Désignée thème de l'année 2014 par la FAO, l'agriculture familiale et ses enjeux ont été largement débattus au Salon de l'agriculture. Quinze conférences ont été consacrées à ce sujet, desquelles ont émané un consensus affirmant que le monde avait besoin des agricultures familiales, qui seront confrontés dans le futur aux capitaux de l'agriculture « de firme ».
LES enjeux de l'agriculture familiale, thème de l'année 2014 selon la FAO, ont été largement commentés lors du Salon de l'agriculture. Pas moins de 15 conférences se sont déroulées sur le sujet. Mais qu'est ce que l'agriculture familiale ? « Certains la définissent par la taille d'exploitation, d'autres par la destination de la production, le statut juridique, l'identité », énumère Jean-Michel Sourisseau, chercheur au Cirad, co-auteur en 2013 d'un rapport commandé l'Agence française de développement (AFD), lors d'un débat organisé par le Cirad et l'INRA le 24 février. « Pour nous, une exploitation agricole est familiale lorsqu'il existe des liens organiques entre la famille et l'unité de production, et une mobilisation du travail familial excluant le salariat permanent ». En somme, les exploitations familiales n'ont recours au salariat que de manière ponctuelle.
Cette définition, centrée autour du travail, est également retenue par François Purseigle, sociologue à l'INP-Ensa de Toulouse : « La logique de l'agriculture familiale, c'est la construction d'un revenu d'une famille. Elle coexiste aujourd'hui avec la logique financière et la logique entrepreneuriale ». Problème, cette définition n'est pas retenue dans les statistiques internationales de la FAO, regrette Jean-Michel Sourisseau : « Il y a actuellement un mouvement de réforme des statistiques internationales, nous voudrions qu'elle intègre cette donnée afin mieux cibler les politiques de défense de l'agriculture familiale, et la différencier de l'agriculture de firme », explique t-il.
La forme d'agriculture la plus efficace
Mercredi 26 février, un colloque sur ce thème était organisé par les Jeunes agriculteurs et l'association française de développement international (Afdi). Pascal Canfin, ministre délégué au développement, y a affirmé que cette année était « l'occasion de regagner une bataille politique, notamment auprès des pays du sud, pour démontrer que l'agriculture qui est la plus productive, la plus efficace, la plus pertinente en termes d'aménagement du territoire, la plus créatrice d'emplois, la plus respectueuse des écosystèmes, est l'agriculture familiale ».
«Au delà de l'opération de communication, des engagements politiques forts sont attendus » concernant l'agriculture familiale, s'exclament plusieurs associations dont Action contre la faim, la Confédération paysanne et agronomes et vétérinaires sans frontières, dans un communiqué du 24 février. « L'année 2014 doit conduire la France à engager concrètement l'évolution de ses politiques commerciales, agricoles, d'investissement et de développement en faveur de l'agriculture familiale paysanne », demandent-ils. Les associations demandent au gouvernement de « créer des instruments de coercition contre l'accaparement des terres », de mettre fin aux politiques commerciales de libre échange « qui condamnent à terme l'agriculture familiale paysanne et la souveraineté alimentaire », et de soutenir, dans le cadre du G8, « non pas des entreprises mais des programmes d'investissement ».
« Derrière les agricultures familiales, il y a avant tout un enjeu de modernisation », a expliqué François Thabuis, président des Jeunes agriculteurs, en précisant que si l'agriculture « a besoin de capitaux, nous avons besoin que ce soient les travailleurs qui restent au cœur des projets ».
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Une charte pour l'agriculture familiale
La veille, le 25 février, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a signé une déclaration ministérielle en faveur de l'agriculture familiale, en présence d'une délégation de ministres étrangers en charge l'agriculture. Cette déclaration « a pour ambition de faire reconnaître aux décideurs politiques des pays du Nord comme des pays du Sud la nécessité de mettre en place des politiques publiques adaptées, capables de créer un environnement favorable au développement des agricultures familiales qui permettent de nourrir 70 % de la population mondiale », développe le ministère.
Peu avant cette signature, Stéphane Le Foll avait conclu un colloque organisé par la FAO, Agropole et l'association Farm : « Nous allons faire face à l'apport de capitaux extérieurs en agriculture. Le risque avec les capitaux, c'est qu'ils peuvent s'en aller. La résilience du système agricole est due au fait qu'il y a des paysans attachés à leur métier qui assurent la pérennisation de la production », avait expliqué le ministre. « Cela vaut aussi pour la France, c'est pour ça qu'il faut faire des choix d'équilibre pour ne pas qu'une production disparaisse au profit d'une autre », a t-il ajouté, insistant sur le fait que l'agriculture familiale avait besoin d'« investissement, en particulier public, et d'organisation ».
L'ÉDITIOn 2014 du salon de l'agriculture sera-t-elle un bon cru ? Au soir du 27 février, la tendance s'annonçait bonne indiquaient les organisateurs. Tout en appelant à la prudence : en général, ce sont les entrées des trois derniers jours qui font l'essentiel de la différence. Mais, de bonne source, les premiers jours ouvrables (lundi, mardi, mercredi) semblaient recueillir une sensible hausse du visitorat. Un exemple, le pôle de l'Odyssée végétale attirait une foule nettement supérieure à celle de l'année précédente. Une question de balisage amélioré mais aussi sans doute d'un plus grande nombre de visiteurs en général au SIA. Un signe : le nombre de barbe-à-papa distribuées sur le stand du Ce-dus (Centre de documentation du sucre) progressait de 30% par rapport à 2013.
Qu'est-ce qui explique ce score plus favorable ? Une multiplicité de facteurs. Sans doute, en cette période de congés scolaires, les Parisiens sont moins nombreux à partir en vacances pour des raisons d'économie. Donc ils s'accordent de venir au moins une fois dans un lieu de détente avec leurs enfants. D'autre part, les retombées médiatiques (TV, radios) ont été fréquentes, notamment en raison d'un grand nombre de visites politiques : les personnalités de gauche comme de droite ont été aussi nombreuses à venir tandis que le nombre de ministres dans les allées du SIA battait tous les records. Et puis, au 27 février tout au moins, cette édition paraissait sans problème, sans crise, comme apaisée, même si la situation des agriculteurs reste difficile. Mais au Salon, on préfère les bonnes nouvelles aux mauvaises.