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Entretiens de l’AEI L’agriculture écologiquement intensive gagne du terrain dans les esprits

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La 3e édition des entretiens de l’agriculture écologiquement intensive ont montré que le mouvement continue de progresser sur le terrain et dans les esprits, interrogeant au passage les relations entre agriculteurs, chercheurs et acteurs du développement agricole. Dans la sphère politique, il trouve un écho. Stéphane Le Foll considère l’AEI comme l’une des voies du « produire autrement ». Reste à diffuser plus largement la démarche.

«L’enjeu du ministre, c’est que l’innovation se poursuive, et d’assurer sa diffusion. » Tels étaient les mots de Luc Maurer, conseiller technique de Stéphane le Foll, en clôture des 3e entretiens de l’agriculture écologiquement intensive (AEI), organisés les 30 et 31 octobre à Angers par l’association AEI. Tantôt techniques, tantôt philosophiques, les échanges entre les quelque 300 participants ont montré que le mouvement continue de progresser. Sur le terrain, au sein des organismes agricoles, dans les esprits et jusqu’au sein du ministère. Néanmoins, l’agriculture écologiquement intensive reste un concept. Et ceux qui la portent y tiennent. Il s’agit de produire plus, grâce à un recours accru (intensif) aux mécanismes écologiques, en remplacement des intrants conventionnels, lesquels ne sont pas, a priori, supprimés. Aujourd’hui, techniques de conservation des sols, semis direct, couverts végétaux choisis, etc. sont autant de techniques relevant de l’AEI.

Une ambiance propice à la diffusion de l’AEI

Ces pratiques et ce concept se développent, sur le terrain, en particulier à travers des groupes et réseaux d’agriculteurs, informels ou plus classiques. Ils sont animés par exemple par des chambres, coopératives, Geda, Civam… Et un nombre croissant d’acteurs s’intéresse à ce concept très « intégrateur ». « Huit des plus importantes coopératives françaises ont rejoint le mouvement et les chambres d’agricultures sont de plus en plus nombreuses », se réjouit Christiane Lambert, vice-présidente de l’association pour une AEI. Deux véritables « leviers de diffusion ». Toutefois « on n’en est pas encore à la généralisation, reconnaît Luc Maurer. Mais l’idée est d’essayer d’aller plus loin, de dépasser le stade de pionnier ». La diffusion du concept pourrait prendre entre 10 ans et une génération, selon les observateurs. Quoi qu’il en soit « il y a une ambiance générale qui y est propice », a diagnostiqué le conseiller.
L’association AEI a justement des propositions pour soutenir la diffusion de cette démarche au plus grand nombre. En particulier celle de créer un fonds de garantie pour les agriculteurs qui prennent des risques à travers l’innovation, indissociable de l’AEI. L’association propose aussi d’organiser des rencontres régionales associant les agriculteurs et la recherche. Aujourd’hui, le terrain est en attente de références techniques, de validations scientifiques des expérimentations menées spontanément au champ, de protocoles de suivis. Et la recherche, en attente de questions formulées précisément.

Proposer des diagnostics, revoir le conseil

Autre piste : généraliser des diagnostics d’exploitation. Ils sont un point de départ avéré des volontés de changer ses pratiques. L’AEI ne vise pas à créer des solutions clés en main. L’enjeu est donc de « diffuser l’envie », plus que les techniques, estime Jean-Marc Longuet, agriculteur et administrateur de Vivescia. Et les diagnostics peuvent susciter l’envie de chercher ce qui sera performant sur son exploitation, « notamment en prouvant que le modèle économique fonctionne ». Enfin, le développement d’une agriculture écologiquement intensive remet en cause le conseil en agriculture. Les questions des agriculteurs se complexifient, portent sur tout le système d’exploitation, interrogent la stratégie pluriannuelle de l’entreprise… Des efforts de formations des conseillers comme des agriculteurs seront également nécessaires. Et, là encore, un appui scientifique s’avère important. « L’indicateur marge brute par hectare ou la performance économique annuelle ne peuvent plus suffire, analysait par exemple Jean-Marie Séronie, directeur général du CER France (centre d’économie rurale). Avec l’AEI, la complexification des rotations, voire l’agroforesterie, on a besoin de réfléchir à la mesure et au calcul de la performance économique. » Mais les travaux de recherche font défaut.

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