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« Produisons autrement » L’agro-écologie sur le devant de la scène

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La réunion organisée par le ministère de l’Agriculture sous le nom « Produisons autrement » aura lieu le 18 décembre à Paris. Le but : réunir les réseaux qui travaillent déjà à une agriculture productive et respectueuse de l’environnement, leur donner la parole. Et écrire les premières mesures d’une future « agro-écologie » en version française, qui trouvera dans la loi d’avenir pour l’agriculture sa transposition. Pour le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, il s’agit, après avoir beaucoup annoncé, de voir s’esquisser un corpus de son « produire autrement ». Le fond après la forme. Avec, en arrière-plan, la réforme de la Pac.

C’est un concert d’ouverture qui est prévu le 18 décembre à Paris. La journée de rencontres intitulée « Produisons autrement », orchestrée par le ministère de l’Agriculture, devra marquer le premier mouvement d’une réflexion de fond sur les chemins à trouver vers une agriculture qui (ré)concilie écologie et économie. La voix est donc donnée à de nombreux agriculteurs et acteurs de plusieurs réseaux qui participent de l’agro-écologie, pour reprendre le terme répété par Stéphane Le Foll ces dernières semaines. Agriculteurs, recherche et enseignement seront invités sur la scène, pour présenter les actions qui s’inscrivent, selon les orateurs, dans l’agriculture de conservation et l’ensemble des techniques culturales simplifiées et de protection-régénération des sols, les agricultures raisonnée, intégrée ou biologique, l’agriculture écologiquement intensive, l’agroforesterie et les pratiques valorisant l’arbre en milieu rural, ou encore dans les systèmes économes en intrants. Le but : montrer tout ce qui existe déjà, proposer un répertoire de démarches positives. Des solutions développées sur et par le terrain et qui, chacune dans son domaine, ont fait leurs preuves. Car les réseaux représentés ne sont pas nés d’hier. « Le défi, maintenant, c’est de construire quelque chose de nouveau », a toutefois claironné Stéphane Le Foll, le 4 décembre, alors qu’il concluait les 8e rencontres parlementaires de l’agriculture durable. En effet, l’idée de ce colloque, outre le fait de les valoriser, est de s’inspirer de ces exemples pour dessiner un projet pour l’agriculture. Un projet qui sera transposé dans la future loi d’avenir pour l’agriculture, promise pour 2013.

« Ouvrir des pistes »

Et sur ce point, rien n’est encore figé. « Le ministre va ouvrir des pistes, a dit Stéphane Le Foll. Et la réussite de tout cela, ce ne sont pas des lois, des règles, des engagements, c’est que les acteurs s’en saisissent. » Pour autant, le ministre a déjà identifié plusieurs enjeux : celui d’une agriculture qui produise au moins autant que les systèmes actuels, tout en répondant aux enjeux environnementaux, au rang desquels il cite l’eau et les sols. Une table ronde est d’ailleurs dédiée à ces derniers, le 18 décembre. Le ministre croit aussi dans les dynamiques collectives en agriculture, notamment à travers l’idée des groupements d’intérêt économiques et écologiques qu’il envisage. Ensuite, Stéphane le Foll appelle à un « changement culturel », mais qui ne peut se fonder uniquement sur la « contestation », corde sur laquelle ont joué certains systèmes alternatifs actuels comme l’agriculture biologique, a-t-il mentionné.
« Ce ne sera pas contraignant, et ce ne sera pas non plus un simple recensement. On va créer une dynamique », a ajouté le ministre lors d’une rencontre avec des journalistes organisée par l’Association française des journalistes agricoles, l’Afja, le 6 décembre. La mission confiée à Marion Guillou et Bertrand Hervieu vise à « recenser et surtout à définir des points de convergences sur chacun de ces réseaux », précisait le ministre. Mais « on ne changera pas de modèle de développement en le disant, a insisté le ministre de l’Agriculture, le 4 décembre. Cela passera par les acteurs eux-mêmes ». Il développait un exemple : « Certains viennent me voir en disant qu’il faut des aides pour les protéines végétales. Non ! Si on est capable de s’organiser, dans le cadre des rotations et d’un changement de modèle, on peut, on doit régler ce problème de la dépendance aux protéines végétales. » Ce qui requiert une vision plus systémique de l’agriculture. Flécher des moyens vers telle ou telle pratique n’est donc pas l’objet, pour l’heure. D’ailleurs, la rigueur budgétaire de cette période rendrait l’exercice plutôt difficile. Comme le ministre, le député PS Germinal Peiro renvoie la question à la Pac : « Ces sujets intéressent aussi l’Union européenne, dans le cadre du verdissement », a-t-il confié. Restera donc à faire valoir les initiatives à Bruxelles pour qu’elles rentrent, de fait, dans les grilles de la Pac.

Un signal politique

À l’échelle française, il s’agit donc plutôt de donner « une impulsion politique », complète le cabinet. Pour Michel Griffon, président de l’Association pour une agriculture écologiquement intensive, qui ouvrira la journée, cette rencontre « est un signal important donné par un gouvernement à un ensemble de courants d’idées ». La satisfaction est donc de mise pour les organisations et réseaux invités : tous y voient une reconnaissance logique et méritée de l’intérêt de leurs initiatives. Le 18 décembre, chacun viendra donc jouer sa partition. Mais attention, disent-ils : il n’y aura pas de soliste !
Ainsi, l’Institut de l’agriculture durable entend montrer que le travail mené depuis 20 ans dans ses « réseaux pionniers » sur les techniques culturales et le fonctionnement des sols est désormais mûr, explique Konrad Schreiber, chef de projet. Aujourd’hui, l’IAD « est en mesure de présenter des indicateurs de résultats », utiles à la progression de l’ensemble des agriculteurs. L’intérêt de cette rencontre, juge-t-il est « que le “produire autrement” prenne forme, en dehors des querelles de chapelles ». Pour l’agriculture biologique, il s’agira aussi de montrer « en quoi nous participons de cette troisième voie dont parle le ministre », confie Dominique Marion, président de la Fédération nationale des agriculteurs biologiques. Sol, eau, biodiversité, mais aussi rendement et rentabilité : les défenseurs de l’agroforesterie rappelleront quant à eux les intérêts de l’arbre dans les systèmes agricoles. Un modèle « en complément » des autres, explique Alain Canet, président de l’association française d’agroforesterie.

Changer d’échelle

Pour Michel Griffon aussi, l’agriculture écologiquement intensive s’inscrit « en complément de toutes les autres initiatives ». Le scientifique conclut : « Même si nous avons des rythmes et des objectifs différents, c’est un moment où nous allons constater, je l’espère, que nous allons tous dans le même sens. » Pour Alain Canet, « voir un agriculteur qui vient du Gers expliquer ce qu’il fait, ça peut être un message majeur ». Un agriculteur du réseau « Arbre et paysage 32 » témoignera, le 18 décembre, de ses pratiques associant agroforesterie, semis sous couvert végétal permanent et agriculture bio. « Les agriculteurs en ont marre des contraintes, des réglementations, poursuit-il. Ils veulent être dans la proposition. » Or, elles sont nombreuses : les initiatives de terrain développées depuis plusieurs années ou dizaines d’année sont désormais implantées. Et le ministère veut les écouter. Mais « on a besoin de ce message national », notamment « pour changer d’échelle », estime Alain Canet. Pour diffuser l’innovation au plus grand nombre. « Pour que l’agriculture change de pratiques, dans ce pays très centralisé, il faut à présent que le message vienne d’en haut », analyse Konrad Schreiber. Voire de plus loin encore : la Pac aura aussi un rôle à jouer.

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