il l’organiser car aujourd’hui, « nos scientifiques et nos laboratoires prestigieux vont travailler ailleurs », a souligné Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique. « Entre Monsanto et Bové, il y a quelque chose ! », a lancé le responsable. Mais il reste à trouver quoi.

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