Y aura-t-il cette année un coup de frein aux projets innovants des industries alimentaires ? C’est bien sûr à craindre mais ce n’est pas ce qu’ont observé jusqu’à fin 2008 les responsables d’Oséo en contact avec les entreprises. 332 dossiers ont bénéficié d’une manne totale de 25 millions d’euros, soit 20 % de plus qu’en 2007. Les projets présentés par les pôles de compétitivité y figurent en bonne place et la convention avec le ministère de l’Agriculture, prochainement reconduite pour 2009, a permis de coller aux priorités affichées. Par ailleurs, depuis le déclenchement de la crise financière Oséo a procuré l’oxygène nécessaire à 190 PME du secteur alimentaire en mal de garanties de crédit et de trésorerie.
Malgré le contexte chahuté par la crise financière et économique, les entreprises agroalimentaires ont poursuivi leurs efforts d’innovation en 2008, à en juger par le nombre de projets soutenus par Oséo. 332 entreprises IAA ont obtenu 25 millions d’euros au titre de l’aide à l’innovation. L’engagement de l’organisme chargé de distribuer ces fonds publics a ainsi continué à augmenter et ses concours, qui avaient progressé de 19,5 % il y a deux ans, ont encore grimpé de 20,5 % l’an passé.
Au total, si l’on tient compte aussi de l’enveloppe consacrée aux secteurs agriculture, pêche et aquaculture (11 M EUR), Oséo a soutenu 450 dossiers dans l’ensemble de la filière, en y consacrant 8 % du montant total de ses aides (36 M EUR contre 31,8 M en 2007 pour 466 dossiers).
Des aides mieux ciblées
Ces moyens croissants ont donc été mieux ciblés. Si Oséo privilégie bien sûr les PME, son action a néanmoins fait plus de place aux entreprises de taille intermédiaire. « C’est une volonté délibérée de l’établissement désormais, explique Ariane Voyatzakis, responsable du secteur agroalimentaire chez Oséo, afin de permettre l’émergence de champions dans une technologie ou un créneau de marché ». Depuis deux ans les entreprises de plus de 250 salariés ont ainsi représenté 5 puis 6 % de l’enveloppe IAA et celles de moins de 50 salariés, qui émargeaient à 80 % des concours en 2007 ne figurent plus que pour 64 % du total en 2008.
Les bénéficiaires sont également un peu plus matures, 65 % ont plus de dix ans d’existence, ce qui n’a pas empêché Oséo de soutenir 18 créations d’entreprise dans le secteur et 6 centres académiques ou techniques pour la valorisation de leurs résultats de recherche vers l’industrie.
Effet de levier
Pour prendre la mesure de l’impact réel de ces soutiens, il faut tenir compte de leur effet de levier. En moyenne, on estime qu’un euro de fonds public confié à Oséo permet à l’ancien établissement public, aujourd’hui société anonyme, d’ouvrir 2,2 euros d’aide étant donné ce qu’il reçoit comme remboursements des aides passées. L’effort de R&D que cela permet atteint alors 7 euros et l’investissement induit 20 euros.
La vocation d’Oséo est de faciliter l’innovation dans les phases d’application industrielle, en encourageant les collaborations de recherche : ainsi la moitié des projets mettent en œuvre des partenariats de recherche avec des laboratoires académiques, des centres techniques ou des industriels tiers.
C’est dans cet esprit également que l’établissement s’insère dans l’action des pôles de compétitivité, dont on sait qu’une quinzaine touchent de près ou de loin à l’agroalimentaire. En 2008 il a accordé 11,8 M EUR aux projets issus de ces pôles, soit un tiers de ses aides au secteur.
Et même de grands projets
Par ailleurs, dans le cadre de son programme ISI (Innovation Stratégique Industrielle) doté de 300 M EUR globalement et qui est un héritage de l’éphémère Agence de l’innovation industrielle, Oséo a contribué à hauteur de 10 M EUR au projet « Algohub » : on connaît Cf Agra alimentation n° du 16.10.08 p.24 ce programme qui fédère 15 partenaires autour du groupe Roquette pour créer une filière industrielle d’exploitation des micro-algues et en faire des matières premières pour l’alimentation humaine, la production animale, la santé et la cosmétique.
Signe de la cohérence avec les autres interventions publiques en faveur de l’agroalimentaire, Oséo a encore bénéficié comme en 2007 d’une enveloppe de 1 M EUR du budget du ministère de l’Agriculture au titre de son plan de soutien aux IAA : la convention de collaboration entre Oséo et le ministère a été conclue en mai 2008 et a permis de financer 26 dossiers (contre 55 en 2007), pour l’essentiel avec des aides à la faisabilité préalable au lancement de projets de R&D et des aides au montage de projets collaboratifs. Le saupoudrage des crédits, là aussi, a été évité comme le montrent ces chiffres : en effet, le plafond d’aide unitaire a été relevé et l’on a monté des financements plus complets que les simples aides au recrutement de chercheurs.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Pour 2009, une convention analogue devrait être signée très prochainement. Ces interventions sous forme de subventions non remboursables seront attribuées en priorité à des entreprises qui ne sont pas récemment clientes d’Oséo.
