Myriam Gast-Loup est responsable de la programmation du Festival international du film de l’environnement (Fife) organisé par la Région Île-de-France depuis 2009. Cette 33e édition qui se tenait à Paris du 5 au 12 avril, a mis à l’honneur courts-métrages et longs-métrages dont nombre d’entre eux traitent d’agriculture, un sujet « évidemment environnemental ».
L’agriculture est-elle présente dans le Fife ?
C’est un des sujets omniprésents depuis le début. Quand j’ai commencé à travailler sur le festival, le mot agriculture n’avait pas les mêmes implications. On est passés de quelque chose de très écolo-nature à quelque chose de plus en plus vaste. Un peu à la manière des mots « développement durable » qui sont arrivés au fur et à mesure.
Comment l’agriculture est-elle traitée dans les films sélectionnés ?
Au début, on recevait 400 films. Aujourd’hui, on est autour de 2000 films, récupérés, vus, décortiqués. Pour les films sur l’agriculture, vous avez : le film sur l’Amap (1), le film sur les problèmes de pêche au Japon, le film sur l’industrie agroalimentaire. L’idée est de ne pas se répéter d’une année sur l’autre. En même temps, l’agriculture est un incontournable du festival, comme l’énergie. Et il y a tellement d’angles possibles.
Quel est l’accueil du public ?
L’agriculture est devenue, comme tous les sujets environnementaux, un sujet que les consommateurs se sont appropriés. Les gens ont compris que tout est en lien avec eux. Lors des débats organisés après les projections, les questions du public viennent assez facilement. Pourquoi utilise-t-on des pesticides ? Pourquoi faut-il manger ceci et pas cela ? Pourquoi l’agriculture intensive ? Les gens sont très curieux.
Justement, qui vient au Fife ?
Il n’y a que des gens sensibilisés à l’environnement, qu’ils soient néophytes ou engagés, ils ont envie de changer les choses.
Cette année, le jury a décerné le prix du documentaire moyen métrage à « Une douce révolte » de Manuel Poutte sur les alternatives (agricoles, monétaires, politiques). L’agriculture a-t-elle déjà été distinguée par un film qui lui était entièrement dédié ?
Oui, le grand prix 2015 a été attribué au documentaire danois « Good Things Await » (2015) qui traite d’un agriculteur pratiquant la biodynamie. Il n’avait pas beaucoup de distributeurs, mais à la suite du festival, il a fait beaucoup de projections en France.
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De quels pays viennent les films ?
De partout ! Nous avons 41 pays représentés.
Comment s’en sortent les réalisateurs français avec les questions agricoles ?
Il y a des films français très importants. Par exemple « Nos enfants nous accuseront » (2008) a été un film de réveil des consciences. Mais on aurait envie, derrière ce combat très personnel qui fait aussi la force du film, d’un film plus global. En France, il manque d’une enquête de fond qui expliquerait l’histoire et la place des agriculteurs en France.
Parce qu’il en existe dans d’autres pays ?
Les Américains et les Canadiens sont spécialisés dans l’enquête forte sous forme de documentaire. « Food, inc. » de Robert Kenner est un reportage sur la mise en place du système agricole américain. En France, il y aurait aussi beaucoup à dire. Car l’agriculture est un peu l’ADN de la France.
Le monde de la culture aurait-il davantage à faire pour impliquer les citoyens dans ces enjeux agricoles et environnementaux ?
Le succès du film « Demain » (2016) a apporté une pierre conséquente avec 220 000 entrées. Après, c’est difficile de quantifier les conséquences du festival. En quelques années, nous sommes passés de 6 000 à 12 000 spectateurs. Mais la portée d’un film ne s’arrête pas au périmètre du festival. Les débats en fin de film font réagir le public. Certains films sont repris à l’extérieur. Cela a été le cas pour le film « Miel en banlieue » (2015).
(1) Association pour le maintien d’une agriculture paysanne
« Il manque d’une enquête globale sur l’histoire de l’agriculture française »