La FAO a de nouveau insisté sur l'importance de l'agriculture familiale pour assurer l'alimentation mondiale, le 16 octobre. Mais cette dernière devra répondre à plusieurs défis.
LES exploitations agricoles familiales produisent environ 80 % des denrées alimentaires mondiales, et sont « vitales pour la solution du problème de la faim », écrit José Graziano da Silva, directeur général de la FAO, dans l'avant-propos du rapport La situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture 2014. Ce rapport a été publié le 16 octobre, journée internationale de l'alimentation, dont le thème était l'agriculture familiale.
L'agriculture familiale joue un rôle social primordial
À l'échelle mondiale, 84 % des exploitations agricoles couvrent moins de deux hectares. Mais les tailles sont très variables et les exploitations de plus de 50 hectares – dont beaucoup sont familiales – s'adjugent les deux-tiers des terres agricoles mondiales.
L'agence de l'ONU pour l'alimentation « appelle l'attention mondiale sur le rôle crucial que joue l'agriculture familiale dans de nombreux domaines : lutte contre la faim et la pauvreté, renforcement de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, amélioration des moyens d'existence, gestion des ressources naturelles, protection de l'environnement et réalisation du développement durable, notamment dans les zones rurales ».
Une agriculture vulnérable
Mais l'agriculture familiale est parmi les plus vulnérables à l'impact de l'épuisement des ressources et aux effets pervers du changement climatique. De plus, beaucoup de fermes de petite taille sont incapables de produire suffisamment pour assurer une vie décente aux familles qui en tirent leurs moyens d'existence.
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Les exploitations agricoles familiales sont donc confrontées à trois défis, développe la FAO : accroître leur production pour couvrir les besoins du monde en termes de sécurité alimentaire et de nutrition ; assurer la durabilité de l'environnement pour protéger la planète et maintenir leurs propres capacités productives ; et améliorer leur productivité tout en diversifiant les moyens d'existence pour échapper à la faim et à la pauvreté. Pour relever tous ces défis, les exploitations agricoles doivent s'ouvrir à l'innovation. « Les exploitants familiaux doivent toujours être les protagonistes de l'innovation car c'est seulement ainsi qu'ils peuvent assumer la responsabilité du processus et garantir que les solutions répondent à leurs besoins », déclare José Graziano da Silva.
Le rapport affirme également que « toutes les exploitations ont besoin d'une meilleure gouvernance, de stabilité macroéconomique et d'infrastructures de marché physiques et institutionnelles », mais aussi d'une « éducation et d'une recherche agricole de base ». Il demande aux pouvoirs publics « d'instaurer un environnement propice à l'innovation » pour encourager les exploitations agricoles familiales à investir dans des pratiques agricoles durables.
Deux milliards de personnes souffrent de carence en micronutriments
L'enjeux est essentiel, puisque plus de 800 millions de personnes souffrent de malnutrition dans le monde. De plus, la « faim invisible », une carence en micronutriments, touche plus de deux milliards de personnes dans le monde, affirme l'Institut international de recherche sur l'alimentation (Ifpri), dans son état des lieux de la faim dans le monde publié le 13 octobre. Selon l'Ifpri, cet aspect « crucial mais souvent négligé » de malnutrition touche les populations dont l'alimentation est pauvre en nutriments essentiels (zinc, fer, iode, vitamines A et B). Ses effets ne sont pas observables à court terme, mais se révèlent « dévastateurs » à long terme : hausse de la mortalité maternelle et infantile, handicaps physiques, affaiblissement du système immunitaire et des facultés intellectuelles, explique l'Ifpri. L'organisme invite les gouvernements à « augmenter la diversité alimentaire », notamment en rendant obligatoire l'ajout de zinc, fer et vitamines essentielles aux aliments lors de leur transformation.
Plusieurs associations dénoncent les « principes d'investissement responsable dans l'agriculture », adoptés par le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) de l'ONU le 15 octobre, « qui laissent le champ libre à des pratiques nuisibles à la sécurité alimentaire et nutritionnelle ». « Accaparements des terres, soutien aux OGM ou course au moins-disant fiscal pourraient ainsi être labélisés investissements responsables : ces principes passent donc à côté de leur objectif, et ne permettront en rien de protéger le droit à l'alimentation des populations vulnérables », développent le CCFD-Terre Solidaire, Oxfam France, Peuples Solidaires-ActionAid France et le Secours Catholique-Caritas France. « Loin de répondre à un enjeu de sécurité alimentaire, des initiatives lancées aujourd'hui par certains États avec des multinationales de l'agroalimentaire menacent la souveraineté alimentaire des populations en poussant les États concernés à mettre en œuvre des mesures de dérégulation et d'ultra-libéralisation de leur secteur agricole au bénéfice des multinationales », ajoute le CCFD.