Un observatoire des ruptures technologiques
Bien placé à l’interface de la recherche et de l’industrie, Oséo joue ainsi son rôle aux avant-postes de l’innovation et son action révèle bien les tendances et les technologies qui feront l’avenir de l’agroalimentaire. Les activités des porteurs de projets de ces dernières années en sont la meilleure illustration. Le secteur des produits intermédiaires (PAI) était le mieux représenté en montant d’aides en 2007, il s’est fait doubler l’an dernier par celui des produits diététiques et des systèmes de mesure-contrôle. Quoi qu’il en soit, et sans oublier le secteur des équipements, qui les suit de près, c’est bien là que se situent les projets de rupture ou les dossiers très innovants, souligne Ariane Voyatzakis. L’innovation technologique dans l’agroalimentaire est bien motivée par les attentes de nutrition et de santé, ce qui ne joue pas seulement dans les métiers des compléments alimentaires et des produits de régime, mais s’observe dans tous les secteurs comme les plats cuisinés, les boissons, les produits laitiers. Par exemple la société Routin a été aidée à mettre au point de sirops concentrés sans sucre. Foulon Sopagly, leader européen du jus de raisin, a été soutenu dans le cadre du partenariat avec le ministère de l’Agriculture dans son projet labellisé par les pôles Q@LI-Méditerranée et Vitagora et donc cofinancé par le Fonds unique interministériel (FUI) et les collectivités territoriales. Objectif : créer avec la collaboration de la filière des purs jus à hautes valeurs nutritionnelles.
Val de Vire Bioactives (groupe Elle&Vire) a réussi de même à pousser ses recherches sur la valorisation du marc de cidre et à vendre des extraits de polyphénols de pomme adaptés aux compléments alimentaires.
La société Histalim a pu mettre au point une méthode d’analyse histologique pour quantifier le niveau de déstructuration d’une matière première carnée et distinguer les viandes gros grains des VSM. Dans l’espoir que cette méthode soit agréée par les autorités normatives, son dossier a été retenu dans les appels à projet Eurostars cofinancés par la Commission européenne et Oséo.
Une palette d’exemples
Nutrialys : Jeune pousse de 8 personnes, la société bretonne créée en 2006 par Jacques-Philippe Moulinoux, chercheur au CHU de Rennes, dispose de la licence de cinq brevets universitaires du groupe de recherche en thérapie anti-cancéreuse de Rennes 1 pour des produits de nutrition clinique. Ses premières productions sont confiées à la coopérative Coralis et son dernier exercice ressort à 316 000 euros de chiffre d’affaires. Lauréat du concours national à la création d’entreprises innovantes, son créateur a reçu d’Oséo, avant de nouvelles levées de fonds auprès de financiers spécialisés, une aide de 205 000 euros et un prêt participatif d’amorçage de 120 000 euros.
Traiteur de Paris : également à Rennes, mais avec deux autres sites en France et des filiales export en Espagne et aux Etats-Unis, Traiteur de Paris Distribution (32 M EUR de CA) adapte le savoir-faire du traiteur traditionnel à une fabrication industrielle de desserts et petits-fours surgelés haut de gamme en partenariat avec le chef parisien Alain Passard. Oséo a accompagné ses projets innovant en injectant 322 500 euros et finance sa filiale R&D dans un projet du pôle Valorial pour des produits enrichis adaptés aux personnes âgées dénutries.
Biophytis : l’Institut Biophytis développe des aliments fonctionnels, dont un extrait de quinoa du Brésil dont les effets anti-obésité ont fait l’objet d’un premier brevet en copropriété avec l’Université Pierre-et-Marie-Curie et le CNRS. Oséo soutient le projet depuis 2006 et lui a décerné le label d’« Entreprise innovante », ce qui lui permet d’être financé par des FCPI et l’aidera à lever 3 M EUR.
Jacques Maës SAS : cette PME, elle, après de 30 ans d’expérience en fabrication de plats surgelés (7,8 M EUR de CA) à Boulogne-sur-Mer, et a le soutien d’Oséo depuis 2003 pour sa R&D destinée à valoriser les produits de la pêche dans des recettes autorisant des allégations nutritionnelles (projet labellisé par le pôle Aquimer). Elle est aidée aussi pour l’étude nutritionnelle Nutriprev avec le pôle Nutrition-santé-longévité de Lille de ses plats micro-ondables et pour la mise au point de crêpes fourrées.