Les Fermes de Figeac, à l'origine du projet d'enseigne Frais d'Ici, font entendre une voix singulière dans le monde de la coopération agricole. A l'occasion de l'ouverture de la boutique de Toulouse, Dominique Olivier, directeur général, explique la volonté de dialogue entre les consommateurs et les producteurs qui anime la démarche de la coopérative. Il analyse aussi les défis auxquels l'agriculture doit, selon lui, faire face.
Comment les Fermes de Figeac ont-elles commencé à s'intéresser à la distribution alimentaire ?
Dominique Olivier : Nous avons ouvert le premier rayon de produits régionaux dans les années 90 et la première boucherie de viande locale en 2003, après la crise de la vache folle, avec la volonté de travailler complètement différemment de la distribution classique. Les vendeuses des boutiques vont visiter les exploitations par exemple. Aujourd'hui, la distribution de produits alimentaires génère 4,5 millions d'euros de chiffre d'affaires. C'est une part significative de nos 24 millions d'euros de ventes. Le seul magasin de Lacapelle-Marival, qui distribue des produits alimentaires depuis un an, a réalisé un million d'euros de ventes sur ce rayon dès la première année.
Au-delà de la vente de produits locaux, vous tenez à initier un dialogue entre la production et les consommateurs…
Il faut absolument relancer le dialogue. Le consommateur ne comprend rien à l'approche normative et aux labels. Il a besoin de discuter avec les producteurs. Cette discussion est essentielle pour que chacun cesse d'avoir une idée erronée de l'autre. Chez Frais d'Ici, on peut fidéliser le client avec des visites d'exploitations, plutôt que des bons d'achat.
Mais les consommateurs sont-ils prêts à accepter des fermes laitières où les vaches ne sortent jamais, par exemple ?
Il faut que chacun fasse un pas vers l'autre. Les consommateurs achètent des biscuits apéritifs farcis d'OGM mais n'acceptent pas la réalité de beaucoup de fermes laitières. Peut-être que l'agriculture est allée trop loin. Aux Pays-Bas, on verse une prime aux éleveurs qui sortent leurs animaux. Nous pensons que les réponses ne pourront venir que du dialogue. Les consommateurs n'achètent pas seulement un produit, mais aussi des racines et une co-construction.
Des modèles vous ont-il inspiré pour cette démarche ?
Nous avons rencontré des coopératives de consommateurs au Japon. Elles nous ont beaucoup inspiré. Dans ce pays, 25 % de l'alimentation passent par des coopératives de consommateurs. Ces derniers veulent savoir d'où viennent les produits, voir comment ils sont produits, et sont prêts à payer plus cher pour que la production soit durable. Les prix de revient sont décortiqués pour payer un prix juste, qui permette au producteur de vivre de son métier. Beaucoup de projets prennent forme en Californie parce que les gens ont peur en ce qui concerne leur alimentation. En France, le succès des Amap montre que quelque chose doit évoluer. Je ne pense pas que ce système des Amap soit durable, notamment en termes d'empreinte carbone, mais leur succès doit nous faire réfléchir.
La problématique environnementale vous semble-t-elle fondamentale pour l'avenir de l'agriculture ?
Je pense que c'est effectivement par là qu'il faut prendre les choses. A mon sens, l'enjeu n'est pas de tant de savoir si nous allons pouvoir produire assez pour nourrir la planète que de savoir comment. Les paysans pourront-ils vivre de leur production ? Et quelles seront les conséquences environnementales de cette dernière ? Le changement climatique peut poser de gros problèmes pour l'eau.
D'un point de vue normatif, ce sont peut-être les fermes intensives qui sont les mieux à même de répondre à l'enjeu environnemental. On utilise proportionnellement moins d'engrais azotés pour cultiver du blé à 100 quintaux que du blé à 40 quintaux. La production d'un litre de lait émet en moyenne 1,25 kg de carbone. Mais ce chiffre tombe à 0,8 kg dans les fermes les plus intensives. Les défis techniques de l'agro écologie seront mieux relevés par des fermes très structurées. Si on va au bout de cette logique, il faudrait des fermes à étages à proximité des villes, mais la désertification des campagnes a un autre coût… Autour de Toulouse, le territoire est beau parce que les paysans l'entretiennent. Consommer local permet de maintenir leur activité, et d'entretenir les paysages.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Cette complexité est-elle correctement prise en compte ?
Les pouvoirs publics commencent à prendre conscience de la complexité de la situation. La réorientation de la PAC va dans ce sens, mais c'est un travail de long terme. Le dialogue est important, par exemple pour ne pas confondre la viande issue des feed-lots américains et celle issue de nos animaux, qui pâturent dans des prairies qui captent du CO2. De même, on oppose souvent circuits courts et longs, alors qu'il faut les associer.
Au niveau des Fermes de Figeac, avez-vous des projets dans le domaine environnemental ?
Nous avons monté une coopérative de toits photovoltaïques. Ces toits seront plus de 300 à la fin de l'année. Nous avons mutualisé les emprunts, les appels d'offres, l'installation et la maintenance, avec l'embauche d'un ingénieur.
Nous avons également repris une scierie, destinée à alimenter de petites chaufferies à bois dans des collectivités locales avoisinantes. Là encore, nous fonctionnons avec une coopérative qui réunit la scierie, les producteurs de bois et les collectivités.
Enfin, nous nous sommes associés à un projet de parc éolien sur notre territoire. Avec des communes et des acteurs locaux, nous avons pris 40 % du capital de la société d'exploitation du parc, afin que les revenus qu'il génère profitent au territoire.
Quels sont vos prochains projets ?
Nous travaillons sur les modèles agricoles de demain. Sortir du modèle de l'exploitation familiale ne signifie pas pour autant le passage à l'entreprise. On peut envisager des salles de traite communes, des assolements communs… L'idée, c'est d'être sept ou huit sur une organisation pour porter ensemble. Une ferme, c'est aujourd'hui trop lourd pour une seule personne.
Nous travaillons aussi sur l'installation des jeunes, comme d'autres structures d'ailleurs. Acheter une ferme et en vivre en même temps, ce n'est pas possible. Nous réfléchissons à une coopérative foncière qui permettrait au jeune de s'installer et de lancer l'exploitation avant de racheter la terre.
650 adhérents,
90 % d'élevage et 10 % de maraîchage
150 salariés
15 km de rayon
24 millions d'euros de chiffre d'affaires
6 magasins
Historiquement implantée dans l'Aveyron, la coopérative Unicor a inauguré, le 24 octobre à Herblay (Val-d'Oise), un premier point de vente alimentaire Les Halles de l'Aveyron en dehors de son territoire d'origine. « Pour la première fois en France, des agriculteurs, dans une démarche coopérative et collective, se dotent d'un instrument de mise en marché de leurs productions à l'échelle nationale », a déclaré le président Jean-Claude Virenque. Leur ambition : « démocratiser la consommation de produits fermiers de grande qualité », selon le communiqué. Avec plus de 1 000 m2 et 2 500 références, ce nouveau magasin est le deuxième après un prototype en périphérie de Rodez. Il représente un investissement de 7,5 millions d'euros. Son approvisionnement est centré sur les productions agricoles sous signe officiel de qualité, qui représentent, pour les deux points de vente, 1 500 agneaux, 150 veaux et 500 bœufs par an. « Les Halles de l'Aveyron ont vocation à se développer au cœur des grandes zones urbaines », souligne Unicor. Adhérents et salariés sont associés au capital des Halles de l'Aveyron, permettant à la coopérative d'affirmer « qu'agriculteurs et salariés possèdent leur propre outil de distribution ».