L’agriculture est présentée comme bourreau, mais aussi comme garante de la biodiversité dans un rapport publié par la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, le 9 décembre. En France, le projet de loi pour la reconquête de la biodiversité devrait intégrer l’enjeu agricole. Le texte sera examiné en janvier au Sénat.
« L’utilisation massive de pesticides en agriculture […] a conduit à la sélection pratiquement systématique de résistances dans les espèces cibles et non cibles », selon un rapport publié par la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB), le 9 décembre. Des chercheurs de l’Inra (institut national de la recherche agronomique) et de l’IRD (institut de recherche pour le développement), notamment ont participé à ce travail. Les scientifiques prennent l’exemple concret du moustique Culex pipiens, le moustique le plus commun, source de nourriture de nombreux prédateurs (hirondelles et chauve-souris, mais aussi tritons, grenouilles, crapauds et salamandres) parfois vecteur de virus dans certaines régions. Cet insecte est traité dans le monde entier aux insecticides organophosphorés. Les chercheurs ont montré que l’évolution du moustique pour résister à l’insecticide a un coût. « Les mutations ont en général un coût pour l’organisme, en termes de capacité démographique (survie, fertilité, vitesse de croissance…) », lit-on dans l’étude. L’utilisation des insecticides organophosphorés a donc une conséquence néfaste sur la population de ces insectes, pourtant garants de la biodiversité.
Des agriculteurs, gardiens de la biodiversité
Mais les agriculteurs et l’agriculture ne sont pas tous responsables de la destruction de la biodiversité. La FAO a adopté le plan d’action mondial pour la conservation et l’utilisation durable des ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture. Ce plan définit comme activité prioritaire de « soutenir la gestion et l’amélioration à la ferme des ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture. » Les chercheurs expliquent : « Le plan reconnaît que la diversité agricole naît et est entretenue par les pratiques de culture et de gestion des multiples agriculteurs qui cultivent des variétés locales, les sélectionnent et en échangent les semences. » Et de conclure sur la gestion de la biodiversité par les agriculteurs, plutôt qu’ex-situ (en dehors du milieu naturel) : « La gestion à la ferme pourrait constituer une stratégie plus durable de gestion de l’agrobiodiversité. »
L’agriculture, dans le projet de loi biodiversité
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Les agriculteurs ont une grande responsabilité pour la reconquête et le maintien de la biodiversité. Ils ne sont pas seuls. En France, l’État sort d’un sommeil réglementaire sur la protection de la nature de trente-huit ans (1). Le projet de loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages sera examiné mi-janvier au Sénat. Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, a annoncé le 8 décembre, une adoption définitive du texte avant l’été. Les enjeux agricoles sont présents. Il reste à définir la place de la profession agricole dans la future Agence française de la biodiversité. Une chose est sûre : le projet de loi inscrit noir sur blanc le principe de complémentarité forêt/agriculture. Ce principe reconnaît le rôle positif joué par l’agriculture et la sylviculture pour la biodiversité. L’association France nature environnement fait tout de même une mise en garde. Il y a un risque, selon elle, « à ne pas distinguer les pratiques », selon l’organisation.
L’agrobiodiversité, ce sont les espèces cultivées ou utilisées par l’homme, leurs variétés et cultivars sélectionnés par l’homme depuis l’origine de l’agriculture. L’agrobiodiversité est complémentaire à la protection des espèces et des espaces naturels. (Cirad)
(1) Lire l’enjeu « Biodiversité : la souveraineté des États mise à mal » dans Agra Presse du 30 novembre