Abonné

L’agriculture s’invite à la Cop27

- - 6 min

Alors qu’elle avait été longtemps écartée au nom de la souveraineté alimentaire des pays, l’agriculture est pour la première fois l’un des enjeux importants de la réunion de la Cop qui se tient à Sharm-el-Cheikh. La vision qui se dessine, proche de celles des grands exportateurs agricoles mondiaux, laisse cependant les ONG sur leur faim, avec un risque d’impasse pour l’agroécologie.

« On parle beaucoup plus d’agriculture qu’avant, mais cela pourrait être risqué. » Comme le détaille Marion Cosquer, analyste plaidoyer chez Action contre la faim, et observatrice à Charm-el-Sheikh pour le réseau Action Climat, la liste des événements liés à l’agriculture est plus longue que pour les autres Cop : réunion de haut niveau le 7 novembre autour de la sécurité alimentaire, journée thématique organisée par la présidence égyptienne le 12 novembre, ainsi que plusieurs rendez-vous visant à faire aboutir le dialogue de Koronivia, sans compter de nombreux autres événements dans deux pavillons dédiés aux thématiques agroalimentaires.

Face à l’approche technologique d’États comme les États-Unis ou le Brésil, les ONG, la France et l’Union européenne devraient tenter lors de ces rendez-vous de prôner l’agroécologie, avec ce qu’elle suppose en matière de réduction d’intrants de synthèse. Mais les documents diffusés lors de la première semaine de la Cop montrent que le consensus se dirige plutôt vers l’approche dite « climate-smart ». Un premier brouillon de décision sur le dialogue de Koronivia publié le 9 novembre estime notamment que le carbone ou la santé des sols doivent être envisagés de manière à permettre « d’accroître la productivité », en misant sur la technologie et l’innovation.

Une autre note de travail, rédigée par le secrétariat de la convention-cadre des Nations-Unies sur le climat (Cnucc) en préparation de la table ronde sur la sécurité alimentaire du 7 novembre évoque de son côté trois « fronts » pour avancer vers des systèmes durables : augmenter la productivité en améliorant la préparation aux crises, réduire le gaspillage alimentaire, et revoir la consommation notamment en « abaissant la consommation de viande », et en allant vers des variétés végétales « plus locales ». « Alors même que de nombreuses associations et organisations paysannes mettent l’agroécologie en œuvre sur le terrain, trop d’États refusent d’inscrire cette notion dans les textes de Cop », regrette Marion Cosquer.

Multiplier par vingt l’aide aux pays en développement

L’Élysée profitera de son côté de cette Cop pour mettre l’accent sur le carbone, et la France présidera une réunion internationale sur le sujet. « Mettre beaucoup d’argent sur la forêt, c’est utile, mais ça ne lève pas les verrous concrets qu’on observe sur le terrain », affirme le cabinet d’Emmanuel Macron, estimant nécessaire de « construire des plans de protection avec les pays ». Avec la réélection du président Lula au Brésil, « signal extrêmement positif » selon l’Élysée, le sommet de Charm el-Cheikh devrait d’ailleurs être l’occasion de « relancer » un partenariat entre les deux États sur les forêts et la protection des réserves de carbone. Des annonces françaises sont également attendues sur la Grande muraille verte au Sahel, dont l’objectif est de développer la production locale en luttant contre le changement climatique.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Mais l’enjeu principal pour la plupart des participants à la COP égyptienne demeure les « pertes et préjudices ». Les États discuteront de la manière dont les pays développés comme l’Europe ou les États-Unis, qui représentent les plus grands contributeurs historiques au réchauffement, pourraient financer les conséquences du changement climatique pour les États les plus touchés. À l’occasion de son discours en ouverture de la Cop27, Emmanuel Macron a ainsi promis, aux côtés de la Barbade, de porter, d’ici le printemps 2023, un « choc » de mobilisation des financements. Quand les pays émergents ou en développement sont frappés par des catastrophes climatiques « nous devons le prendre en compte », et « suspendre » les exigences des bailleurs concernant la dette ou les garanties financières, a proposé le président de la République.

Ces déclarations sont loin de satisfaire les ONG. « Avoir conscience du lien entre dette et adaptation est un premier pas, mais cela ne suffira pas à répondre aux besoins qui sont en train d’exploser. Il faut plus de fonds, disponibles rapidement sous forme de dons, et qu’ils soient accessibles à des projets de taille limités, qui souvent n’ont pas accès aux guichets des bailleurs », défend Marion Cosquer. Alors que les pays développés financeraient seulement 82 milliards de dollars annuellement sur les 100 milliards promis dès 2009, un rapport publié en marge de la Cop par le cercle de réflexion américain Brookings et la London School of Economics estime que l’enveloppe devrait être 20 fois supérieure. D’après les estimations des économistes, près de 2200 milliards de dollars seraient nécessaires d’ici 2030 pour aider les pays en développement et émergents (hors Chine) à faire face au changement climatique.

Vers une approche « climate-smart » dans le Dialogue de Koronivia

L’OFB invite à cibler l’alimentation pour réduire l’empreinte biodiversité importée

Pour réduire l’empreinte biodiversité de la France, les politiques devrait « cibler en priorité l’alimentation », souligne l’OFB dans une note datée de septembre et publiée récemment sur son site. Car selon différentes études, rappelle l’OFB, la France posséderait l’une des plus grandes empreintes mondiales, entre la 4e et la 8e place. Et d’après la littérature scientifique, le secteur alimentaire « serait le premier responsable » de cette empreinte, représentant près de 35 % du total. Dans le détail, 86 % de l’empreinte française serait imputable à onze cultures, principalement le café (23 %), mais aussi le soja (5 %). Certains dégâts sont très localisés, avec 57 % de l’empreinte de nos importations de soja liés au Brésil, et 63 % des effets de l’huile de palme à l’Indonésie. Les auteurs suggèrent en conclusion des « actions ciblées » avec des pays comme le Brésil ou l’Indonésie, où les effets des importations françaises sont démontrés.