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UE/Etats-Unis L’agriculture européenne « handicapée par des déséquilibres monétaires »

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Alors que la « guerre des monnaies » semblait devoir dominer le sommet du G20, les 11 et 12 novembre à Séoul, une étude réalisée par le think-tank Momagri montre que la sous-évaluation du dollar par rapport à l’euro confère à l’agriculture américaine un avantage compétitif sur celle de l’UE estimé à 14,4 milliards de dollars en 2009, soit l’équivalent de 50 Airbus A380.

«La communauté internationale ne prend pas assez en compte l’impact des déséquilibres monétaires et de change sur le secteur agricole », estime Momagri, mouvement pour une organisation mondiale de l’agriculture. Pourtant, les taux de change et les taux directeurs définis par les banques centrales sont devenus « des variables essentielles de la compétitivité agricole ».

Sous-évaluation du dollar et taux d’intérêt avantageux
Une comparaison entre l’Europe et les Etats-Unis illustre cette situation, explique Momagri. La sous-évaluation du dollar par rapport à l’euro a constitué ces deux dernières années un avantage, indirect mais effectif, pour l’agriculture américaine par rapport à l’agriculture européenne évalué à 17,8 milliards de dollars en 2008 et à 14,4 milliards de dollars en 2009.
Les taux d’intérêt plus avantageux pratiqués par la Banque centrale américaine (la FED) par rapport à ceux de la Banque centrale européenne (BCE) se sont traduits par un avantage, au profit des exploitants américains, de 2,9 milliards de dollars en 2008 et 106 millions de dollars en 2009.
Cela représente au total un avantage compétitif pour l’agriculture américaine estimé à 20,7 milliards de dollars en 2008 et 14,5 milliards de dollars en 2009 (le prix de 50 Airbus A380), soit l’équivalent de, respectivement, 6,5 % et de 5 % de la valeur de la production agricole américaine.

Risque de « nouvelle crise financière et alimentaire »
A la tête de Momagri, Pierre Pagesse, président de Limagrain, juge « essentiel de prendre en compte ces variables de change et monétaires dès le prochain G20 car les marchés agricoles, devenus plus instables avec la spéculation, sont porteurs d’une nouvelle crise financière et alimentaire. Sans compter que la menace d’une libéralisation sans régulation du commerce agricole international est toujours présente à l’OMC ».
Christian Pèes, vice-président de Momagri, ajoute que « ceux qui subissent ces déséquilibres sont soumis à des pressions permanentes qui s’aggravent d’autant dans les périodes de forte volatilité des prix ».
Momagri rassemble des responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense, etc.). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs, …) et en formulant des propositions pour une politique agricole et alimentaire internationale.

Une influence accrue depuis 2005
Toute décision de régulation des marchés financiers et plus largement de réforme du système monétaire international peut avoir un impact non négligeable sur la compétitivité internationale des secteurs économiques, et notamment l’agriculture, fait valoir momagri.
« Si les taux de change et les politiques monétaires pratiquées par les différentes banques centrales ont toujours eu un impact sur la compétitivité à l’export des secteurs agricoles, leur influence s’est fortement accrue depuis 2005 », expliquent les experts du think-tank. A cela trois raisons, selon eux : le développement du recours à l’endettement des agriculteurs et la crise de la dette confèrent un rôle accru aux taux directeurs définis par les banques centrales ; la libéralisation progressive des marchés agricoles et l’accroissement des volumes échangés donnent aux taux de change un effet prépondérant dans l’orientation des flux commerciaux ; les marchés agricoles sont soumis à une financiarisation croissante, faisant des variables économiques et financières des critères de décision clés.
Aussi, conclut Momagri, « avant de réguler les marchés financiers et financiarisés, il est indispensable d’identifier la manière dont la compétitivité des autres secteurs économiques, notamment le secteur agricole, est affectée par une modification des taux de change ou de la politique monétaire ».

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