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Biotechnologies L’Agro en débat sur les OGM

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En écho à un thème qui a agité la fin de l’année 2012, les étudiants de l’AgroParisTech, école d’ingénieur en agronomie et environnement, ont organisé un débat sur les OGM. Leur but : informer et « parler calmement » de ce sujet.

C’était un débat très pointu et, le plus souvent, mesuré, qui s’est déroulé le 9 janvier dans l’amphithéâtre Tisserand de l’école d’ingénieur en agronomie de Paris, l’AgroParisTech. Le ton était donné dans l’intitulé du rendez-vous organisé par l’association d’élèves « Les débats de l’Agro » : « Les OGM, parlons-en calmement ». L’amphi était pourtant comble. Mais l’auditoire, de nombreux élèves mais aussi des « extérieurs », a laissé les arguments s’exprimer. À la tribune, André Gallois, professeur émérite et enseignant chercheur en amélioration des plantes, a rappelé les principes de la transgénèse, ainsi que l’évolution de cette technique au cours du temps.

Une transgénèse de plus en plus maîtrisée

Aujourd’hui, a-t-il souligné, cette méthode d’introduction dans le génome (en l’occurrence d’une plante) d’un gène provenant d’une toute autre espèce, peut se faire de manière très précise, « dirigée » vers un endroit connu du génome. L’intégration d’un gène codant pour un antibiotique, en accompagnement du gène souhaité, a existé dans les premiers temps, afin de valider l’intégration du gène dans le génome de la plante hôte. Cette pratique est désormais interdite et les plantes génétiquement modifiées cultivées et consommées actuellement ne contiennent donc pas de gène « antibiotique ». En outre, dans l’expression de leurs génomes, a-t-il insisté, on n’a pas identifié de différence plus grande entre une plante génétiquement modifiée et une plante non GM qu’entre deux plantes non GM. C’est à ce titre que les PGM (plantes génétiquement modifiées) ne sont pas évaluées comme des produits pharmaceutiques. Ni comme l’ensemble des autres plantes mises sur le marché, a rappelé Joël Guillemain, pharmacologue et président du comité d’expert sur les biotechnologies de l’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire des éléments.

La stérilité en questions

L’intérêt de la transgénèse est de mettre à disposition du sélectionneur davantage de variabilité génétique, et ce, plus rapidement, a posé André Gallois, en réponse à une question. Une partie du débat avec la salle a par ailleurs porté sur le gène « terminator ». Baptisé ainsi par ses opposants, ce gène, sur lequel la société Monsanto avait commencé à travailler, visait à rendre stériles les plantes génétiquement modifiées qui l’auraient contenu. L’opinion publique défavorable a poussé à abandonner le projet, raconte André Gallois. Aujourd’hui, aucune semence GM ne contient un tel gène. Reste que 90% des semences de maïs GM sont rachetées chaque année par les agriculteurs, car ce sont des semences hybrides (non stériles, mais dont les propriétés ne seront pas conservées après re-semis).

Question de modèle agricole

Pour Marc Dufumier, c’est précisément cette question du modèle économique associé aux PGM qui remet aujourd’hui en cause l’intérêt de cette technique de sélection. Pour cet agronome, professeur émérite et président de la chaire Agriculture comparée et développement à l’AgroParisTech, « la transgenèse intervient à un moment où on essaie de corriger » les limites d’une agriculture simplifiée, dont témoigne par exemple l’apparition de plantes et insectes résistants aux herbicides. « Ne va-t-on pas de rustine en rustine ? » interroge Marc Dufumier, qui estime que pour lutter contre un nuisible, il vaudrait mieux « le neutraliser » que tenter de « l’éradiquer ». Dans sa logique, cela suppose par exemple d’entretenir de savants écosystèmes.
Sans rentrer dans ce débat sur l’intérêt de cette technique de sélection, Joël Guillemain a rappelé le cadre d’évaluation des OGM et l’historique de sa mise en place. Il n’a pas occulté les questions que peut encore poser ce cadre. Par exemple, les agences d’évaluation fondent leurs exigences d’analyse sur un critère « dose-réponse ». Pour une dose forte d’un produit administrée à un rat, on observe une réponse, considérée comme proportionnelle. Ce qui n’est pas toujours exact. Certaines substances ont des effets non proportionnels à la dose, voire inverse selon la dose. « Un auteur a montré que le cadmium a un effet immunostimulant à dose faible, mais immunodépresseur à dose forte ». Joël Guillemain concluait : « La relation dose-effet qui suppose une réaction linéaire avec un seuil à une certaine dose, a sa raison d’être, mais il faut pouvoir la dépasser. » Il reconnaissait-là un « sujet éminemment complexe ».

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